jeudi 31 décembre 2009

Ne le dis à personne


En cette fin d'année 2009, j'ai décidé de rattraper mon retard concernant Harlan Coben en chroniquant son très célèbre roman Ne le dis à personne, adapté au cinéma par Guillaume Canet en 2006. Étant mon dernier livre lu de l'année, il se devait d'être excellent pour contribuer à la joie provoquée par les fêtes de fin d'année. Pari réussi ? Dans l'ensemble oui malgré quelques légers points négatifs récurrents chez l'auteur.

Présentation de l'éditeur :
Imaginez...
Votre femme a été tuée par un serial killer.
Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme.
Vous cliquez : une image...
C'est son visage, au milieu d'une foule, filmé en temps réel. Impossible, pensez-vous ?
Et si vous lisiez Ne le dis à personne... ?


Comme à son habitude, Harlan Coben sait captiver son lecteur avec une trame principale à la limite de l'impossible ou du grotesque sans jamais y tomber. Une nouvelle fois le personnage principal se retrouve mêlé à une affaire qui le dépasse complètement, tout ça dans l'espoir de retrouver la femme qu'il aime et qu'il avait perdue huit ans plus tôt. Ce que je reproche principalement à Harlan Coben c'est de construire ses récits policiers autour d'un conte merveilleux où les gens s'aiment à la vie à la mort et où le bien finit toujours par vaincre le mal. Tous les personnages ne sont pas blancs ou noirs au niveau de la justice mais ils tendent tous vers l'un de ces deux choix, quitte à justifier leurs erreurs passées pour les crédibiliser dans leur rôle d'héros. Je n'aime pas cette obsession dans ses romans de toujours prendre un homme honnête qui veut le rester jusqu'au bout (je pense notamment à Myron Bolitar) quitte à sacrifier une part de sa vie. Avec ses personnages parfois trop sympathiques, l'auteur nous éloigne bien souvent de la réalité et pénalise son suspense qu'il semble pourtant pouvoir maîtriser comme personne.

Qu'on n'aille pas me montrer le paradis pour ensuite le réduire en cendres.

Mis à part ce problème de personnage, Coben nous projette dans une véritable course contre la montre. Il ne laisse aucun répit à son personnage et lui fait vivre de nombreuses épreuves où il devra user d'astuces pour s'en sortir. L'action, le suspense et la trame m'ont fait rapprocher ce roman à un autre de l'auteur : Juste un regard dans lequel on retrouve d'ailleurs un personnage de Ne le dis à personne : Eric Wu, l'adepte des arts martiaux.

La bête de la mythologie, [...]. On ne lui coupe pas la tête. On la poignarde en plein cœur.

Ne le dis à personne est un thriller au rythme haletant et au suspense insoutenable mais ses personnages manquent de profondeur et d'originalité. Aussi, les retournements de situation s'enchaînent sans se contredire et nous empêchent à tout moment de relâcher l'ouvrage de nos mains jusqu'à la surprenante conclusion. Dur de ne pas se louper pour un tel final, Harlan Coben le réussit sans fausse note ! Encore un très bon moment passé avec le maître de nos nuits blanches !

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mardi 22 décembre 2009

Pierre qui roule


Pierre qui roule (1970) est un roman de Donald Westlake, l'auteur du très efficace Le couperet.

Présentation de l'éditeur :
A peine sorti de prison, Dortmunder retrouve son vieil ami Andy Kelp qui lui propose un coup fumant : subtiliser, au beau milieu d'une exposition, une émeraude de grand prix appartenant à un petit état africain.
Facile ! Il suffit de réunir une bonne équipe et de concocter un plan à toute épreuve. Aussitôt dit, (presque) aussitôt fait. Mais en dépit d'une implacable préparation, les choses ont comme une fâcheuse tendance à dévier de leur cours.
Il faut dire que l'un des complices de Dortmunder a la brillante idée d'avaler la pierre pour échapper à la police, alors forcément cela complique un peu la tâche...


Comme l'indique la quatrième de couverture, le roman met en scène pour la première fois l'un des plus grands cambrioleurs de la littérature contemporaine : Dortmunder. Lui et ses acolytes, des professionnels du cambriolage, doivent s'emparer d'une pierre précieuse d'une valeur inestimable aux yeux des citoyens d'un tout petit pays d'Afrique représenté par le major Iko aux USA. C'est ce dernier qui contacte Kelp pour monter une opération chapardage puisque la fameuse pierre est exposée dans un musée américain. Dortmunder rejoint Kelp et ensemble ils vont constituer l'équipe parfaite pour réaliser le coup. On assiste alors à plusieurs séquences façon Ocean's Eleven dans lesquelles chacun des futurs associés est contacté et présenté dans son univers personnel. Ces scènes sont hilarantes et annoncent un récit prometteur. Et en effet, une succession de malchances va s'abattre sur l'équipe de choc pour nous offrir un très grand moment de bonheur où l'humour et le polar se marient à merveille.

- J'avais entendu parler des criminels récidivistes [...] mais c'est peut-être le premier et unique cas de crime récidivant.

Dortmunder est un personnage hors du commun, un véritable génie du cambriolage mais également un éternel malchanceux qui collectionne les mésaventures. Le sort semble s'acharner sur la bande des cinq as du hold-up et nous offre de nombreux moments de totale hilarité. On peut voir apparaître dans le roman une sorte d'évolution sur plusieurs niveaux ; la difficulté des opérations, les moyens utilisés, Iko qui ne connaît pas le billard et qui en deviendra presque un pro, la relation entre les personnages ... L'auteur semble vouloir donner une intensité de plus en plus forte à son récit, certaines scènes paraissent même être à la limite du réalisable et l'humour est à la limite du burlesque. Ce roman est une vraie perle. Un grand moment de joie, de rire. Il se lit vite, les courts chapitres lui donnent un rythme effréné. Il est très difficile de se détacher de l'ouvrage. Une bien belle découverte ! A lire, peu de chance d'être déçu !

