dimanche 22 décembre 2013

8 ans à peine

8 ans à peine est un roman de Ségolène De Margerie aux éditions Imperiali Tartaro.

Présentation de l'éditeur :
« ... Elle s’assied sur le fauteuil club tanné par les ans, souvenir de son grand-père, puis se sert un verre. Les glaçons n’ont pas encore fondu depuis le dernier. Tout est calme. Un coup d’œil au grand cadran mural orné de chiffres romains qui trône entre les deux fenêtres lui indique que les aiguilles tournent trop vite. Ce sera bientôt l’heure. Diane fait le point pour tenter d’évacuer le stress qui la gagne peu à peu. Elle monte à l’étage et y reste un instant sans bouger, s’imprégnant de chaque détail, avec une intense émotion... »
Huit ans à peine est un roman psychologique intense, inspiré d’une histoire vraie. En apparence unie et appréciée de tous, une famille est touchée en plein cœur par un drame aussi inattendu qu’effroyable. Mêlant amour, secrets et trahisons sur fond d’enquête policière finement détaillée, un thriller poignant, émouvant et palpitant qui entraîne le lecteur à la recherche de la vérité. Un livre que l’on ne referme pas sans en connaître la fin.
Ségolène de Margerie, mère de quatre enfants, est l’auteure d’Encore combien de jours, Maman ? paru aux Éditions Jacob-Duvernet. Ce vibrant témoignage sur son double combat contre le cancer et pour redonner la vie a été le révélateur de sa créativité littéraire et de sa passion pour les mots.

8 ans à peine commence très fort. L'auteur ne ménage pas son lecteur en l'entrainant immédiatement dans l'horreur, une horreur dont on ne peut pas sortir indemne. Nait alors chez le lecteur une angoisse qui ne le quittera plus et qui l'empêchera de refermer le roman avant de l'avoir terminé. C'est ce qui m'est arrivé, je l'ai lu en très peu de temps.

Après ce début fracassant, l'auteur nous oriente vers différentes pistes et prend plaisir à jouer avec nos émotions. On ressent une multitude de sentiments, passant de la compassion à la haine. Les portraits dressés des personnages nous renvoient facilement à nous ou à des personnes que l'on connaît. On se sent pleinement inséré dans l'histoire. Et le fait que l'histoire soit tirée d'un fait réel aide dans ce sens ...

8 ans à peine fait partie de ces romans qui vous hantent pendant longtemps. Un drame d'une horreur et d'une tristesse sans pareil. L'auteur sait tenir son lecteur en haleine en lui offrant une histoire poignante et pleine de réalisme.
Si vous n'avez pas encore terminé vos cadeaux pour Noël, celui-ci est un très bon choix !

dimanche 8 décembre 2013

Après la fin

Après la fin est le nouveau thriller de Barbara Abel sorti mi Novembre aux éditions Fleuve Noir.

Présentation de l'éditeur :
Tiphaine et Sylvain vivent ensemble depuis presque 20 ans. Ils ont connu des moments merveilleux et ont surmonté main dans la main des épreuves difficiles. Comme tant d'autres époux... Aujourd'hui leur couple bat de l'aile et élever Milo, leur fils de 15 ans, n'est pas une partie de plaisir. Une situation qui pourrait être très classique...
Si Milo n'était pas leur fils adoptif.
Si Milo n'était pas le fils de leur ancien voisin David qui s'est suicidé dans sa propre maison.
Si Milo n'était pas le meilleur ami de Maxime, leur fils, décédé brutalement à l'âge de 7 ans.
Si Milo n'avait pas hérité de la maison de son père dans laquelle vit désormais la nouvelle famille recomposée.
Et si une nouvelle voisine n'était pas venue s'installer précisément dans leur ancienne maison, de l'autre côté de la haie, avec un petit garçon de 7 ans...

Suite du terrifiant et très efficace Derrière la haine, Après la fin a le terrible défi de devoir faire, si ce n'est oublier, au moins emballer son lecteur avec une intrigue très proche du premier opus. C'est toujours compliqué d'offrir une suite à un premier tome qui a tant plu. On s'imagine bien qu'il va être difficile pour l'auteur de nous surprendre à nouveau.
Derrière la haine mettait déjà en scène des voisins qui ont fini par se détester et s'empoisonner la vie. On reprend les survivants, huit ans après, et on les confronte à de nouveaux voisins. Après la fin est le nouveau cauchemar de Milo, l'enfant qui a connu de multiples drames dans le passé. Mais c'est également le cauchemar qui commence à naître pour les nouveaux voisins de Tiphaine et Sylvain.

Les nouveaux personnages sont intéressants. Une mère récemment célibataire avec ses deux enfants ; une jeune fille qui va peu à peu s'amouracher de Milo et son petit frère âgé de 7 ans. 7 ans, l'âge qu'avait le fils de Tiphaine et Sylvain lorsqu'il est mort. L'arrivé de ce jeune garçon va inévitablement réveiller de lourds souvenirs ...
La mère est une belle femme et est animée par l'ambition d'élever dignement sa famille sans l'aide et l'argent de son mari. La rupture est toute récente et celui qui le vit le plus mal est le mari. Mari avocat qui passe son temps au boulot. Son métier l'a d'ailleurs déjà amené sur une affaire de meurtre à l'adresse où vît maintenant sa femme et ses enfants. Il entreprend alors d'enquêter sur ces mystérieux voisins qui semble semer la mort partout derrière eux.

Le roman se lit bien. On entre vite dans l'histoire qui ne manque pas de rythme et on sent la tension monter petit à petit. C'est un peu tiré par les cheveux mais ça ne m'a pas dérangé. 
Malheureusement la partie finale où tout se joue arrive trop tard et, à peine est-on happé par celle-ci qu'elle repart aussi vite par une fin apparue trop rapidement. Dommage, Après la fin n'est finalement que l'ombre du premier opus et n'arrive jamais à le dépasser. Le roman ne manque pas de qualités mais ne suffit pas à faire oublier Derrière la haine.

mercredi 27 novembre 2013

Défi à la mort

Défi à la mort est un roman policier d'Olivier Séchan, le père, entre autre, de Renaud et de Thierry Séchan. Le roman, écrit en 1950, est réédité cette année aux éditions Romart.

Présentation de l'éditeur :
Cet homme qui mange en ce moment chez Wong Chow, à Brooklyn, son dernier dollar, s'appeile David Farrow. Il a fait paraître ce matin, dans le " Next Morning ", une petite annonce. sa dernière chance : il est prêt " à accepter tout travail, même dangereux ". On lui a téléphoné. Il a noté avec soin la rue et le numéro.
Un peu avant cinq heures, Il est au rendez-vous... II monte sans se faire remarquer, comme on le lui a recommandé, iI sonne. Pas de réponse. " Une farce des copains ", songe-t-il. Il entre dans l'antichambre : personne ; il frappe à la seconde porte : rien. Alors il pousse le battant... Sur le tapis rouge, une femme est étendue immobile, la bouche ouverte, les yeux ouverts. Son bras est encore tiède ; mais elle ne respire plus. Et David a la sensation d'un danger terrible : d'être lié pour toujours à ce cadavre... Un coup de matraque et c'est autour de lui un grand trou noir...
Ainsi commence la terrible et palpitante aventure d'un homme contre qui le sort semble s'acharner... Car le traquenard était bien tendu ! Et d'autres vont suivre ! Mais David n'a·t·il pas jeté un vrai défi à la mort ?

Superbe initiative de la part des éditions Romart d'avoir réédité un roman d'Olivier Séchan, cela me permet de le découvrir. Et quelle découverte ! Un vrai bonheur à lire tant l'humour se confond à merveille dans le décor pourtant si sombre. On se croirait dans un film tant on est immergé dans l'histoire, et ce, dès le début. Chaque scène prend vie et l'on s'imagine parfaitement chaque détail du décor et chaque comportement des personnages.

Défi à la mort est une course contre la montre pour David Farrow. Il vit une terrible traque lancée par toutes les polices. Victime d'un coup monté, il veut prouver son innocence. Mais pour cela il doit agir dans l'ombre et s'aider de complices sûrs. Mais plus il avance dans son enquête, plus les morts se multiplient. Le véritable tueur semble être à ses trousses.

On nage en pleine époque du hard-boiled de messieurs Hammet, Chandler, Himes et compagnie, et ce roman me fait un peu penser à quelques vieux titres américains que j'ai pus lire d'eux. Entre femme fatale, coups en pleine tronche, traquenard et enquête qui sent le roussi, l'ambiance noire et fumeuse des grandes années du roman noir américain se ressent parfaitement.

