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mercredi 14 février 2018

Ce vain combat que tu livres au monde

Ce vain combat que tu livres au monde est un roman de Fouad Laroui publié en août 2016 aux éditions Julliard.

Présentation de l'éditeur :
Assis à la terrasse d’un café parisien, Ali et Malika bavardent paisiblement. À les voir ainsi, jeunes et amoureux, un avenir radieux devant eux, qui pourrait croire que leur existence va bientôt basculer dans l’enfer ?
Ce vain combat que tu livres au monde met en scène quatre personnages aux prises avec l’Histoire. La dérive mortelle d’un jeune Franco-Marocain de Paris à Raqqa, les réactions de son entourage, le dilemme qu’affronte sa compagne et, en arrière-plan, les événements tragiques qui ont récemment secoué l’Europe constituent la trame du récit. Fustigeant tous les fondamentalismes, mais ouvert aux points de vue les plus divers, l’auteur nous livre avec ce roman humaniste et engagé un regard indispensable sur notre temps.

Je ne suis plus très actif sur mon blog, c'est de pire en pire ... il va falloir que je me décide soit d'arrêter soit de reprendre plus sérieusement. Mais aujourd'hui, je tenais à partager cette fabuleuse lecture de Fouad Laroui, auteur marocain de langue française que j'apprécie tout particulièrement.

L'auteur du superbe Une année chez les français s'attaque au sujet difficile de la radicalisation islamiste. Sujet très tendance malheureusement ces dernières années.
Fouad Laroui tente de comprendre comment, dans son roman, un informaticien qui semble plutôt bon dans son domaine arrive à se radicaliser alors qu'il ne rêvait que de décrocher des contrats importants pour son entreprise de services du numérique. Comment Ali, qui vient de s'installer avec Malika, voit sa vie chamboulée aussi rapidement ?
L'auteur nous explique que la perte de son contrat, alors qu'il avait été le principal artisan de l'offre qui avait été soumise, a été le déclic. Plus particulièrement lorsqu'il apprend qu'il est écarté du projet à cause de ses origines ... S'en suivent de longues journées le regard dans le vide et des mauvaises rencontres avec son cousin.

La radicalisation commence et se fait tout particulièrement ressentir dans le couple alors que Malika est une jeune française d'origine marocaine et n'est pas particulièrement attachée à ses racines. De plus, elle côtoie Claire qui aime faire la fête et boire quelques verres d'alcool pour rire des heures entières avec elle. Ce n'est pas du goût de Brahim le cousin, et ça ne l'est plus non plus de celui d'Ali.

Fouad Laroui voit juste en nous offrant plusieurs visions du monde contemporain, par le biais de ses quatre personnages, et nous conte sur quelques chapitres des pans importants de l'histoire du monde arabe dans lequel il explique notamment la création de Daesh et la haine du monde capitaliste voire même impérialiste.
Ce vain combat que tu livres au monde est un excellent roman, un drame des temps modernes qui a été créé par les nombreux bouleversements géopolitiques du 20ème siècle.

mercredi 12 août 2015

Les tribulations du dernier Sijilmassi

Les tribulations du dernier Sijilmassi est un roman de Fouad Laroui, l'auteur de l'excellent Une année chez les français, publié en août 2014 aux éditions Julliard.

Présentation de l'éditeur :
Un ingénieur marocain décide du jour au lendemain de rompre avec son mode de vie occidentalisé.
Une tentative de retour aux sources semée d'embûches et à l'issue plus qu'incertaine...

« Adam réfléchissait. Et il n'arrivait pas à trouver de solution à cette énigme : pourquoi son corps se trouvait-il à une altitude de trente mille pieds, propulsé à une vitesse supersonique par des réacteurs conçus du côté de Seattle ou de Toulouse – très loin de son Azemmour natal, ou les carrioles qui allaient au souk dépassaient rarement la célérité du mulet, ou les voitures à bras n'excédaient pas l'allure du gueux se traînant de déboires en contretemps ? »

Dans son style inimitable, Fouad Laroui nous entraîne à la suite de son héros – un ingénieur marocain décidé à rompre du jour au lendemain avec son mode de vie moderne et occidentalisé – dans une aventure échevelée et picaresque. Une tentative de retour aux sources semée d'embûches et à l'issue plus qu'incertaine, derrière laquelle se dessine une des grandes interrogations de notre temps : comment abattre les murs que l'ignorance et l'obscurantisme érigent entre les civilisations ?

Une fois de plus, Fouad Laroui nous emmène avec lui fouler le sol marocain à la rencontre de nouveaux personnages plus extravagants les uns que les autres. Des personnages obsédés par deux cultes qui règnent au Maroc et même ailleurs : l'Islam et l'argent. L'argent et l'embourgeoisement moqué par l'auteur dans quelques saynètes bien drôles. L'Islam, ses fanatiques irréfléchis et les illettrés qui s'abreuvent de leurs paroles. Avec tout cela, l'auteur démontre comment l'inculture et l'illettrisme peuvent profiter à certains et observe avec tristesse une peur voire une haine envers les cultures d'autres civilisations.