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mercredi 16 décembre 2009

Un pays à l'aube


Un pays à l'aube est un roman de Dennis Lehane, le talentueux auteur de romans policiers tels que : Shutter Island, Mystic River ou encore Gone, Baby, Gone. Ce roman est en lice pour le prix des Limbes Pourpres 2009.

Présentation de l'éditeur :
L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, et aussi les premiers mouvements de défense de la cause noire.
En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu'il n'oubliera jamais.
Au même moment, l'agent Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise et fils aîné d'un légendaire capitaine de la police de Boston, pratique la boxe avec talent. Il est également chargé d'une mission spéciale par son parrain, le retors lieutenant McKenna, qui l'infiltre dans les milieux syndicaux et anarchistes pour repérer les "fauteurs de troubles" puis les expulser du territoire américain.
A priori Luther et Danny n'ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l'année de tous les dangers. Tandis que Luther fuit son passé, Danny cherche désespérément le sens de sa vie présente, en rupture avec le clan familial. Dans une ville marquée par une série de traumatismes, une ville où gronde la révolte, la grève des forces de police va mettre le feu aux poudres...


Avec ce nouveau roman, Dennis Lehane projette son lecteur dans une Amérique d'après guerre (1914-1918) en pleine reconstruction économique et sociale. Le contexte politique y est particulièrement tendu. Les Etats-Unis baignent en plein capitalisme et le racisme est toujours d'actualité. La peur du communisme s'accroît et on assiste à une sorte de pré maccarthisme ou de pré chasse aux sorcières ("- Ils vont tous partir [...] jusqu'au dernier de ces pouilleux."). Mais le problème c'est que tout homme s'opposant à la classe dirigeante ou toute personne décidant de se syndiquer, voire même de faire grève, est considérée comme un bolchévique et doit en subir les conséquences. L'auteur décrit une Amérique restrictive plongée dans la peur et la paranoïa. Une Amérique en proie à la terreur, aux manipulations et aux pires vermines. Une Amérique tendue, prête à imploser à tout moment ("Ils étaient terrifiés. A cran. Et armés."). Mais il dresse aussi le portrait d'une nation remplie d'espoir et d'humanité. Avec ce pavé de 760 pages, Dennis Lehane nous livre une véritable fresque historique majestueuse par sa clarté, sa justesse, sa noirceur et sa capacité à nous tenir en haleine tout au long du récit. Il signe là un roman terrifiant traitant de thèmes malheureusement toujours d'actualité et qui soulèvent de multiples questions et débats tels que : faut-il passer par le chaos pour changer les choses ? Quels choix avons-nous face aux monstres puissants toujours plus avides d'argent et de pouvoir ?

- T'as jamais remarqué que quand ils ont besoin de nous ils parlent de "devoir", mais que quand on a besoin d'eux ils parlent de "budget" ?

En choisissant de raconter l'histoire de la ville de Boston au début du vingtième siècle, l'auteur s'intéresse à tous les sujets difficiles de l'époque au travers des yeux de trois personnages principaux tous différents mais dont la destinée va les rassembler. Danny est un policier et représente une sorte de héros pour son temps ("Combien de vies tu penses avoir, mon garçon ?"). Sympathique, courageux et honnête, il n'hésite pas à prendre la défense de n'importe quel homme quelque soit sa couleur de peau ou ses convictions politiques. Il est continuellement rongé par le doute et les remords, ce qui en fait malgré tout un homme sensible et parfois fragile. N'y aurait-il pas une part de vérité dans ce discours bolchévique ? Cette part de vérité, il va l'apprendre à ses dépens en étant lui-même un employé soumis aux pressions et aux faibles compensations de l'état. Luther Laurence est un homme noir victime de l'écrasante puissance raciste qui domine le pays. Il se retrouve embarqué malgré lui dans des combines désastreuses grâce auxquelles il rencontrera Danny et Babe Ruth, le plus grand joueur de base-ball de l'époque. Lehane en profite d'ailleurs pour nous conter une fabuleuse partie de base-ball rendue vivante par son écriture à la fois fluide et riche. De même, l'auteur décrit une épidémie foudroyante et raconte la mort avec justesse et simplicité. Deux passages qui m'ont particulièrement marqués.

- A ton avis, on est là pour maintenir la paix ou pour y mettre un terme ?


Lehane réalise un prodigieux et remarquable travail d'écriture dans lequel il mélange espoir et désespoir. Il dépeint une Amérique fragile et révoltée dont tous les maux semblent être causés par la guerre : "Car c'était la guerre qui avait empoisonné tant de jeunes gens en leur mettant en tête des idées d'autodétermination". L'auteur prouve une nouvelle fois qu'il est un écrivain talentueux en associant une intrigue policière à un roman riche en éléments historiques. Un brillant roman !

C'est ceux qui signent les chèques qui fixent les règles.



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lundi 30 novembre 2009

La possibilité d'une île


La possibilité d'une île est un roman de Michel Houellebecq.

Présentation de l'éditeur :
Qui, parmi vous, mérite la vie éternelle ?

Ce roman confirme une certaine évolution ressentie dans l'œuvre complète, à ce jour, de son auteur. Les romans de Michel Houellebecq se suivent tous finalement et s'inscrivent dans une même logique qui nous conduit vers un but commun : l'anéantissement de l'Homme par l'Homme et la complaisance individuelle représentée ici par l'immortalité des néo-humains. Le personnage principal (Daniel) participe enfin à ce grand moment et contribue à l'aboutissement de ce projet tant attendu par les adeptes de la secte Elohimite. Projet qui ne va finalement que dénaturer l'être humain (par exemple avec son prénom qui s'incrémente : Daniel24, Daniel25 ...) et le rendre inapte à toute procréation naturelle (inutilité, impossibilité et désintéressement de tout rapport sexuel dans le futur). Le récit est original puisqu'il est composé des commentaires de Daniel24 et de Daniel25 au sujet du déclin de notre civilisation actuelle par le biais de l'autobiographie de l'être original : Daniel (appelé également Daniel1). En effet, la vie d'aujourd'hui est analysée, ressentie, décortiquée et critiquée par les successeurs (clones en réalité) de Daniel. Avec cette fiction, Houellebecq invente une nouvelle forme d'immortalité dans la littérature : le clonage à répétition des mêmes sujets. Comme à son habitude, l'auteur semble offrir à son lecteur certains éléments qui pourraient être autobiographiques. On retrouve un homme assagit qui reconnait ses torts et ses faiblesses et qui se penche avec sérieux sur le résumé de sa vie ("J'avais probablement accordé trop d'importance à la sexualité, c'était indiscutable").