L'avant-propos de Stéphane Loisy nous apprend que l'auteur avait à l'époque signé son roman sous le nom d'emprunt de Lawrence T. Ford. On a donc une vraie volonté par l'auteur de vouloir faire du roman à l'américaine. Et pour ma part je trouve Défi à la mort très réussi. L'ouvrage offre également une préface signée Renaud et David Séchan qui parle en quelques pages de leur père avec passion et honnêteté. C'est assez touchant.
En prime le lecteur a également le droit a une nouvelle L'assassin est pris par l'oreille publiée initialement la même année que le roman. Petit bonus non négligeable.

dimanche 17 novembre 2013

Juge Bao


Sorti le jeudi 14 Novembre, le cinquième tome des aventures du Juge Bao aussi intitulé Juge Bao & les larmes de Bouddha est une bande dessinée scénarisée par Patrick Marty et dessinée par Chongrui Nie. Merci aux éditions Fei pour cette découverte.

Présentation de l'éditeur :
En route pour la capitale, le Juge Bao échappe de justesse à un terrible accident. En pleine tempête de neige et séparé du gros de sa troupe, il trouve refuge dans un monastère, où un Bouddha miraculeux attise les convoitises, un fantôme terrorise les moines, et où notre magistrat seul et sans protection, va devoir lutter pour sa survie...

Patrick Marty n'a pas manqué de nous offrir un avant-propos de quatre pages afin de faire connaissance avec le personnage du Juge Bao et comprendre l'importance de ses fonctions à cette époque en Chine. Il faut savoir que cet homme a existé et qu'il reste toujours célèbre pour son intégrité et son respect des lois.

La rencontre sino-française entre les deux auteurs est totalement réussie puisque l'ouvrage est de haute qualité. On y trouve bien évidemment de très beaux dessins dans lesquels une très belle lumière ressort des traits de crayons de Chongrui Nie. Des coups de crayons précis et raffinés. Je ne suis pas forcément très calé en dessin puisque je ne fais guère mieux qu'un enfant de maternelle dans ce domaine mais j'apprécie quand le dessinateur prend son temps sur les détails et sur les expressions de visage. Certains décors sont époustouflants.

Le cinquième tome sur les six prévus au total des aventures du Juge Bao relate des faits historiques très intéressants, comme le fait de voir des hommes reconstruire un pont en bois à l'époque ... ça ne tient qu'en un ou deux cadres mais j'ai été ravi d'apprendre leur façon de procéder. Au delà de ça on peut admirer le respect mutuel entre les personnes, leur façon de vivre de l'époque, et on découvre également la politique menée au onzième siècle dans l'Empire du Milieu.

Les aventures du Juge Bao devraient ravir un large public puisque le scénario ne manque pas de suspens. De plus les dessins sont très soignés. Les deux associés, je vous garantis que cette bande dessinée est impossible à lâcher une fois en main !

samedi 16 novembre 2013

Un petit boulot

Un petit boulot est un roman de Iain Levison publié le 3 Octobre aux éditions Liana Levi.

Présentation de l'éditeur :
Une petite ville américaine ravagée par la fermeture de l’unique usine. Un héros qui perd non seulement son travail, sa télé, son aspirateur, mais aussi sa petite amie. Pour ne pas perdre aussi sa propre estime, il est prêt à accepter n’importe quel «petit boulot», y compris celui qu’un bookmaker mafieux, lui propose… Un portrait au vitriol de l’Amérique des laissés-pour-compte.

Excellente surprise ce petit roman noir qui se situe à mi chemin entre la série Breaking Bad et Bons Baisers de Bruges, deux excellents phénomènes du petit et grand écran. Le premier rappelle l'humour grinçant et l'amateurisme des personnages dans le monde du crime. Le second évoque le métier de tueur à gages et les doutes que l'on peut ressentir lorsqu'on le pratique.

Après que l'usine qui faisait vivre une bonne partie de la ville a fermé ses portes, les nombreuses personnes délaissées font ce qu'elles peuvent pour gagner quelques sous. C'est dans ce contexte donc que Jake galère et se voit proposer un petit boulot pas comme les autres. Un ami bookmaker lui propose quelques milliers de dollars en échange d'un petit service bien dangereux et surtout criminel.
Loin d'avoir l'allure de Jean Réno dans Léon, Jake fait preuve de beaucoup d'amateurisme et de nervosité dans son nouveau job de tueur à gage. Malgré cela il s'en sort plutôt pas mal et les contrats s'enchainent.

En parallèle il travaille sous les ordres de Tommy à la station service du coin. Payé quelques dollars de l'heure alors qu'il avait, auparavant, un bon boulot bien payé. Mais à la station service, tout ne se déroule pas tranquillement. Lorsqu'un homme embauché par la direction apparaît dans le but de surveiller les employés, Tommy et Jake sentent que ça va leur péter à la gueule.

Un petit boulot est un court roman qui joue beaucoup sur l'humour mais qui dévoile en réalité un texte profond et dramatique sur les États-Unis et sa crise. Il montre bien que les gens doivent, sinon vendre leur âme au diable, trouver n'importe quel job pour s'en sortir. Iain Levison nous livre là un roman noir bien astucieux et efficace !

mercredi 13 novembre 2013

Londres Petits voyages & Grandes histoires

Londres Petits voyages & Grandes histoires est un ouvrage réalisé par Agnès Yobrégat et Francisco Dussourd édité par les Editions Imperiali Tartaro.

Présentation de l'éditeur :
Piccadilly Circus, Trafalgar Square, Buckingham Palace, Notting Hill... Londres est un carnet de voyage original, qui redessine l’art du voyage et de la découverte à travers de grandes histoires. Les auteurs nous font déambuler dans les rues et les quartiers londoniens au rythme de leurs aventures personnelles, mais aussi sur les traces des grandes histoires qui ont bercé notre imaginaire. Nous parcourons les Londres mythiques ainsi que des quartiers plus pittoresques qui évoquent Peter Pan, John Steed et Jack l’Éventreur… 

Ce carnet est un périple à travers les sens et la mémoire qui se donne l’ambition de s’affranchir des contraintes. Agnès Yobrégat a mis sa plume au service de la photographie de Francisco Dussourd et des grandes histoires pour réaliser un beau livre illustré, qui allie la découverte d’une ville à l’imaginaire qui l’englobe. De rue en rue, de quartier en quartier, nous plongeons dans le Londres mythique, le Londres pittoresque, mais aussi dans le Londres culinaire, car les auteurs souhaitent redonner leurs lettres de noblesse à une gastronomie qui a longtemps souffert d’une mauvaise image. C’est aussi un parcours vintage pour offrir à tous les lecteurs un Londres intemporel. Petits voyages et Grandes Histoires est un carnet de voyage et d’expériences au plus près de la réalité, drôle, parfois cocasse, mais toujours inattendu… Un voyage londonien qui commence chez vous dès l’ouverture du livre et qui se termine en plein de cœur de la City.

C'est une première pour moi de donner mon avis sur ce genre d'ouvrage. Les deux complices nous emmènent en voyage à Londres, le melting pot anglais, et nous laissent pénétrer leur intimité le temps d'un petit voyage.
Appareil photo dans les mains et sac à dos sur l'épaule, ils décident de partir comme sur un coup de tête, sans vraiment préparer leur périple. Ils découvrent des lieux insolites et nous font partager leurs découvertes.

Au programme : des photos, des bars, des recettes à l'anglaise, du shopping, encore des bars, et des histoires merveilleuses (notamment sur l'auteur de Peter Pan). Tout cela est raconté avec beaucoup d'humour et de joie. N'oublions pas certaines anecdotes croustillantes sur les auberges de jeunesse ...

Les photos sont vraiment très belles, la mise en page est superbe et le texte est riche. Tous les ingrédients sont présents pour faire passer un bon moment et donner envie de visiter la capitale anglaise à ceux qui ne la connaissent pas. Il donnera également envie aux autres de la redécouvrir, peut-être, sous un autre angle. Un très bel ouvrage !

lundi 11 novembre 2013

Survivant

Survivant est un roman de Chuck Palahniuk, l'auteur de Fight Club et autres romans déjantés. Folio Policier remet en vente dès ce mois-ci les romans de Palahniuk, l'occasion de le découvrir ou de le re-découvrir.

Présentation de l'éditeur :
«Personne ne veut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout un chacun ? Rien que l'inconnu, ce vaste inconnu qui fiche la trouille.»
Tender Branson est bien placé pour le dire. Il est le dernier survivant d'une secte d'allumés et il navigue seul, après l'avoir détourné, dans un Boing 747 mis en pilotage automatique à 13 000 mètres d'altitude. Destination l'Australie et le crash assuré. Plus que sept heures de vol à vivre pour raconter à la boîte noire ses incroyables secrets. Quelques litres de kérosène avant de finir éclaté en milliards de petits débris...
Un roman imprévisible, inoubliable et un sommet de l'humour sauvage qui confirme Chuck Palahniuk comme l'un des écrivains de fiction les plus originaux du moment.