Tout commence lorsque Adam contemple son pays depuis un avion. Il commence alors à se poser des questions existentielles qui vont le conduire à revoir totalement son mode de vie. Il quitte son emploi très bien payé, sa femme qui l'aimait pour sa belle situation, et décide de partir sur la route sans trop savoir où ni pourquoi.
Chacun de ses actes, ou plutôt de ses non-actes, intriguent la population le voyant tantôt comme un fou, tantôt comme le messie. Ses réflexions mûrement réfléchies agacent. Son avis sur la religion et son intérêt pour la culture française dérangent clairement, à tel point que l'on assiste à des échanges de parole musclés mais très intéressants.

Fouad Laroui, comme à son habitude, utilise l'humour tout au long de son roman pour aborder des sujets sensibles au Maroc. Ses personnages sont fantastiques (et souvent fantasques). Comme certains d'entre eux, le lecteur se met à croire qu'Adam, le dernier des Sijilmassi, est une sorte de messie distillant la bonne parole en parcourant le chemin de sa vie et celui de son pays, de sa culture, tout en se posant les bonnes questions et en restant fidèle à sa croyance. Les tribulations du dernier Sijilmassi est une quête absolument fabuleuse, un pur moment de bonheur.

mercredi 21 mars 2012

La vieille dame du riad

La vieille dame du riad est le nouveau roman de Fouad Laroui, l'auteur de l'exquis Une année chez les français.

Présentation de l'éditeur :
Comment partager son espace avec quelqu'un qui vous est totalement étranger ? Telle est la question !
À travers cette fable tragi-comique, Fouad Laroui pose la question des rapports entre la France et le Maroc dans leurs dimensions historique, affective et culturelle.

Sur un coup de tête, François et Cécile lâchent tout à Paris pour aller s'installer à Marrakech. Quel choc quand ils découvrent, dans une petite pièce au fond du riad qu'ils viennent d'acquérir, une vieille femme qui y semble installée de toute éternité. Ni l'agence immobilière ni les anciens propriétaires ne sont en mesure de leur expliquer ce qu'elle fait là. La femme est très vieille, paisible, parlant quelques mots d'un dialecte que personne ne comprend et ne paraît absolument pas disposée à quitter les lieux. Cette présence dérangeante plonge le jeune couple dans le plus profond des embarras. Pétris de valeurs humanistes, ils ne savent comment gérer cette situation. Pas question de jeter à la rue une personne aussi fragile. Aucune institution n'est prête à l'accueillir. Impossible de retrouver sa famille. Comment aménager cette cohabitation ? La faire travailler contre le gîte et le couvert ?... mais pour faire quoi ?... La considérer comme une amie de la famille ? Mais ils n'ont absolument rien en commun. Lui trouver une chambre en ville ? Impossible de la faire partir manu militari. Accomplir un acte charitable et l'accueillir comme une SDF ? Se soumettre et accepter cette étrange situation ? Mais cette présence, aussi discrète soit-elle, reste une intrusion insupportable et un viol de l'intimité de ce couple plein de bonnes intentions.
Avec cette fable drôle et touchante, Fouad Laroui s'interroge de façon faussement naïve sur les différences culturelles et leur difficile cohabitation.

C'est en flânant dans une grande librairie bordelaise que mon œil a été attiré par la couverture et le nom de l'auteur. L'auteur de Une année chez les français, m'écriais-je ! Sans réfléchir j'ai pris l'ouvrage, me sentant rassuré par le nom d'un auteur qui m'avait offert l'une de mes plus belles expériences littéraires quelques mois plus tôt.
Difficile d'en dire plus que la quatrième de couverture, alors analysons un peu le fond du texte. Fouad Laroui propose des personnages riches et particulièrement humains. Chacun d'entre eux est touchant à sa manière. Le couple de français, d'abord, qui ne connait absolument rien à l'histoire et à la culture marocaine. Un couple de français comme on en voit partout, gentil, tranquille, bien ancré dans le moule sociétal français, mais naïf, qui ne croit qu'aux vieux clichés. Viennent ensuite le voisin, l'agent immobilier qui parle un français très spécial et l'agent de police de Marrakech. Une bonne brochette de marocains tous différents les uns des autres. Les situations sont cocasses à souhait, le texte ne manque pas d'humour et nous emporte avec tellement de facilité dans ses lieux orientaux.

Le soleil levant commençait à réchauffer la terre.
Cette terre qui n'appartenait plus à sa famille.