Nous étions nous-mêmes des êtres incomplets, des êtres de transition, dont la  destinée était de préparer l'avènement d'un futur numérique.

Autant Houellebecq maîtrise à merveille la forme de son roman, autant j'ai parfois quelques difficultés avec le fond qu'il lui offre (la place de la femme dans ses romans par exemple). Notamment avec l'encensement ici de la secte Elohimite alias la secte de Raël (Elohimite est d'ailleurs le nom donné aux extra-terrestres par les raëliens). Cette organisation sectaire basée sur une idée farfelue a quand même fait l'objet de plusieurs accusations de pédophilie. Attendons 2035 pour vérifier si Raël avait vu juste avec l'arrivée des extra-terrestres sur Terre ... en attendant il continue à amasser l'argent de ses 'disciples' et à les inciter à la pornographie pour assouvir ses propres fantasmes. Dans le roman, Daniel est aux élohimites ce qu'est Tom Cruise pour la Scientologie ; un VIP qui permet à la secte d'évoluer, se faire connaître. Mais contrairement à l'acteur, Daniel, qui est un célèbre humoriste, ne joue pas les pantins. Il se situe plutôt comme un spectateur conscient des tricheries et des manipulations qui y règnent. Il ne semble pas croire non plus aux fondements de la secte et mentionne en plus que le prophète est le seul à jouir pleinement de leurs doctrines sexuelles ("son objectif était [...] de castrer ses auditeurs"). Par contre, il restera tout de même un fidèle partisan. Jusqu'à la fin des temps ?

ils veulent des enfants,et des enfants semblables à eux, afin de creuser leur propre tombe et perpétuer les conditions du malheur

L'auteur flirte avec la science fiction, qui ne lui sert finalement que de décor, pour décrire le drame inévitable qu'est l'anéantissement de l'être humain et de son environnement comme on les connait aujourd'hui. Nullement écologiste, son discours laisse surtout à réfléchir sur le comportement affectif et social de l'Homme. Au final, La possibilité d'une île peut être considéré comme un roman d'anticipation post-apocalyptique, il n'en est pas moins un roman réaliste sur certains points. Aussi, certains passages (autobiographiques ?) laissent prétendre à une crise de la quarantaine chez l'auteur qui établit l'inventaire de sa vie et se sent condamné, à présent, à rester dans la tranche d'âge des 'vieux'. On apprend son amour presque démesuré pour les animaux et surtout les chiens ("Il m'arrive de déverrouiller la barrière pour porter secours à [...] un chien errant ; jamais pour porter secours à un homme" ou "Un mois de vacances avec mon chien [...] Vivre."), mais aussi, comme à son habitude, il n'y va pas de main morte avec les écrivains, artistes ou célébrités qu'il n'apprécie pas ("Fogiel [...] s'est mis à péter de trouille ; il faut dire que ça faisait longtemps que j'avais envie de récurer cette petite merde"). Il semble également reconnaître ses erreurs et paraît même s'excuser pour certaines fautes ou incompréhensions passées ; par exemple, il avoue, à travers son personnage, que sa prétendue islamophobie dont on l'a accusé n'était en fait qu'un coup de marketing (fiction ou réalité ?). J'ai remarqué une chose peu habituelle chez l'auteur, plus les pages défilaient, plus le discours devenait sensible et touchant. Les quelques vers qui peuplent le roman lui donnent une dimension presque romantique. Étrange sensation pour un récit de Houellebecq.

[...]
Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l'être
L'hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière


Et l'amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l'instant ;
Il existe au milieu du temps
La possibilité d'une île.
Michel Houellebecq

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mardi 24 novembre 2009

Six pieds sous les vivants


Six pieds sous les vivants est un roman d'Antoine Chainas pour la collection Mona Cabriole des éditions La Tengo. Il s'agit du deuxième roman que je lis de cette collection après l'excellent Le cinquième clandestin de Marin Ledun.

Présentation de l'éditeur :
Paris, 12ème arrondissement : La journaliste Mona Cabriole parcourt les couloirs de la morgue à la recherche du corps sans tête d’Adriana de Rais. Cette supposée « star du rock underground » se serait suicidée. Son corps est introuvable, ainsi que toute information au sujet de l’artiste. A croire qu’il n’a jamais existé…
Qui était Adriana de Rais, de son vrai nom Albert Duplot ? Un bouquiniste du quartier met la reporter de Parisnews sur la piste d’un journal de correspondances de l’artiste, annonçant sa propre mort.


Dès le départ on reconnait le style bien particulier d'Antoine Chainas avec, comme à son habitude, un ton provocateur et une écriture concise. Avec cette griffe tranchante qui lui est propre, cet exercice de style semble fait pour lui malgré la contrainte importante de faire évoluer un personnage qui n'est pas le sien. Et justement, l'auteur ne parait pas très à l'aise avec cette Mona Cabriole dont certains morceaux ont déjà été assemblés précédemment par d'autres auteurs. Dans le premier quart du roman, le lecteur perçoit une Mona légèrement effacée, presque bêta. Heureusement, son côté aventureux, tête baissée, ressurgit par la suite pour affronter l'une des histoires les plus noires et choquantes de cette fin d'année.

La mort comme le prolongement d'un spectacle.

Après avoir visité une partie des sous-sols du cinquième arrondissement avec Marin Ledun, Antoine Chainas nous entraine dans les sous-sols de la culture, ou plus souvent appelée la culture underground. On retrouve avec grand plaisir l'univers noir, morbide, auquel nous a habitué l'auteur avec ses précédents textes. D'ailleurs, il nous régale, à sa façon, en s'amusant à lister certaines morts du quartier sans oublier d'assaisonner son discours pimenté avec des détails plus croustillants les uns que les autres. Avec une panoplie de phrases courtes, il décortique son récit de manière presque chirurgicale et lui donne un rythme incessant. Difficile donc de lâcher l'ouvrage tant il est envoûtant, captivant.