Dix ans après le suicide collectif des membres de la secte des creedish, Tender Branson, l'un des quelques rares survivants, survit tant bien que mal. Exerçant le métier d'homme à tout faire, il manie les recettes de cuisine et les bons procédés de ménage comme personne. Il faut savoir que Tender n'a pas connu le monde 'civilisé', tel que nous le connaissons, avant un certain âge et a donc développé une façon de penser très particulière. Il est assez hilarant de trouver une logique dans ce qu'il nous raconte là où il n'y en a pas à nos yeux ou de ne pas être choqué pour les mêmes raisons que lui.
Sous forme de compte à rebours, l'histoire, racontée par son personnage principal, débute dans un avion vide dont le seul témoin de ses péripéties est la boîte noire ... qui n'est pas si noire qu'on le raconte. Les pages défilent à l'envers, les chapitres décrémentent et on écoute bien à notre aise l'enregistrement de ce dernier survivant d'une secte anéantie, et survivant dans un monde qu'il ne connaît pas.

Avant que je me retrouve produit en cours de lancement.

Devenu une bête de foire après s'être révélé auprès de la population, Tender commence à vivre ses heures de gloire comme une drogue, il lui faut toujours plus de popularité, de photographies, de maquillage et autres crèmes pour chaque partie du corps. Palahniuk dénonce la religion sous son aspect marketing comme on peut le voir fréquemment aux États-Unis. Tender anime des émissions télévisées et annonce de nombreux miracles qui se réalisent.
Mais plus il rentre dans ce système robotisé, plus son passé va le rattraper et va lui révéler de nombreux secrets enfouis.
Difficile de ranger Survivant dans une catégorie. Polar, roman fantastique, comédie, drame ... un peu de tout peut-être. Du Palahniuk en grand forme, ça c'est sûr. Bien que les scènes de démesure se multiplient tout au long de l'histoire, il livre dans l'ensemble un roman parfaitement cohérent et dénonce une nouvelle fois une société de consommation qui a l'emprise sur tout le monde. Palahniuk a son style et moi j'adore.

mardi 29 octobre 2013

Chiennes fidèles

Chiennes fidèles est un roman de Williams Exbrayat sorti le 24 octobre 2013 aux éditions StoryLab au format numérique et au prix de 2,99 euros. Estimé par son éditeur à 45 minutes de lecture, il s'agit d'un court roman d'une bonne cinquantaine de pages.

StoryLab Editions a misé sur le 100% numérique et propose un concept original pour attirer de nouveaux lecteurs : "Les éditions StoryLab proposent des fictions et des documents d’actualité à lire en moins d’une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et inédits pour un nouveau plaisir de lire."

Présentation de l'éditeur :
Ex-flic à la morale discutable et aux pratiques expéditives, Maddog est devenu détective privé. Il lui arrive même de s'offrir quelques à-côtés juteux à la limite de la légalité.
Sa principale faiblesse : son goût pour les femmes. Lorsque la vénéneuse Dora le plaque, il se rend compte que sa dernière combine était peut-être celle de trop…


La façon dont est racontée l'histoire nous donne l'impression d'être installé au bar, un bourbon dans la main, à l'écoute des aventures méleangeant fric et nanas de notre voisin de table. Mais femme fatale et argent ne font pas très souvent bon ménage, et après s'être fait avoir, Maddog remarque qu'un élément important lui a été dérobé ... un élément qui va le mettre dans une sacrée merde.

Elle ne regarde pas les hommes[...] Elle les dévore

Maddog a un nom de dur à cuire, un franc parler et des poings bien fermes. Il se lance dans une chasse à l'homme, ou à la femme pour être plus précis, aidé par son pote Danny. Les coups pleuvent et les répliques s'enchainent avec pas mal d'humour. Mais au fur et à mesure que l'enquête avance, des zones d'ombres s'ajoutent et d'autres truands font leur apparition.

L'histoire va vite, très vite. On rentre facilement dedans surtout qu'elle est pourvue d'humour et d'action. J'aurais d'ailleurs aimé qu'elle soit un peu plus longue tout de même. Chiennes fidèles se lit très bien et propose des personnages attachants. Une bonne lecture !

lundi 28 octobre 2013

Pur

Pur est le nouveau roman d'Antoine Chainas, l'auteur des excellents Versus et Anaisthêsia (pour ne citer qu'eux) tous sortis à la Série Noire de Gallimard.

Présentation de l'éditeur :
«Cet endroit donne tout son sens à notre combat, Patrick. Les gens de l’extérieur pensent que nous nous barricadons par peur d'autrui, par étroitesse d’esprit. Mais nous ne sommes pas hermétiques, bien au contraire. Et ceux qui nous taxent de racisme ont tort aussi. Personne n’est plus ouvert sur le monde que nous. Qui voyez-vous ici? Des Suisses, des Norvégiens, des Suédois, des Américains, des Anglais… Des banquiers internationaux, des gestionnaires de capital multinational, des artistes qui voyagent partout sur le globe, des ingénieurs membres d’équipes polyglottes. Expliquez-moi qui d’autre pourrait être mieux au fait de l’état de notre époque? Dites-moi de quelle expérience peuvent se prévaloir ceux de dehors? Quel sort funeste les attend dans ce chaos égalitaire, ce monstrueux fourre-tout qu’ils ont eux-mêmes engendré? Ce domaine que vous voyez est peut-être un des derniers où les valeurs, les règlements ont force de loi. Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous préoccupent, mais la misère. Voilà ce que nous voudrions éradiquer. On pourrait considérer qu’en un sens, nous sommes les ultimes philanthropes.»

Antoine Chainas revient enfin avec un nouveau roman noir aux allures pré-apocalyptiques. Sans la présence d'indication temporelle exacte, on peut dire que l'auteur utilise le mode de l'anticipation pour nous introduire dans une France proche d'aujourd'hui dans laquelle la peur fait régner sa loi. Les groupuscules d'extrême-droite montent en puissance et le peuple se divise encore plus qu'il ne l'était. Au milieu de tout ça, il y a Patrick Martin. Quadragénaire, bien portant, marié et dont le métier rapporte pas mal. Mais il vient de perdre sa femme dans un terrible accident ...
Sa version des faits ne convainc pas totalement la police. D'un côté, on a le capitaine Durantal qui semble honnête, expérimenté mais un peu trop porté sur la bouffe et de l'autre, Alice, la jeune métisse, qui fricote avec Force et Honneur, un grand groupe extrémiste. Deux caractères diamétralement opposés qui vont croiser la route de Patrick et vont l'aider (ou le pousser) à choisir sa voie. Ce dernier sent monter la haine au fur et à mesure que les interrogations arrivent et commence à rêver de vengeance.

Dans le monde décrit par Antoine Chainas, les plus aisés vivent dans des villes barricadées sous haute surveillance. Les critères d'admission sont sévères pour accéder à ce semblant d'Eden. C'est là d'ailleurs que vivent Julien et Amandine, deux jeunes amis formatés à ce nouveau mode de vie. Bien qu'Amandine ait vécu quelques temps à l'extérieur des murs dans son enfance.
Pour seul divertissement, leur quartier propose l'accès à toutes les caméras de surveillance présentes dans les rues afin que chacun puisse espionner son voisin et, bien évidemment, dénoncer les actions jugées hors du règlement.
Celui qu'on appelle Le Révérend, pour sa forte croyance et son côté guide / protecteur, est un peu comme le chef de cette ville fortifiée. Il est d'ailleurs le père de Julien. Ancien para-militaire et étudiant d'une grande école, il multiplie les expériences qui font de lui un bon conseiller et un homme rassurant. Mais ses convictions politiques sont pour le moins extrémistes et laissent son fils songeur tandis que le reste de la famille semble enfermée dans un mutisme et un comportement pré-formaté qui les empêchent d'agir tout simplement comme des êtres humains.

L'auteur commence son histoire d'un grand coup de plume. Dès les premières pages on succombe à son style parfaitement fluide et poétique. De la même manière qu'aurait filmé Cronenberg, Antoine Chainas trouve les mots parfaits pour décrire avec justesse et esthétisme une femme accidentée, se rapprochant peu à peu de la mort. On en tomberait presque amoureux tellement elle semble belle malgré le sang et les débris l'entourant.

Pur est une histoire qui tend petit à petit vers un final que l'on devine inévitablement apocalyptique. Une tension omniprésente. Des rencontres hasardeuses. Et des manipulations. Et puis au milieu de tout ça, on apprend qu'un sniper fait rage dans la région tuant uniquement des personnes de couleur. Aucune piste sur l'identité de ce tueur urbain. Rien. Nada. La police fait choux blanc. On devine assez bien les intentions de ces actes mais personne ne les revendique. Un mystère de plus pour les enquêteurs ...

Tout au long du roman j'ai senti que l'auteur voulait garder le même rythme, la même intensité, afin d'installer un climat tendu et nous entrainer dans le brouillard jusqu'à ce que se dessinent le dénouement et le rapprochement entre tous ces personnages. Antoine Chainas nous livre une fois de plus un grand final. Sous un texte d'anticipation, il nous confie ses craintes, ses plus grandes peurs concernant le tragique destin vers lequel la France semble se tourner. Et que les sondages actuels paraissent malheureusement confirmer ...

mardi 22 octobre 2013

Bestseller

Bestseller est le nouveau roman de Jesse Kellerman publié le 16 Octobre aux éditions Des 2 Terres.