L'humour n'est pas la seule caractéristique du roman. Il sert à l'auteur pour dévoiler calmement les différences de culture entre les deux peuples. Divisé en trois parties, le roman prend une toute autre dimension dans la seconde partie, une partie plus centrée sur l'histoire du pays et sa relation avec la France notamment.
Malgré que ce second segment de récit soit fort intéressant et historiquement riche, il casse un peu la fiction dont on se délectait précédemment. J'ai trouvé dommage qu'on quitte si rapidement ces deux français perdus dans un pays qu'ils ne connaissaient pas.
La vieille dame cachée au fin fond du riad est finalement l'élément déclencheur qui permettra à nos deux nouveaux marrakchis à s'intéresser à leur nouvelle ville et, surtout, à comprendre leur manière de vivre. La vieille dame du riad c'est deux populations qui se confrontent, deux époques qui se rejoignent, c'est également la vie émouvante d'un homme qui va devoir se battre tantôt pour son pays, tantôt pour l'envahisseur. Tout cela est servi par une plume délicieuse qui flirte efficacement avec le fantastique.

dimanche 12 septembre 2010

Une année chez les français

Une année chez les Français est le nouveau roman de Fouad Laroui, écrivain, poète, critique littéraire et économiste marocain vivant actuellement à Amsterdam.

Présentation de l'éditeur :
1969 : les Américains débarquent sur la Lune et Mehdi atterrit au lycée Lyautey de Casablanca. L’instituteur, impressionné par l’intelligence et la boulimie de lecture de son jeune élève, lui a obtenu une bourse dans le prestigieux établissement français.
Avec cet humour corrosif qu’on lui connaît, Fouad Laroui raconte le choc culturel que représente pour le petit Marocain la découverte du mode de vie des Français : ces gens qui vivent dans le luxe, mangent des choses incomestibles, parlent sans pudeur et lui manifestent un intérêt qu’il ne comprend absolument pas.
Entre Le Petit Chose et Le Petit Nicolas, l’histoire émouvante et cocasse d’un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

Bien que le début du roman nous prévient qu'il s'agit d'"un ouvrage de fiction", on peut tout de même se poser la question si Une année chez les Français n'est pas truffé d'anecdotes autobiographiques. En effet, dans sa jeunesse, l'auteur a été lui même choisi pour intégrer le lycée Lyautey à Casablanca. D'autant plus que la disparition du père du jeune personnage, Mehdi, est identique à celle du père de Fouad Laroui (d'après un entretien qu'il a eu avec une journaliste de Le Monde).
Mais outre l'histoire du petit personnage, ce roman chante avec beaucoup de douceur et d'appétit les louanges de la langue française. Chaque mot résonne comme un coup de cuillère plantée avec  appétence dans un succulent gâteau au chocolat. Les prononcer donne l'impression de goûter du bout de la langue à cette pâtisserie qui affole vos papilles gustatives.

Lui, fou ? C'était plutôt le monde qui avait perdu la raison : tous ces fantômes, éperdus...

Depuis qu'il a appris à lire, Mehdi ne passe jamais plus de quelques minutes sans livre à portée de main. Impressionné par la soif de connaissance de son élève, l'instituteur du petit village de Beni Mellal fait des pieds et des mains pour que Mehdi bénéficie d'une bourse lui permettant d'intégrer le célèbre lycée français Lyautey à Casablanca.
Dès son arrivée dans le territoire francophone, Mehdi ne manque pas de surprendre les habitués des lieux par son mutisme d'abord, puis par sa capacité à apprendre et à retenir des citations et des poèmes. Sorte de bête curieuse aux yeux de tous, Mehdi se réfugie souvent dans ses pensées. Le lecteur peut ainsi suivre l'imagination fantasque de cet enfant terrorisé par un mode de vie tellement éloigné du sien.

Phrase énigmatique, merveilleuse, avec tous ces mots inconnus, ces noms, ce "pliée" insolite...

Mais Mehdi se fait petit à petit une place parmi les élèves et trouve même en Denis et ses parents une nouvelle famille avec qui partager les fêtes chrétiennes. Là encore son inculture religieuse fait sourire et de nombreux jeux de mots fusent et amusent le lecteur.
Fouad Laroui joue aussi bien avec son personnage qu'avec les mots. En portant à dérision certaines expressions, il montre à quel point la langue française est riche. L'auteur cuisine les mots et laisse s'évaporer les odeurs au parfum de fraicheur. Il nous apprend tout simplement à apprécier le goût des mots et à nous imprégner d'eux afin de savourer les diverses références littéraires citées tout au long du roman.

Ce monde où l'ange, c'était lui.

Sélectionné auprès de nombreux et prestigieux écrivains pour le prix Goncourt de 2010, Fouad Laroui redonne du goût à la langue française et nous offre un florilège de ses mots les plus appétissants. Il traite son récit avec beaucoup d'humour et de légèreté.
Une année chez les Français est une expérience très particulière dans le monde de la littérature et m'a offert l'une de mes plus belles lectures de l'année.