Dans cinq milliards d'années, les ondes hertziennes continueront de voyager, retransmettant des bribes des instants que nous vivons. En multidiffusion. Et il y aura toujours un spectateur.

L'auteur nous invite à rejoindre ce qui auraient pu être les rêves les plus fous d'un personnage tel que Marilyn Manson. Pour résumer le ressenti général après avoir lu Six pieds sous les vivants, j'ai envie d'écrire que c'est tout simplement du 100% Antoine Chainas avec, comme je l'ai signalé plus haut, un petit bémol sur le caractère de Mona décrit dans la première partie du roman. Avec cet ouvrage, la collection Mona Cabriole semble être de plus en plus indispensable à une époque où le polar français donne l'impression de se chercher. C'est donc avec plaisir que je vous invite à tenter l'expérience et que je continuerai à lire les aventures de la jeune journaliste de Parisnews en commençant par rattraper mon retard avec les premiers tomes déjà sortis.

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mercredi 18 novembre 2009

Ne nous énervons pas!


Ne nous énervons pas! est un hard-boiled écrit au début des années 60 par Chester Himes.

Présentation de l'éditeur :
« Gueule-Rose cherchait la malle pour laquelle tant d’imbéciles et de crapules étaient morts, à Harlem, à Brooklyn, et même chez les rupins de Riverside... Gueule-Rose suait abondamment et la peinture se délayait, tombait en grosses gouttes, noires comme l’encre, sur le sol.
- T’as vu ce négro ? dit un gardien. J’ai bien entendu dire que les Noirs suent de l’encre. Mais c’est la première fois que j’en vois un. »

Fossoyeur Jones et Ed Cercueil Johnson sont deux inspecteurs noirs qui forment un duo de flics efficace aux méthodes peu orthodoxes et drogués à l'obstination. Rien ne pourra faire lâcher l'enquête à ces deux bulldogs de la police américaine qui arpentent les rues de Harlem à la recherche d'un homme noir albinos. Même après s'être faits tirés dessus et s'être faits temporairement dégagés de la police, ils continuent à investiguer prenant tous les risques possible. A l'image de ces deux flics si caractéristiques, tout le récit se déroule sur le terrain et ne laisse à aucun moment place à d'éventuelles histoires secondaires, amourettes et compagnie. L'enquête domine entièrement la narration.

Une population à moitié nue se perchait sur le rebord des fenêtres, s'entassait sur les échelles de secours, traînait la savate sur les trottoirs, rôdaillait dans les rues, dans les bagnoles déglinguées.

Lorsqu'on lit du Chester Himes il faut s'attendre à trois choses : la description des rues de Harlem même si ici ce thème passe légèrement en second plan, la présence de racisme ou au moins la marque évidente d'une différence de couleur entre les personnages ("un code rigide veut que tous les Noirs [...] fassent bloc contre les flics blancs"), et, une écriture brute de décoffrage. Alors que nous sommes à une époque importante pour le quartier de Harlem où les gens commencent à se battre pour leurs droits et que l'on voit apparaitre de nouveaux leaders noirs, l'auteur plonge, sans s'attarder à mettre de gants, ses personnages dans la boue et la moisissure qui encombrent les rues sombres et dangereuses de Harlem et projette son lecteur en plein milieu d'un quartier qui semble ne jurer que par les flingues et l'argent.

Les bars étaient fermés ; chacun avait sa bouteille et buvait au goulot. Que faire d'autre ? Boire jusqu'à plus soif un sale whisky, avoir encore plus soif et, après ça, voler ou se bagarrer.

L'auteur nous livre une traque sans merci à la recherche du seul témoin encore vivant qui connaitrait l'emplacement d'un trésor tant convoité. L'écriture est crue, vive et efficace. Le récit se déroule devant nos yeux à une vitesse folle. Chester Himes ne mâche pas ses mots et utilise un vocabulaire parfois vulgaire mais néanmoins très efficace pour offrir au hard-boiled un ouvrage fort en intensité. J'ai trouvé le roman courageux et réaliste.


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jeudi 12 novembre 2009

Crois-le !


Crois-le ! est le premier roman de Patrice Guirao qui a écrit de nombreuses chansons pour des comédies musicales (Dix commandements, Le roi soleil, Cléopâtre, Mozart) ou artistes célèbres (Johnny, Pagny, Obispo ...). C'est aussi le premier volet de la trilogie Al Dorsey, le détective en short de Tahiti. Le roman est prévu le 25 Novembre à la vente.

Présentation de l'éditeur :
Ça sent le monoï, la transpiration, le sel de la mer, le frangipanier enveloppé dans du papier gas-oil. Ça respire la gouaille d'un Éden d'aujourd'hui. Du pur jus de polar mitonné au poisson cru.
Ça décoiffe les soutanes au paradis des bons pères. On marche sur le corail pilé sans savoir où on met les pieds ! Normal, c'est Al Dorsey qui nous y emmène. Al «The» Détective des tropiques. Les photos de trois jeunes gens prétendument disparus sur un voilier, un cahier d'écolier, deux gourmettes, un louis d'or, un opinel, des dettes par-dessus la tête et une valise qui aurait dû rester là où elle était. Voilà avec quoi Al Dorsey va plonger bien malgré lui dans les secrets de personnages hors du commun et explorer les couloirs d'un passé extraordinaire qui refait surface et lui pète à la gueule comme une bulle de savon.