Présentation de l'éditeur :
Arthur Pfefferkorn est un prof de fac aux ambitions littéraires avortées. Son plus vieil ami est le fameux William de Nerval, auteur de thrillers au succès international, qui compte même Stephen King parmi ses fans. Arthur, qui s’est toujours considéré comme l’Écrivain, est jaloux de sa réussite. Pour couronner le tout, William a épousé la belle Carlotta, dont Arthur est épris depuis leur jeunesse. Un jour, William disparaît en mer et Arthur se rapproche alors de la veuve éplorée. La tentation est grande de faire aussi main basse sur le dernier manuscrit – inédit – de son « ami ». Mais Arthur est loin de se douter que son plagiat va les mettre en péril et déclencher des événements aussi sinistres que dans le plus terrifiant des thrillers. Un véritable tour de force, à l’humour noir décapant, sur le métier d’auteur de best-sellers !

Bestseller définit le livre comme une véritable arme. Jesse Kellerman donne dans un mixte de thriller et de roman d'espionnage pour tourner son roman dans l'autodérision la plus totale. L'auteur ne manque pas d'humour et exagère sciemment certains de ses passages pour se moquer du "bestseller mécanique" que l'on trouve toujours en tête de gondole des magasins. Ce que j'appelle "bestseller mécanique" n'est autre que ces romans bourrés d'action, qui se lisent vite, qui ressemblent à tant d'autres et qui manquent bien souvent de saveur. J'ai d'ailleurs en tête un auteur américain qui m'a beaucoup déçu ...

Arthur Pfefferkorn nous aide justement à analyser ce phénomène de bestseller. Il est lui-même victime de ce phénomène de mode qui voit les thrillers détrôner toutes les premières places des ventes puisque son unique roman publié a été vendu à très peu d'exemplaires. Aussi talentueux soit-il, et il le sait, et aussi intelligent soit-il, il va succomber au péché du plagiat. Il vole donc le manuscrit de son ami, véritable star littéraire, récemment décédé.
Même s'il modifie quelques tournures de phrases, c'est d'ailleurs un délice de lire ces passages, il ne sauvera pas le roman. Le roman est creux et donne dans la disproportion. Les retournements de situation s'enchainent et paraissent de plus en plus grotesques. Malgré cela, le roman va devenir un bestseller et, par la même occasion, Arthur est propulsé à l'état de star. C'est à partir de ce moment que les ennuis commencent.

Les personnages étaient franchement minces. Le style d'une pauvreté à pleurer. Pourtant des millions de gens s'étaient précipités pour l'acheter

Jesse Kellerman s'amuse à nous dresser la liste des codes qui permettent de créer un bestseller sans âme. Mais qui marche. Il multiplie les agents doubles dans tous les sens, offre des retournements de situation complètement dingues, crée des chapitres très très courts (voire minuscules) qui n'ont nullement besoin d'être séparés des autres, donne dans la surenchère ... bref, il s'amuse et j'ai beaucoup apprécié.

Je lui reprocherais tout de même d'être tombé dans son propre piège en allant trop loin dans l'irréalisme. Certains passages m'ont paru de trop. Par contre j'ai trouvé intéressant ce regard des étrangers (les zlabiens ici) sur la littérature en général. Il m'a donné l'impression qu'ils appréciaient plus la littérature et la poésie que les américains mais ne semble pas aller au bout de la réflexion.
Bestseller est un roman astucieux car l'auteur joue autour de son propre univers, les écrivains de bestseller, et arrive avec beaucoup d'humour à le critiquer. Son personnage principal, Arthur Pfefferkorn, est très intéressant comme héros puisqu'il représente cette frustration qu'un écrivain de talent peut ressentir en échouant là où d'autres ne devraient pas réussir. Une belle découverte donc !

Les écrivains vivants, ça manque de romantisme.

jeudi 17 octobre 2013

Le Mystère Fulcanelli

Le Mystère Fulcanelli est le nouveau roman d'Henri Loevenbruck publié ce mois-ci aux éditions Flammarion.

Présentation de l'éditeur :
Un meurtre dans une vieille église de Séville…
Un assassinat dans une bibliothèque parisienne…
Un ancien manuscrit dérobé…
Et voilà que surgit de nouveau le nom du plus mystérieux alchimiste du XXe siècle : Fulcanelli !
Depuis près de cent ans, chercheurs et historiens tentent de découvrir qui se cachait derrière cet énigmatique pseudonyme. En acceptant de mener l'enquête, Ari Mackenzie, ancien commandant des services secrets fait une plongée vertigineuse dans les milieux ésotéristes du siècle dernier. Parviendra-t-il à dénouer la plus étonnante intrigue de l'histoire de l'alchimie ?

Après le très énigmatique et excellent L'Apothicaire, Henri Loevenbruck revient avec une nouvelle aventure ésotérique dont le mystère, cette fois-ci, est de découvrir l'identité du grand alchimiste Fulcanelli.
Ari Mackenzie, héros récurrent dans la bibliographie de l'auteur, part sur les traces de celui qui a laissé comme héritage deux des plus grands ouvrages d'alchimie. Deux best-sellers qui continuent d'interroger les plus curieux, deux romans uniques et mystérieux ... jusqu'au jour où l'on découvre un curieux petit carnet signé de la main de ce célèbre inconnu.

Ari en est à un tournant de sa vie où tout va mal. Seul et sans emploi, il parait caresser doucement les bas fonds de l'âme humaine. Mais ses connaissances inégalables et ses compétences en tant que commandant des services secrets vont le remettre sur pieds afin d'enquêter sur l'impossible, une quête qui pourrait être une grosse farce ou l'un des plus gros trésors du XXe siècle.

Ari constate qu'il n'est pas le seul à bien connaître l'histoire de Fulcanelli et de tous les personnages qui gravitent autour de ce mystérieux personnage. Il n'est pas le seul à s'intéresser à ce petit carnet disparu dont tout porte à croire qu'il s'agit d'un faux. Mais ses concurrents ne pensent pas comme Ari et agissent à leurs manières. Et les meurtres commencent à pleuvoir ...

On assiste à une fabuleuse aventure dans laquelle l'auteur mène une réflexion à partir de multiples indices qui s'avèrent être de réels documents. En plus du suspense, du côté thriller du roman, le lecteur est entrainé dans une enquête où tous les documents et les décors sont vrais. Plus on avance et plus le roman en devient passionnant et prenant.
Toutes les personnalités réelles passent au scanner de l'auteur afin de dévoiler tous leurs secrets et leurs points communs avec les maigres indices que l'on connait de Fulcanelli. Sa façon de nous entrainer dans cette quête et de nous intéresser est fabuleuse. Bref, Henri Loevenbruck m'a encore bluffé par sa plume et son sujet.

Pour en savoir plus sur Le Mystère Fulcanelli, visitez son site : http://www.mystere-fulcanelli.com


vendredi 11 octobre 2013

Migne Mystique

Migne Mystique est un roman de Matthieu Dhennin qui n'en est pas à son premier roman historique puisqu'il a sorti Saltarello en 2009. Migne Mystique sort aujourd'hui, le 11 Octobre 2013, aux éditions Imperiali Tartaro.

Présentation de l'éditeur :
« ... Juste avant que Grimonie ne refermât la porte du muret, Mechthilde jeta un dernier coup d’œil derrière elle. Cette atmosphère de sérénité était tout bonnement incroyable, et elle se réjouissait d’y passer les prochaines années de sa vie. Elle balayait une dernière fois du regard le jardin lorsqu’elle croisa le regard d’une femme qui, visiblement, l’épiait, en tentant de se cacher derrière un arbre. Cette béguine ne ressemblait pas aux autres : sa tignasse rousse était ébouriffée, ses ongles étaient sales. Et elle fixait Mechthilde de ses yeux écarquillés. Puis, très lentement, son visage se mit à se transformer... ses traits se tirèrent, se dilatèrent comme si elle voyait une scène horrible, mais subitement se figèrent... »
Été 1409, dans un béguinage de la Flandre bourguignonne, une communauté de femmes vit dans le secret et à l’écart de la société. Elle rejette toute autorité civile ou religieuse. C’est dans ce contexte d’isolement et de crise théologique entre Avignon et Rome qu’une jeune novice, Mechthilde, découvre à ses dépens les règles strictes, autoritaires et sombres de la vie du béguinage. Non sans peur, elle enquête, malgré les menaces, au sein de sa nouvelle communauté pour comprendre ce qui s’y déroule et décrypter la migne mystique, entre crimes et châtiments.

Ma première remarque, en voyant le livre, était qu'il est pourvu d'une très belle couverture. L'habit ne fait pas toujours le moine mais ici l'habit dévoile un très beau texte emprunt de beaucoup d'humanité et riche sous plusieurs rapports.

C'est avec une plume légère et un style fin et soigné qu'il nous livre une histoire tout à fait originale avec des personnages vraiment intéressants. Matthieu Dhennin a également soigné son décor. Nous sommes projetés au début du XVe siècle sous le règne de Jean sans Peur, duc de bourgogne, et les descriptions précises mais non pompeuses pleuvent tout au long de l'histoire. J'ai beaucoup appris sur la vie de l'époque, la papauté dédoublée entre Rome et Avignon, les peurs, les personnages historiques, mais également, et surtout, sur les béguinages.

D'un côté on suit la jeune Mechtilde qui entre dans le béguinage de Douai et qui endosse la casquette de Sherlock Holmes afin de résoudre le mystère des meurtres qui se produisent autour d'elle et sa nouvelle famille. Puis, de l'autre côté, on part sur les routes de France en compagnie de Bloemke et Wilgeforte au physique très particulier ... De l'intrigue policière à la fresque historique sans oublier l'humour, on passe du polar au style Teulé à chaque nouveau chapitre avec beaucoup de bonheur.

La documentation pour écrire cette histoire est véritablement impressionnante. Tout y passe, aussi bien les us et coutumes d'antan que la situation géopolitique, économique et religieuse de ce début du XVe siècle.
L'aventure humaine que vivent tous ces personnages placent l'intrigue policière au second plan et laisse le lecteur découvrir une histoire forte et propice à l'imagination. Migne Mystique est une très belle lecture offrant une fin étonnante et laissant son lecteur rêveur. J'ai beaucoup aimé.

jeudi 3 octobre 2013

Les impliqués

Les impliqués est le deuxième roman de Zygmunt Miloszewski sorti aujourd'hui, le 3 Octobre, aux éditions Mirobole.

Présentation de l'éditeur :
Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie.  Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances.
Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme ?

Roman polonais, Les impliqués est une très belle surprise puisqu'il nous plonge efficacement dans les coulisses de l'administration judiciaire de la Pologne. Ne connaissant que très peu de choses sur ce pays, j'ai été enchanté d'en apprendre autant sur son histoire et son quotidien.
L'auteur au nom compliqué à dire pour moi maitrise parfaitement les codes du roman policier. Le roman ne manque pas de panache et de suspense. Ce serait réducteur de limiter les points positifs à cela car l'auteur a également réalisé un excellent travail de recherche sur les thérapies comportementales.

L'auteur façonne ses personnages avec beaucoup de tendresse, il s'applique à les rendre humains, bon et méchant à la fois. Par contre, il est un peu compliqué au début de s'y retrouver dans les noms mais on s'y fait. Le personnage du procureur, Teodore Szacki, est un homme courageux et impliqué dans son métier. Il vit d'ailleurs un peu trop pour son gagne-pain ... à défaut de délaisser parfois sa petite famille. L'affaire sur laquelle il vient de tomber va l'embarquer dans une histoire où chaque détail a son importance et révèle peu à peu des secrets enfouis depuis longtemps ...

On peut regretter que l'auteur ne soit pas aller plus loin au niveau historique, j'ai ressenti une petite frustration mais je suis certain qu'une suite, ou du moins, une autre aventure avec le procureur est à venir et continuera à nous en apprendre davantage sur le passé de la Pologne.
Néanmoins, Les impliqués offre une intrigue astucieuse menée avec beaucoup d'intelligence et de réalisme. Le roman ne manque pas non plus d'humour et de surprise. Plus enivrant encore que la vodka !
 
Je me suis dit que parfois, la mort devenait une solution.

mercredi 2 octobre 2013

Comment tirer sa révérence

Comment tirer sa révérence est le second roman de Malcom Mackay après Il faut tuer Lewis Winter. Il vient de remporter le prix du meilleur polar écossais de l'année devant des auteurs comme Ian Rankin et Val McDermid ... Il paraît le 3 Octobre, demain, aux éditions Liana Levi.

Présentation de l'éditeur :
Le vieux Frank, la crème des tueurs à gages, quarante ans de métier, reprend du service après trois mois d’absence. Jamieson, son patron, lui a payé une nouvelle hanche pour qu’il revienne sur scène. La mission qu’il lui confie est des plus simples: éliminer Scott, un petit dealer ambitieux. Jamieson n’aime pas que l’on marche sur ses plates-bandes et entend bien le montrer. Hélas, Frank MacLeod oublie les précautions les plus élémentaires et se fait piéger comme un débutant. Qui peut le tirer de ce mauvais pas? Calum MacLean, bien sûr. Calum dont le dernier contrat a été de tuer Lewis Winter. L’heure de la retraite a sonné pour Frank. Mais dans ce milieu redoutable, comment tirer sa révérence?

Après plusieurs mois d'absence, le meilleur des tueurs à gages de Glasgow revient à la boutique pour enfin reprendre son activité. Activité qu'il exerce depuis une quarantaine d'années ou plutôt à laquelle il a survécu depuis tout ce temps. Ce n'est pas un hasard s'il est encore en vie, il est le meilleur, il le sait mais sait rester humble.
Pour se remettre en forme, son boss lui propose un petit coup qui pourrait tout de même faire parler dans le milieu. Franck MacLeod entre à nouveau en scène et se prépare à exécuter le contrat. Mais ce qui aurait dû être une simple formalité pour un homme tel que lui finit en massacre.

Commence alors une longue descente aux enfers pour le vieux Franck. Son propre regard envers lui change. Il voit qu'il vieillit et comprend que tout le monde à le même jugement à son égard. Il réalise le constat de sa vie passée et détermine logiquement que son futur sera forcément court. Un homme comme lui, avec ce qu'il a connu, vu et entendu, ne peut rester en vie très longtemps seul. Car à part son patron et quelques rares collègues du milieu, il n'a aucune attache, ni famille, ni amis.

Avant de tomber dans une sorte de retraite anticipée, il mise tout sur son remplaçant, le jeune Calum qui, par son professionnalisme et son caractère, paraît être le candidat idéal pour le remplacer. Lui-même connait quelques complications dans sa vie personnelle composée uniquement d'une petite amie. Il apprendra à ses dépens, que dans ce milieu, l'amour ne fait pas bon ménage avec le boulot.
Calum va peu à peu connaître les mêmes angoisses, se poser les mêmes questions que, j'imagine, son mentor lorsqu'il avait son âge.

Au delà d'une histoire de territoires et de gangs, Comment tirer sa révérence raconte le destin tragique de deux hommes hors du commun. Il puise toute sa force dans ces deux personnages charismatiques. Pendant que l'un, puissant et expérimenté, commence à décrépir, l'autre commence à prendre de la valeur. Le choc entre les deux est inévitable, et pourtant il subsiste comme un très grand respect entre eux.

Le roman traite avant tout des rapports humains, des doutes que chacun, selon sa position, peut avoir face au plus terrible des évènements ; le temps qui passe. L'auteur conclut avec une fin forte, émouvante et tout à fait logique. Une fin qui m'a scotché, encore aujourd'hui, plusieurs jours après l'avoir terminé.

lundi 30 septembre 2013

Lire En Poche 2013


Amis bordelais, amis girondins et amis de tout horizon, ne manquez pas la 9e édition de Lire en Poche cette semaine à Gradignan !!

Un programme chargé avec une multitude de rencontres, des animations, de la détente dans un très joli parc, des débats, des ateliers ... Le programme en entier ici !

David Vann, R.J. Ellory, Dominique Manotti, Bernard Werber, Olivier Adam, Franck Thilliez, Marin Ledun, Laurent Scalèse, Eric Giacometti, Jacques Ravenne, Fanny Chiarello, Ingrid Astier ... et bien d'autres auteurs à rencontrer et/ou à écouter. La liste complète est ici !

Le lien Facebook pour suivre les nouveautés !

dimanche 22 septembre 2013

Dark, une ombre

Dark, une ombre est un roman de Sandrine Daudeville aux éditions Clément, publié uniquement au format numérique.

Présentation de l'éditeur :
Il aime les femmes. La sienne, les autres, les confidentes, les voisines, les images des magazines, la symbolique, tout. Il a un travail. Des amis. Des passions. Le jour, il est un homme comme les autres. La nuit, il se transforme. Puis les jours deviennent nuits et on ne sait plus où tout a commencé : le moment où il bascule, le moment où elle le ronge. Il n'aura alors plus d'autre choix que d'être lui-même, face à ses peurs, ses doutes, sa folie. Et l'envie étrange de faire des choses qui ne se font pas. L'impression de vivre des moments qui ne lui appartiennent pas. Des souvenirs qui ne lui ressemblent pas.
Rouge. Noir.
Elle est là, dans l'ombre.
Mais qui est-elle ?

Dark, une ombre est un thriller érotique où le sexe et le sang s’entremêlent pour provoquer excitation et fureur. Nos sensations s'embrouillent dans cette histoire de faux-semblants où l'on suit Matt, un jeune homme sujet à des troubles psychiatriques.

Les diverses références à la célèbre série Dexter, que ce soit dans le roman ou même dans le titre, n'empêchent pas le roman d'avoir sa propre identité ; on est loin d'un 'Dexter like'. Dark, une ombre fait jouer tous ses personnages. Ils ont chacun un rôle bien déterminant pour faire évoluer notre personnage principal.