Dépaysement total pour ce polar ensoleillé où travail parait rimer avec farniente. Nous embarquons pour la Polynésie française où nous rencontrons le détective Al Dorsey (pseudonyme car son véritable nom ne fait pas très professionnel) qui croule non pas sous les dossiers mais plutôt sous une chaleur étouffante et un soleil généreux. Toutes les conditions étaient réunis pour démarrer un bon roman policier mise à part l'ambiance régnante. Bien qu'Al Dorsey semble être le détective type que l'on a l'habitude de voir dans de bons romans policiers, le climat n'est pas au noir mais plutôt à la rigolade. Loin des rues grises et de ses humains névrosés des grandes villes, le roman préfère chanter les louanges d'un Tahiti lumineux d'un point de vue géographique et historique ... au risque de décrédibiliser l'enquête.

Je préfère ma misérable condition d'ex-noble déchu et sans le sou, à l'incommensurable poids de la mauvaise conscience.

L'auteur - farceur - joue avec les mots tout au long du récit ("le faux Levret") et donne l'impression d'assister à une grande farce ("If you see what I mean de crayon !"). Un véritable show comique dont la trame principale est une étrange affaire de meurtre et de valise retrouvée ... Guirao en fait trop et fait paraitre son roman comme une bonne blague que l'on se raconte entre copains. Par contre, il faut l'avouer, là où l'auteur est bon c'est lorsqu'il donne du rythme au récit. L'histoire est sans cesse mouvementée, peu de temps morts, et en plus de ça il décrit une véritable brochette de personnages atypiques. Mais malgré toute cette animation, l'enquête traine, elle tourne en rond alors qu'on sent que l'auteur a un réel désir de nous attirer dans son histoire et de tirer son épingle du jeu en jouant d'originalités. Mais en tirant trop fort il ne réussit qu'à exciter le ton de son roman au lieu de captiver et secouer l'imagination de son lecteur.

L'homme fait de croyances est un homme perdu

Avec une intrigue plutôt pauvre et un manque cruel de rebondissements, Crois-le ! est une première expérience peu réussie. Le roman policier a attrapé un coup de soleil à vouloir se séparer à tout prix des coutumes qu'on lui connait. Par contre il est indéniable que l'auteur a un véritable talent avec l'utilisation de sa plume. Son écriture est légère, assurée et parfaitement agréable. Il ne reste plus qu'à espérer que ses prochains romans perdront un peu en humour et gagneront en intrigue policière.

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Promets-moi


Promets-moi est un roman d'Harlan Coben mettant en scène l'agent sportif et ex star montante du basket-ball Myron Bolitar après près de six ans d'absence.

Présentation de l'éditeur :

Six ans. Six ans déjà que Myron Bolitar, ex-champion de basket, ex-agent sportif, ex- détective de choc, n'a pas touché une arme à feu. Six ans qu'il s'est tenu loin des petites frappes et des gangsters de tout poil. Mais cette existence tranquille est sur le point de basculer...
Myron Bolitar a fait une promesse.
Celle d'être là pour Aimée, la fille d'une amie.
N'importe où, n'importe quand.
Quelques jours plus tard, la jeune fille disparaît. Myron est la dernière personne à l'avoir vue... Fugue ? Enlèvement ?
Myron mène l'enquête, pour prouver son innocence, mais aussi parce qu'il a promis aux parents d'Aimée de retrouver leur fille.
Et une promesse est une promesse...
Sueurs froides, frissons, un suspense diabolique par le maître de nos nuits blanches.

Six ans après sa dernière histoire, Myron Bolitar se voit rendosser, malgré lui, le rôle de détective pour retrouver la trace de la fille d'un couple d'amis. On ne pensait pas revoir Myron après cette longue absence mais l'auteur avait prévenu que son héros récurrent reviendrait uniquement lorsqu'il lui aurait trouvé une histoire 'sur mesure'. Après Balle de match, Promets-moi est le deuxième roman de l'alliance Coben/Bolitar que j'ai lu. Et contrairement à Balle de match, Promets-moi se révèle être plutôt bon, avec son lot de rebondissements et d'actions à la manière d'un Juste un regard ou Disparu à jamais qui font partis, d'après moi, de ses meilleures histoires. On retrouve donc avec plaisir un personnage légèrement plus mûr avec à ses côtés, son vieil ami Win qui semble être le petit diable assis sur l'une des épaules du héros, le côté sombre et violent de Myron.

Et l'instant d'après - le tout dernier "si seulement" -, Myron a promis.

Myron Bolitar est, à peu de choses près, le même personnage principal un peu naïf qu'on avait laissé quelques années plus tôt. Un personnage beau, grand, charmeur, intelligent, malin, ayant toujours la bonne répartie ... un peu trop propre sur lui, mais qui a toujours un peu de mal à comprendre les réactions extérieures, et notamment celles des femmes. Il représente l'archétype même du type qui agace, de la tête à claque. Il est sportif, ne boit presque pas une goutte d'alcool, tient ses promesses (à ses dépens) ... il est le personnage type d'un 'Happy Thriller' (ou 'thriller blanc' pour contraster avec roman noir) totalement opposé aux anti-héros de roman noir, à la manière d'un Jack Taylor par exemple. Mais dans cet ouvrage, l'auteur a la volonté de faire mûrir son personnage principalement lors des relations qu'il entretient avec les femmes ("Pour être honnête, il la traitait différemment parce qu'elle était une fille."). Myron se pose un tas de questions concernant le 'mode de fonctionnement' de la gente féminine, sur l'interprétation de leurs gestes, leurs comportements ... pour apprendre enfin comment se comporter avec elles. L'agent des stars prend conscience qu'une femme n'est pas qu'un joli corps fragile mais est aussi un être humain égal aux hommes ... il était temps !

- Derrière chaque grande fortune, il y a un grand crime.

Malgré ces traits négatifs du personnage et quelques sermons rendant les dialogues parfois agaçants, le roman s'avère être un véritable page-turner assez violent parfois, sans temps mort et avec son lot suffisant de rebondissements et de suspense. L'auteur arrive avec maestro à retenir notre attention et je dois avouer qu'il m'a été difficile de fermer le livre le soir pour me coucher. Totalement efficace, Promets-moi me réconcilie avec Myron Bolitar et me motive quant à l'envie de relire une de ses aventures. Une belle surprise donc ! Une question me taraude quand même l'esprit, est-ce une volonté de l'auteur d'avoir fait le personnage à son image ? Myron est grand, posé, semble être la perfection de l'être humain (toujours les bonnes décisions etc.) ... et l'auteur se permet même une auto-référence : "rien n'est aussi vendeur que la peur".