Tout au long de l'histoire on assiste aux cruels meurtres d'un tueur pervers qui paraît connaitre des conflits avec les femmes, lui qui n'a jamais reçu d'amour de la première d'entre elles ; sa mère. L'auteur ne néglige pas le comportement et le passé de son personnage afin de mieux le décrire, et elle le fait bien.

Quand la porte se referme il me semble apercevoir une ombre restée dehors.

Dark, une ombre est ce que l'on peut appeler un 'pur thriller' où l'identité du meurtrier n'est pas forcément ce que l'on recherche principalement. Les personnages sont bons, les dialogues inégaux et j'ai trouvé le style bien meilleur à partir de la seconde moitié du roman. On rentre bien dans l'histoire et on ressent un travail de documentation certain, parfois même un peu trop présent mais qui ne gâche en rien le rythme de l'histoire.

Dark, une ombre fait rimer amour avec manipulation et crime avec coït. C'est une sympathique découverte que je conseille aux amateurs de ce genre.

dimanche 15 septembre 2013

Des chiffres et des litres

Des chiffres et des litres est un roman de Richard Santaki, l'auteur de  Les anges s'habillent en caillera qui m'avait déjà bien plu.

Présentation de l'éditeur :
Hachim, jeune ado de dix sept ans, brillant, passionné de culture hip hop, il se destine à une carrière de journaliste spécialisé. Pourtant les logiques de quartier, sa situation familiale et son admiration pour Houssine, caïd de Saint Denis et figure paternelle, lui feront embrasser une autre voie. Dans les pas de son mentor, il se rendra compte, trop tard, qu’il n’est pas taillé pour ça. Des Chiffres Et Des Litres est un roman poignant d’une destinée déraillée qui nous plonge dans le Saint Denis en ébullition de 1998. Tandis que Zidane et les bleus font rêver les français, l’argent fait tourner la tête des jeunes ambitieux : caids, soldats, flics ripoux, trahisons, règlements de compte, bizz, prison, combats de chiens. Il faut être le plus malin pour rester en vie !

Pendant que la coupe du monde s'installe en France en 1998, que les jeunes rêvent de victoires tout en continuant leurs deals, le destin tragique des jeunes des cités, lui, n'évolue pas. Richard Santaki s'installe encore un peu plus, avec ce roman, comme l'auteur de référence des polars de cités.
Des chiffres et des litres décrit la fatalité que réserve la vie à Hachim et ses amis. On les regarde grandir, s'amuser et rentrer peu à peu dans un univers violent duquel il est presque impossible d'en sortir.

A Saint Denis, on assiste à une véritable guerre des gangs qui s'installe petit à petit avec des jeunes  façon 'Tony Montana' qui veulent grandir parfois trop vite ou qui ont la gâchette un peu trop facile. Mais vaut mieux pour eux de ne pas louper leur cible car celle-ci sait toujours se venger avec la même animosité.
Des liens naissent tandis que d'autres se déchirent. Bien souvent les liens familiaux se cassent face à la sensation de puissance qu'apporte le trafic. Certains espoirs s'évaporent à chaque mauvaise porte ouverte. Ainsi va la vie dans ce Saint Denis dépeint par l'auteur.

Le 'bizz' devient une véritable administration, un important réseau dont la gestion ne peut se faire par des excités et autres sanguins. C'est tellement réfléchi que ça en devient impressionnant et seules les bonnes têtes pensantes arrivent à s'organiser et à tenir toute la chaîne en évitant les encombres.

Regarder les flics tomber également dans les différents trafics rappelle que les quartiers difficiles avec leurs gangsters amateurs ou professionnels sont bel et bien en France, près de nous, autour de nous, et qu'il est impossible de le nier.
Mais l'auteur peint également des personnages sensibles, respectueux et honnêtes. Des gens parfois trop influençables et d'autres qui se battent contre toute cette douleur qu'apporte le trafic.

Richard Santaki signe là un roman très prenant et touchant où le hip-hop prend une part importante dans la vie des personnages et où le rap donne le ton à chaque page.
A ne pas louper, son nouveau roman Flic ou caillera (sorti en Mars 2013) !

mardi 10 septembre 2013

Los Angeles Nostalgie

Los Angeles Nostalgie est un recueil de nouvelles de Ry Cooder publié chez 13E Note Éditions.

Présentation de l'éditeur :
Los Angeles nostalgie évoque l’une des villes les plus célèbres des États-Unis. Los Angeles est le dénominateur commun de toutes ces histoires qui retracent la vie de laissés-pour-compte débrouillards. Musiciens, tailleurs, dentistes, femmes au foyer et pornographes, habitants de Venice Beach ou de Santa Monica dans les années 1950, tous revivent sous la plume de Ry Cooder. L’auteur raconte la vie des classes laborieuses, les événements simples et parfois étranges qui rythment leur quotidien. Réflexion sur Los Angeles ou apologie d’un temps révolu ? Situations réalistes ou magiques ? C’est au lecteur de lire et de trancher.

Toujours vêtu d'une magnifique couverture, les romans publiés chez 13E Note continuent de me charmer. Cette fois c'est au tour de Ry Cooder de m'enchanter dans ses huit nouvelles sur Los Angeles.
Ry Cooder est un célèbre guitariste américain qui a enchainé les enregistrements avec de nombreux musiciens durant des dizaines d'années. Il est également célèbre pour avoir produit l'album Buena Vista Social Club.

Le personnage de LA n'a jamais été aussi beau. Un Los Angeles disparu à jamais mais qui restera à graver dans sa mémoire comme cette cité des anges qu'il retranscrit avec beaucoup de passion.
La musique se diffuse tout au long de la lecture, chacune des nouvelles contient son lot de références et ses riffs qui nous entrainent dans le sombre univers de la classe populaire des années 40 et 50, et plus particulièrement des mexicains vivant en Californie.

L'humour et le noir sont au rendez-vous. Les personnages sont bien souvent des paumés, des ratés, mais ayant toujours un bon fond. Des bonnes poires qui s'engagent dans des situations infernales parsemées de coups de feu et de coups fourrés.
Los Angeles Nostalgie est une douce et machiavélique mélodie aux dialogues vifs et aux personnages touchants et amusants. L'écriture est fluide et directe. Un vrai régal !!

Je vis à Los Angeles. Vous ne me connaissez pas, mais j'aimerais vous raconter une histoire. Qu'est-ce que vous dites ? Il n'arrive jamais rien à Los Angeles ? Asseyez-vous, détendez-vous, prenez un peu de riz sauté au porc. Voilà comment ça s'est passé. (extrait p267)

lundi 2 septembre 2013

Le chêne et le citronnier

Le chêne est le citronnier est le premier roman d'Antoine-Pierre Mariano, journaliste et ancien rédacteur en chef du Figaro, et publié aux éditions Jacob-Duvernet.

Présentation de l'éditeur :
Le Chêne et le citronnier, deux cultures, deux hommes, deux vies au travers d une saga qui balaie le XXème siècle et ses plus grands séismes, de la boucherie de 14-18 à l'effondrement de l'URSS !
Eugène, grand bourgeois, est né dans les brumes du Nord. José, lui, a vu le jour sous le soleil de la Méditerranée et connu très tôt l'exil pour fuir la misère. Les deux hommes traverseront les violences et les horreurs des deux guerres mondiales, les déchirements de la décolonisation et la confrontation tragique entre les deux blocs tout au long de la guerre froide. Ils seront les témoins des turbulences en Europe centrale et au Moyen Orient ainsi que de la lâcheté des hommes de pouvoir. Eugène y verra d'abord la main des communistes. José le fruit amer de la fatalité.

Les deux hommes se rencontreront à trois reprises tout au long de leur vie. Trois rencontres dues aux facéties du hasard, « le plus grand des artistes » a écrit Balzac. Mais trois rencontres qui changeront leurs vies.

Leur point commun ? L'un et l'autre garderont au fond d eux-mêmes une rancune éternelle envers ceux qui les ont fait naître, rancune qui ne s'éteindra qu avec leur mort.


Antoine-Pierre Mariano nous fait parcourir le XXème siècle à travers les yeux de deux personnages bien différents mais dont le sort de la vie, le hasard, va les mener à trois reprises seulement sur le même chemin.

L'auteur nous séduit dès le début du roman en présentant ses deux personnages principaux José et Eugène. On entre très aisément dans l'histoire. Cette première partie de l'histoire, l'enfance des deux hommes, est touchante autant pour l'un que pour l'autre. Mais plus on avance dans le temps et plus le personnage de José gagne notre faveur. Alors que le personnage d'Eugène devient parfois un peu trop arrogant, énervant, en vieillissant.

José, méditerranéen à l'image du citronnier, et Eugène, fort comme un chêne dans son esprit, ont démarré tout deux leur vie sur un mensonge mais s'en sont sortis avec force et courage.
Les années passent, les pages défilent et les anecdotes historiques s'enchainent. Ils vivent ces anecdotes parfois de l'intérieur et parfois n'en sont que spectateurs. Mais à chaque fois, ils sont impuissants face à ce qui se produit. Ils subissent comme tant d'autres la bêtise des évènements bien trop souvent meurtriers.

Ce qui a de vraiment intéressant dans ce roman, c'est cette vision de l'histoire vécue par ces deux hommes, l'un habitant en Algérie et l'autre en France. L'un est peu savant, l'autre au contraire a de grandes connaissances dans de nombreux domaines, et notamment la politique. L'un est immigré, l'autre non.
Deux personnages si différents mais qui ont traversé le même siècle, les mêmes horreurs. Deux témoins de ce grand siècle qui ont pu observer notre monde évoluer à deux points de vue éloignés.

Les passages sur la vie en Algérie m'ont particulièrement passionné et m'ont donné envie d'en lire plus à ce sujet. On pourra regretter le côté un peu niais du personnage de José mais il faut avouer qu'il est vraiment touchant.
Le chêne et le citronnier est un excellent roman historique au sujet assez vaste puisqu'il balaie les trois premiers quart du XXème siècle. Il apporte une vision originale de l'histoire en rentrant parfois dans les détails et n'apportant qu'une discrète référence d'autres fois. La narration est plaisante et les personnages sont plutôt bien travaillés, une bonne lecture en résumé !

il y a des traumatismes qui meurtrissent le corps ou l'esprit et dont la trace ne s'efface jamais 
(Le chêne et le citronnier - page 232)

jeudi 22 août 2013

L'étau

L'étau est un roman d'espionnage de l'américain Olen Steinhauer sorti en France le 7 Mars 2013 aux éditions Liana Levi.

Présentation de l'éditeur :
Pékin, veille des jeux Olympiques : le colonel-espion Xin Zhu vient de pulvériser le Tourisme, département mythique de la CIA. New York, au même moment: l’agent Milo Weaver a survécu à ce carnage et profite d’une vie enfin normale. Mais son ex-patron, obsédé par la vengeance, disparaît et Milo est rattrapé par le système. Dans une course-poursuite infernale, il lui faudra rester loyal sans se faire manipuler, repérer ses vrais alliés, protéger ses proches et sauver sa peau. Une course téléguidée depuis les confortables bureaux des pouvoirs chinois et américain. Dans ce thriller trépidant, Olen Steinhauer dissèque les rouages du renseignement international et sonde les eaux troubles de la paranoïa et de la trahison.

Les vacances se terminent pour ma part et il est temps de vous présenter mes lectures estivales. Avant de donner mon avis sur le nouveau roman d'Olen Steinhauer, il faut savoir qu'il est le dernier volet d'une trilogie. Même si les évènements se succèdent et que les personnages sont les mêmes (du moins pour ceux qui restent en vie), L'étau peut tout à fait se lire indépendamment des autres romans de la série (L'issue et Le touriste).

L'étau est un prodigieux roman d'espionnage. Ça ne ressemble pas à du Ludlum ou à un James Bond, ce roman a sa propre identité. Il nous met sans cesse sous tension dans une sorte de guerre cachée d'où tout peut éclater. Une guerre froide nouvelle génération où les services secrets mènent la barque.
Les américains sont confrontés aux chinois et surtout au très malin Xin Zhu qui a décimé à lui seul le Tourisme, département ultra secret des services secrets américains. Autant vous dire que la vengeance est de mise dans ce roman. En effet, l'ancien patron, Alan Drummond, du Tourisme s'en veut et semble partir seul en guerre contre ce Xin Zhu, membre du Guoanbu. Mais lorsque l'on a été patron d'un tel service, partir seul pour mener la guerre semble signe de folie. Milo Weaver, ancien touriste et ami proche d'Alan, s'inquiète inévitablement et commence à enquêter de son côté sur les plans de son ami. Ce qu'il va découvrir va l'entrainer dans une série de manipulations sordides où tous les coups sont permis.

Le roman est fabuleux en tout point. L'intrigue est complexe mais soignée au millimètre près. On se perd mais l'auteur trouve toujours le moyen de nous sortir la tête de l'eau pour nous étonner un peu plus à chaque fois.
Les personnages sont également excellents et bien travaillés. Celui de Xin Zhu est peut-être le plus intéressant et parfois même le plus touchant. Il sort un peu des personnages qu'on a l'habitude de voir ou de lire.

Belle réussite, L'étau est bien meilleur que Le Touriste. Il arrive à prendre le lecteur dans son jeu et à le tromper, le manipuler et lui mentir sans retenu. Le récit est brillant et la façon de mener l'histoire est impressionnante. A chaque révélation on attend un faux pas qui ne viendra finalement jamais.

Olen Steinhauer est incontestablement celui que l'on attendait dans le monde du roman d'espionnage. Il devient à coup sûr LA plume du genre. Il manie à la perfection les manettes d'un monde où le renseignement joue le rôle principal dans les tensions politiques, le monde réel en quelque sorte ...

"Paix impossible, guerre improbable" - Raymond Aron

dimanche 4 août 2013

L'île des ombres

L'île des ombres est le nouveau roman de Lisa Unger.

Présentation de l'éditeur :
Jeune écrivain à la recherche d’inspiration pour son second roman, Kate a besoin de se reposer et décide de passer quelques jours sur Heart Island, cette île des Adirondacks dont on dit qu’elle recèle d’étrange histoires.
De son côté, Emily est désespérée et songe à mettre fin à ses jours. Elle n’a plus aucune ressource et son compagnon semble devenir fou. Il la menace sans cesse plus violemment. Elle part se réfugier sur Heart Island chez son ami Birdie Burke.
Quant à elle, Birdie Burke est une femme plus mûre, héritière de cette grande maison au cœur de l’île. Elle est pourtant bien seule et de sombres pensées l’habitent.
Lorsque ces trois personnages se croisent, que peut-il advenir ?
L'île des Ombres est l’un des romans les plus sombres de Lisa Unger, une étude sur les familles disloquées et les souvenirs fantômes.

L'auteur a ce talent indéniable de créer une atmosphère bien particulière, sombre et angoissante, et de donner vie à ses personnages. L'île, au centre de toute l'histoire, semble cacher de nombreux secrets et fantômes. Elle dégage une sorte de brouillard dans laquelle toute chose irréelle parait possible. De cet univers naissent une multitude de possibilité d'intrigues autour de ce lieu bordé par des eaux et des esprits parfois agités.

Birdie est l'héritière de cette île, sur laquelle elle venait jadis avec ses parents maintenant décédés. A présent elle accueille au moins une fois l'an la famille de sa fille Kate et d'autres invités. Les relations entre la mère et sa fille sont plutôt tendus. Enfin, en règle générale, les relations entre Birdie et tout être humain semblent être compliquées. D'ailleurs, même son mari ne peut passer plus de quelques jours seul à ses côtés sur Heart Island.

Chelsea est une ado et la fille née du premier mariage de Kate avec un écrivain célèbre qui faisait la fierté de Birdie. Chelsea est un peu paumée dans ses relations avec les autres jeunes de son âge mais elle peut toujours compter sur son amie de longue date et 'dévoreuse de mecs' Lulu. Enfin c'est ce qu'elle pensait ...

Emily vit avec, ou héberge plutôt, son petit ami. Fainéant au possible, il passe ses journées au lit sans jamais prendre l'initiative de chercher un job. Emily subit. Elle subit beaucoup de choses à cause de cet homme qui l'avait pourtant tellement fait rêver. Elle ne sera pas au bout de ses surprises lorsqu'il mettra en pratique une 'nouvelle bonne idée'. Le cauchemar d'Emily va alors commencer et les démons du passé vont refaire surface.

Heart Island devient petit à petit le cœur de toute l'histoire. Les fantômes du passé errent et tentent de se faire entendre. Il suffira d'une nuit pour que l'écho de leurs voix soit entendu. Une nuit où tout va basculer.

Mais en attendant cette fameuse nuit, on s'ennuie. Comme avec Les voix du crépuscule, Lisa Unger prend son temps. Elle peaufine ses personnages avec beaucoup d'attention mais elle semble oublier de démarrer l'intrigue. Une intrigue qui m'a au final un peu déçu. Un suspense qui passe un peu vite. Certes son travail sur les relations entre les personnages est remarquable mais il a fallu m'accrocher pour ne pas lâcher l'histoire ...

dimanche 21 juillet 2013

Vanity game

Vanity Game est un polar anglais de H. J. Hampson aux éditions Liana Levi.

Présentation de l'éditeur :
Faire la une des tabloïds peut, à la longue, devenir lassant. Des paparazzis, «ces tordus», à tous les coins de rue. Des journalistes, «ces serpents visqueux», prompts à annoncer la séparation d’avec votre copine à tout moment. Des filles prêtes à vous sauter dessus… Malheureusement, «la célébrité crée une dépendance plus forte que le crack». C’est du moins ce que pense Beaumont Alexander, star internationale du foot. Pour tenir, alcool et coke ne suffisent pas, il faut même avoir recours aux anxiolytiques. Poussé à bout à l’idée d’une énième interview, il tue malencontreusement sa petite amie, ancienne mannequin glamour. Et ce ne sera pas le dernier de ses faux pas… Thriller, comédie, Vanity Game est aussi un roman de mœurs et une réflexion déjantée sur la célébrité et les médias.