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lundi 9 novembre 2009

Rendez-vous polardeux à Rouen



La librairie Polis située à Rouen propose assez souvent des conférences sur le thème du Polar.
Ci-dessous le programme provisionnel 2009/2010 des conférences présentées par Patrick Grée.

19 novembre 2009
Romans noirs / Films noirs
Allers-Retours / Paris – Hollywood

14 janvier 2010
Jean-Patrick Manchette, romancier théoricien ou le néo-polar malgré lui

Mars 2010
Festival du cinéma nordique / Noir du Nord : les polars venus du froid

20 mai 2010
Donald Westlake / Ed McBain : les gentlemen du noir

17 juin 2010
Le cabinet de curiosités : les romans noirs oubliés du 2nd rayon, bizarreries et étrangetés à tous les étages

Toutes les conférences me font de l'œil ... j'espère pouvoir y assister.
Y a t-il des normands qui ont déjà assisté à une des précédentes conférences ?
Y a t-il des personnes qui pensent venir ?

dimanche 8 novembre 2009

Le dernier rêve de la colombe diamant


Le dernier rêve de la colombe diamant est un roman policier de l'australien Adrian Hyland. Un grand merci au site Blog-O-Book en partenariat avec les éditions 10-18 pour m'avoir fait découvrir ce roman.

Présentation de l'éditeur :
Entre collines rouillées et plaines brûlées, la communauté aborigène de Moonlight Downs est un monde sauvage et magique où rituels et traditions rythment la vie... et la mort. C'est là qu'Emily Tempest, fille d'une aborigène et d'un chercheur d'or, a passé son enfance, et c'est là qu'elle revient après de longues années d'errance à travers le monde. Mais à peine est-elle arrivée que la violence se déchaîne. Le leader de la communauté est assassiné, le principal suspect, un sorcier complètement allumé, a disparu dans le bush et la communauté se disperse aussitôt. Emily échoue alors à Bluebush, un trou perdu et crasseux où règnent les tensions raciales et les cafards, peuplé de mineurs et d'ivrognes, décidée à retrouver l'assassin de son vieil ami...

Une fois le roman terminé, je me suis retrouvé cerné par différents sentiments contradictoires le concernant. Bien aimé ? Déçu ? Difficile de faire la part des choses et de vraiment donner un avis positif ou négatif sur le premier roman d'Adrian Hyland. Mon avis est donc mitigé et je vais tenter avec cette chronique de vous expliquer pourquoi. Emily Tempest est un personnage au fort tempérament et qui porte bien son nom. Fille d'un mécano et chercheur d'or blanc et d'une aborigène, elle a fuit son bush natal pour y revenir plusieurs années après. La jeune héroïne semble légèrement instable et n'arrive pas forcément à s'inclure dans une des communautés qui peuplent les lieux. Boudée par certains, rejetée par d'autres, elle va pourtant réussir à s'imposer dans une ville crasseuse habitée par des personnages dangereux aux mines patibulaires ("Vingt-cinq ans, presque cinquante.").

La ville frôlait les cinquante millions d'habitants : un millier de noirs, un millier de blancs, et pour le reste des cafards.

Le roman est dépaysant et l'auteur possède une culture hors pair concernant les aborigènes d'Australie. Le personnage d'Emily est surprenant, bien qu'elle soit parfois agaçante, elle a du caractère qui lui permet d'affronter sans peur les pires filous qui l'entourent et d'avoir une répartie hors norme. En effet, en plus d'avoir une narration assez bonne, l'auteur offre à son texte des dialogues tonitruants et sans langue de bois, comme par exemple : "- [...] Elle a chopé le delirium tremens, et puis elle a chopé Jésus. J'sais pas lequel des deux a fait l'plus de dégâts." ou encore "- Alors qui est le père ? Un blanc, j'imagine, et drôlement moche en plus.". Bien que la lecture soit agréable et parfois même amusante, l'histoire traine en longueur et l'enquête policière n'a rien d'innovant, ni même de surprenant. Le récit est un peu timide et aurait demandé à être un peu plus hardi avec des sujets présents tels que le racisme et la violence. De plus, il est difficile je trouve de s'attacher aux personnages et impossible, pour moi, de m'identifier à l'un d'eux et de pénétrer totalement dans l'histoire.

Mais il avait un fusil dans les mains et un éclat dément au fond des yeux.

Sur un fond de musique country version aborigène, Adrian Hyland brosse avec réserve le portrait des aborigènes vivant dans un environnement hostile et qui doivent affronter tous les jours le racisme et la violence qui les entourent. Malheureusement et malgré une plume efficace, l'auteur n'a pas réussi à m'intégrer dans son récit, à me passionner par son histoire et à me toucher par ses personnages. Le roman d'Adrian Hyland parait bien fade par exemple à côté d'un roman de Caryl Férey qui arrive à exprimer à la perfection les problèmes culturels et à traiter plus efficacement l'ambiance régnante entre les différents peuples.

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mardi 3 novembre 2009

Moi Nojoud, 10 ans, divorcée


Moi Nojoud, 10 ans, divorcée est un témoignage de Nojoud Ali avec l'aide de la journaliste Delphine Minoui.

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Présentation de l'éditeur :
« Je m'appelle Nojoud et je suis yéménite. Mariée de force par mes parents à un homme trois fois plus âgé que moi... »
L'histoire d'une petite fille qui a osé défier l'archaïsme des traditions de son pays en demandant le divorce... et en l'obtenant ! Une première dans ce pays du sud de la péninsule arabique, où plus de la moitié des filles sont mariées avant leurs 18 ans. Son courage a été largement salué par la presse internationale. Élue « Femme de l'année 2008 » par le magazine américain Glamour, passée du statut de victime à celui d'héroïne, elle raconte son histoire pour briser le silence sur les épouses-enfants et donner espoir.