Une célébrité anglaise du football mariée à une belle femme qui est une icône de la mode ... ça ne vous rappelle pas un couple très célèbre ? Les paparazzis sont omnibulés par chacun de leurs faits et gestes. Ils sont partout reçus comme des rois et se permettent parfois un peu trop ... On est dans le "star system" et qui de mieux que les Beckham pour inspirer les personnages de Beaumont et de sa femme Krystal ?

L'alcool coule à flot et la poudre se répand de narine en narine par le biais de gros billets enroulés dans les toilettes du dernier restaurant à la mode. Tout se passe à peu près normalement dans la vie des célébrités jusqu'au jour où tout dérape. Un faux pas. Un mauvais geste. Le mot de trop et tout part en vrille. Et plus on les cache et plus les malheurs se multiplient.
Angoisse. Incompréhension. Culpabilité. Manipulation. La routine de la vie de château se voit dévorer par des sentiments et des situations que Beaumont Alexander n'aurait jamais cru connaître. Et lorsque tout empire, lorsqu'il tombe au plus bas, sur qui peut-il compter ? En qui peut-il avoir confiance ?

Une histoire rondement menée, bien dans l'air du temps et qui rappelle le bon film de Michel Blanc : Grosse fatigue. C'est parfois drôle, souvent angoissant et on ne s'ennuie jamais. Vanity Game se lit très bien et mélange le polar à la comédie sans aucune fausse note. En plus les personnages sont touchants, ce qui aide vraiment l'immersion dans le roman. Petit bémol sur une fin qui arrive un peu vite à mon goût mais cela n'empêche pas l'histoire d'être vraiment agréable à lire.

dimanche 14 juillet 2013

La cavalerie charge

La cavalerie charge est un ouvrage signé Barry Gifford aux éditions 13E Note.

Présentation de l'éditeur :
Poèmes, notes sur le cinéma et la littérature : La cavalerie charge est un recueil sage et intime qui fait étinceler diverses facettes du talent de Barry Gifford. Sa culture cinématographique et littéraire s’exprime au fil des pages. De Marcel Proust (à qui il rend hommage dans ses «Lettres à Marcel Proust») à Francis Ford Coppola, Gifford évoque ses nombreuses influences. Ce recueil est agrémenté de dessins : des portraits de ses «héros», Nelson Algren, Albert Camus, Jack Kerouac, Jim Thompson, Muddy Waters ou Robert Mitchum.

La cavalerie charge est un mélange de récit autobiographique et de recueils de textes, dessins et poésie rédigés par le touche-à-tout Barry Gifford. Pour le présenter brièvement, il est l'auteur entre autre de Sailor et Lula (réalisé au cinéma par David Lynch) et de l'excellent Perdita Durango (réalisé au cinéma par Alex De La Iglesia). Il est également le scénariste de Lost Highway de David Lynch et de Jimmy de Matt Dillon. Âgé aujourd'hui de 66 ans, il nous offre dans La cavalerie charge quelques anecdotes fort sympathiques sur son passé et ses connaissances dans les milieux du cinéma et littéraire.

Dans la partie cinéma, on apprend pas mal d'anecdotes en tout genre sur des films qui ont vu le jour et d'autres qui n'ont jamais pu naître pour différentes raisons. Barry Gifford écrit avec beaucoup d'admiration sur ses amis vedettes comme Coppola ou Lynch et sur les acteurs qu'il admire.

Puis vient la partie littérature où il référence les ouvrages littéraires qui ont le plus compté pour lui et explique pourquoi. On peut d'ailleurs remarquer une grande admiration pour la littérature française, et plus spécifiquement pour Marcel Proust.

C'est assez captivant, l'auteur-cinéaste nous balade dans des fragments de sa vie et de ses réflexions. Sa poésie est enivrante et musicale. La cavalerie charge est une jolie découverte agrémentée de beaux portraits dessinés par l'auteur.

vendredi 12 juillet 2013

L'encre et le sang

L'encre et le sang est un court thriller fantastique écrit à quatre mains par Franck Thilliez et Laurent Scalese aux éditions Pocket et 12-21 pour la version numérique.

Présentation de l'éditeur :
Au fond d'un vieux garage hongkongais, elle est là. Elle l'attend.
La machine.
Il suffit de taper. Et tout s'écrira, dans la réalité.
Très vite, l'écrivain William Sagnier comprend qu'il tient là l'instrument de sa vengeance. La femme qui l'a trompé. L'homme qui lui a volé son livre. Tous ceux qui l'ont humilié, utilisé, détruit, seront punis à leur tour.
La vie, la mort, la toute-puissance au bout des doigts, là ou se mélangent l'encre et le sang...

La rencontre entre deux grands noms français du thriller est tout à fait attrayant et intriguant. On se demande ce que ces deux inventeurs d'histoires cruelles ont pu bien concocter ensemble ... C'est sur un thriller fantastique que leur choix s'est porté. Drôle de décision, non ? Bien que Franck Thilliez n'en soit pas à son premier coup d'essai (souvenez-vous de L'anneau de Moebius qui reste à ce jour l'intrigue que j'ai préféré de la bibliographie de l'auteur), je ne le voyais pas forcément renouer avec le genre. Mais tant mieux, car ça fonctionne plutôt pas mal. Quant au style de Laurent Scalese, je n'ai malheureusement lu aucun roman de lui ... je me rattraperai sûrement dans l'année.

Les deux complices ont joué avec mes nerfs puisque, sûr de moi, je pensais avoir facilement trouvé toute la solution à cette étrange histoire de machine à écrire et de personnages déchus. Bien évidemment, le dénouement m'a clairement recadré. Qu'est-ce que je croyais ? Pouvoir trouver aussi facilement le fin mot de l'histoire sans me faire berner ? Tsss...

L'intrigue m'a rappelé de bons souvenirs puisque j'ai participé (et même joué ... piètrement) dans un court métrage dont l'histoire était très proche. On se prend au jeu et on se demande même ce qu'on pourrait bien faire à la place du personnage principal. Le duo Thilliez-Scalese fonctionne bien pour cela. Ils nous font pénétrer dans un jeu où l'on ne sait plus qui tient les rênes ... et si c'était simplement les deux auteurs ?

jeudi 11 juillet 2013

Lignes de sang

Lignes de sang est un roman de Gilles Caillot aux éditions du Toucan Noir.

Présentation de l'éditeur :
Richard Granjon, écrivain à la dérive, voit dans son prochain roman l’ultime chance de relancer sa carrière. Isolé dans une maison de campagne, il veut que son texte soit noir, angoissant, sanglant, aux antipodes de ses précédents livres, plutôt édulcorés.
Mais la tranquillité de sa retraite va être soudainement ébranlée. Via d’obscurs réseaux du web, il est manipulé et poussé à bout par un mystérieux tueur dénué de toute humanité. Sa période d’écriture se transforme petit à petit en véritable cauchemar.
De leur côté, les lieutenants Depierre et Amarante de la Criminelle de Lyon, traquent depuis longtemps un homme qui sème sur sa route des cadavres de jeunes femmes, horriblement mutilés. L’enlèvement de Camille, leur coéquipière, les précipitent en enfer.
A la frontière du virtuel, commence alors leur enquête la plus terrifiante…

Heureusement que j'ai appris que Lignes de sang avait été écrit avant L'apparence de la chair sinon j'aurais trouvé vraiment dommage que Lignes de sang vienne gâché son très bon dernier roman à ce jour. Cela aurait marqué une régression dans son style et dans sa manière de maintenir le suspense.
Vous vous dîtes, ça commence mal, il a pas aimé du tout. Non, j'ai trouvé qu'il y avait du bon et du moins bon ...

Commençons par ce qui fâche ... quelques scènes sont vraiment caricaturales pour un thriller (du genre le personnage qui est près de découvrir un point important et son mobile se met à sonner ...). D'ailleurs, on retrouve souvent ce genre de passage énervant dans les teen-movies alors que, pourtant, l'auteur semble plutôt influencé par le cinéma gore et ses scènes de violence extrême. Pour les amateurs de sensations fortes, rassurez-vous, ses influences seront tout de même bien présentes durant l'histoire.
Ensuite, ce qui m'a également gêné, du moins dans la première moitié du roman, c'est le personnage du profileur plutôt fade ... surtout quand on a lu Maxime Chattam et son excellent La conjuration primitive peu de temps avant.

On est bien pris dans l'histoire, le rythme est bon et les pages se tournent d'elles-mêmes. Gilles Caillot a eu la bonne idée de lier le monde virtuel au monde réel. Bien que ce ne soit pas le premier dans ce genre, je ne me souviens pas avoir lu ou vu une histoire comme celle-ci. Bravo pour la mise en scène.
L'auteur tente de faire son Shutter Island aux relents horrifiques façon Saw ou Hostel, qu'il mentionne d'ailleurs mais n'y arrive pas. Il offre tout de même une histoire prenante dotée, qui plus est, d'une terrible fin.