Le récit met le lecteur très vite dans l'ambiance d'un pays dangereux et irrespectueux envers les femmes : "C'est un territoire mystérieux, où les hommes ne sortent jamais sans leur couteau recourbé, accroché fièrement à leur ceinture, et où les femmes cachent leur beauté derrière d'épais voiles noires". On assiste sur près de 150 pages (ce qui peut paraitre court mais permet de se concentrer sur les détails 'nécessaires' afin de sensibiliser les gens) à un témoignage troublant de la petite Nojoud Ali à la journaliste Delphine Minoui. La jeune Nojoud a été mariée de force par son père à un homme trois fois plus vieux qu'elle. Alors âgée de 10 ans, la jeune yéménite va découvrir un véritable cauchemar dans lequel son époux endossera le rôle du bourreau. Viols, interdictions, coups ... c'est toute une jeunesse que Nojoud a perdu en quelques semaines de mariage. Un véritable contraste entre la jeune fille physique qu'elle est et la nouvelle femme psychique qu'elle est devenue apparait, elle va commencer à se poser petit à petit des questions de petite fille dans ce combat pour adulte ; un contraste dérangeant entre la naïveté de l'âge et le vécu d'épouse maltraitée : "Les lois, c'est pour aider les gens, oui ou non ?".

Dieu avait dû m'oublier.

Plus qu'un simple témoignage, c'est la condition des femmes dans le monde qui est pointée du doigt. La petite Nojoud est le reflet d'une lutte acharnée que mènent de nombreuses femmes depuis toujours. La jeune yéménite a eu un courage exemplaire ("Le plus dur, c'était d'avoir la force de t'évader, et tu as réussi cet exploit !") qui lui a valu, à juste titre, le titre de "Femme de l'année 2008" par le magazine Glamour et qui devrait, je l'espère, permettre à bien d'autres femmes et jeunes filles de sortir de leur terrifiant calvaire. Ces problèmes sont loin d'être terminés car malgré la réussite du divorce, le père et l'ex mari de Nojoud sont toujours libres (rien n'a été retenu contre eux) sans oublier tous les autres tortionnaires d'enfants et de femmes qui continuent d'agir de la même façon. Nojoud est devenue malgré elle le symbole de la liberté féminine (et plus particulièrement du mariage précoce) à l'image de ce foulard (symbole de répression ?) qu'elle prend plaisir à enlever : "Mes cheveux se déversent sur mes épaules et font des vagues dans le vent. Je me sens libre. Libre !".

Oublions les quelques problèmes narratifs et laissons nous nous emporter dans cette horrible histoire où l'Homme a su encore se montrer comme son propre destructeur. Comprendre ces agissements, pour nous occidentaux, est vraiment difficile mais n'oublions pas que plusieurs facteurs sont en cause comme le décrit si bien la journaliste dans son épilogue : "Au Yémen, la religion ne constitue qu'un des facteurs qui poussent les pères à marier leurs filles avant la puberté. « La pauvreté, le manque d'éducation et la culture locale entrent également en jeu »". Une lecture indispensable pour réveiller les gens, les sensibiliser et leur permettre un jour de comprendre l'importance de l'égalité entre chaque individu quel qu'il soit. Un fragment essentiel de ce gigantesque puzzle représentant la lutte pour le bien de l'humanité.

A voir, un reportage sur l'histoire de Nojoud Ali et d'autres jeunes filles yéménites qui se sont retrouvées dans le même cas :

jeudi 29 octobre 2009

Le cœur-de-gloire


Le cœur-de-gloire est le nouveau roman d'Hervé Picart et troisième opus de la série l'Arcamonde débutée par Le Dé d'Atanas et L'Orgue de Quinte.

Présentation de l'éditeur :
Que penser de ce cœur-de-gloire, un pendentif sans valeur, qui réapparaît de façon inexplicable chaque fois que sa propriétaire cherche à s'en débarrasser ? Cette relique d'un macabre rituel toscan laisse bien vite soupçonner un crime inavoué.
Une tortueuse investigation commence par Frans Bogaert, l'élégant brocanteur brugeois et sa pétillante assistante Lauren. Mais cette fois-ci, l'enquêteur pourrait devenir la victime - et même l'arme du crime.
Quand le jeu l'emporte sur le massacre, on découvre que l'orgueil se répand aussi aisément que le sang...


L'une des plus grandes craintes que l'on peut avoir lorsqu'on lit une suite de romans est de tomber dans le piège si souvent tendu par la lassitude et le banal. On a peur que la créativité ne soit plus au rendez-vous et que l'auteur souhaite faire du "suspense à tout prix" laissant de côté tout le travail précédemment effectué sur l'aspect psychologique des personnages. Mission réussie pour Hervé Picart qui arrive avec brio à nous tenir en haleine en restant fidèle à ses personnages et à l'ambiance si particulière qui règne sur le mystérieux Arcamonde (à l'image de la ville de Bruges finalement), et, qui sait se renouveler dans son intrigue pour nous offrir un nouveau casse-tête des plus originaux. En effet, le brocanteur numéro 1 des résolutions d'énigmes les plus farfelues va devoir déjouer un véritable jeu d'entourloupes et de rebondissements avec l'aide de sa charmante et perspicace collaboratrice Lauren.

je le confesse, le sang me fascine, ou du moins l'idée que je m'en fais

Après la glaciale Madame Van Ostade du Dé d'Atanas, l'auteur donne naissance à une nouvelle pin-up de l'Arcamonde qui contraste à merveille avec la première. Loin de se vêtir avec des couleurs froides, Ornella de Volder préfère le rouge vif et sanglant sur des tenues plutôt légères ... de quoi réchauffer le cœur triste de Frans Bogaert toujours sans nouvelle de sa femme. Le rouge d'ailleurs n'est pas sans rappeler le sang qui est à l'honneur dans cette nouvelle enquête puisque le mari d'Ornella collectionne tout ce qui se rapporte à cette matière. Étrange et inquiétant passe-temps à l'image de l'homme concerné.

ce n'est pas le crime qui crée l'enquête, c'est l'enquête qui crée le crime

L'antiquaire brugeois aux douces allures bourgeoises continue de flirter du côté de Sherlock Holmes et d'Hercule Poirot (c'est-à-dire les plus grands détectives) pour résoudre une nouvelle et ingénieuse énigme où il est lui-même l'instrument d'une odieuse machination. Entre machination, vengeance, faux semblant et manipulation, Bogaert devra user de toutes ses capacités mentales pour démasquer le vrai du faux. Les concepteurs de cette surprenante farce s'attaquent et semblent vouloir se mesurer à l'un des plus grands détectives du temps moderne ... mais attention à eux car rien ne survivra à la confrontation finale. Encore un excellent moment passé avec les personnages de l'Arcamonde dans une histoire qui est, à mon goût, la plus captivante de la série pour le moment. Un roman-feuilleton qui ne cesse d'évoluer et de s'enrichir, le meilleur reste donc à venir.

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vendredi 23 octobre 2009

Dracula l'immortel


Dracula l'immortel est un roman réunissant les mains de Dacre Stoker et celles de Ian Holt, roman affiché comme étant la suite officielle du Dracula de Bram Stoker. Les noms de famille des deux écrivains ne vous auront pas échappé, il s'agit bien de la même famille, Dacre étant l'arrière-petit-neveu du père de Dracula.
Difficile de ne pas passer à côté de ce roman tant la promotion a été importante ... alors, arnaque ou véritable suite ? Ma réponse ci-dessous ...

Présentation de l'éditeur :
En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l’un d’eux a laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d’amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n’a pas apaisé leurs tourments. Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d’une effroyable cruauté au cœur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier latin à Piccadilly Circus, l’ombre de Dracula semble à nouveau planer… Les héros d’autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises ou d’une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons. De quoi brouiller les pistes et troubler les esprits, dans une intrigue menée avec maestria qui ressuscite le fantasme et la malédiction de l’immortalité.

Dacre Stoker et Ian Holt ont osé réveiller le vampire le plus célèbre de la littérature, le comte Dracula, alors que Bram Stoker s'était acharné à le détruire. Ils ont réalisé leur projet à partir des notes retrouvées de ce dernier et en y associant des faits marquants de l'histoire. En effet, un impressionnant travail de recherches vient se greffer sur la trame principale qui est, vous l'aurez deviné, le retour de Dracula. Dracula n'est pas le seul survivant puisque tous ses anciens adversaires (Van Helsing, Seward, Harker et cie) ont réussi à survivre quelques dizaines d'années, anéantis par les douloureux souvenirs de leur grandiose bataille. Nous sommes en 1912 et chacun de ces protagonistes a continué de vivre mais aucun ne semble être heureux. L'ombre du comte plane encore sur leur vie. Mais le reflet d'un autre personnage mystique semble onduler sur le flot paisible mais compliqué de leur existence, celui d'Élisabeth Bathory connue par ses monstruosités cités dans les folklores et les cultures populaires slaves.

- Le monde est cruel, ma chère. Je n'en suis que le reflet.

Un nouveau personnage apparait dans l'Angleterre du début du vingtième siècle, l'inspecteur Cotford, qui était prévu dans la version d'origine du Dracula de Bram Stoker et qui a été supprimé pour une raison inconnue. L'arrivée de ce flic donne au récit un côté hard-boiled qui, bien que j'apprécie beaucoup ce style, contribue à la perte du charme victorien instauré dans le Dracula original. Ce roman d'ailleurs a une importance capitale dans cette suite puisque Bram Stoker est transformé en tant que personnage de l'aventure (1912 correspond à l'année de sa mort) et se voit offrir le rôle d'un metteur en scène de théâtre. Il s'agit sans doute pour les deux écrivains d'un hommage afin d'immortaliser le grand auteur dans son œuvre capitale ... je ne trouve pas le résultat réussi puisque le personnage parait légèrement borné et même parfois un peu bête. Alors que l'écrivain décédé semble devenir un personnage, Dracula, lui, est humanisé. De même que toute la troupe de héros du premier roman. Tantôt issés au rang de héros, voire d'immortels, les Van Helsing, Harker et compagnie deviennent de simples êtres humains, mortels, avec leurs lots de problème. A l'inverse d'un bon vin, ces personnages ne se sont pas bonifiés avec l'âge ... l'héritage du premier roman semble totalement perdu.

C'était indubitablement l'œuvre du démon.

Après une première partie angoissante et entraînante, la suite se révèle être vraiment décevante. Au delà des personnages, c'est le mythe tout entier de Dracula qui parait dénaturé. Les auteurs en font trop. Trop de mélanges, trop de détails historiques enlèvent toute crédibilité à l'ouvrage initiale de Bram Stoker. Tous les personnages m'ont agacé dans cette suite alors qu'ils m'avaient tant fait rêver dans le premier opus. Les auteurs auraient sûrement du laisser le comte Dracula du côté des Carpates où la légende l'avait laissé se terrer à jamais. Malgré un style très appréciable, l'intérêt de l'histoire est à mon sens totalement perdu. Dommage ...

- A présent que c'est la fin, comprenez-vous qu'on puisse redouter la mort ?

A voir, le site officiel du roman : ici.
A voir également, un avis très complet sur le roman : ici.
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dimanche 18 octobre 2009

Dracula


Dracula est un roman de Bram Stoker devenu à présent un classique immanquable de la littérature fantastique. Alors que Dracula l'immortel de Dacre Stoker, arrière-petit-neveu du célèbre Bram Stoker, vient à peine de sortir en librairie, j'ai décidé de retourner dans l'univers de base du plus célèbre des vampires et poursuivre ma lecture logiquement avec le récent roman de Dacre Stoker et Ian Holt.

Présentation de l'éditeur :
Comment Vlad III, prince de Valachie, dont le goût immodéré pour le supplice du pal lui avait valu le surnom de "Tepes" (l'empaleur), est-il devenu, sous la plume de Bram Stoker, le comte Dracula ?
Comment un seigneur de la guerre mort au combat en 1476, contre les Turcs est-il devenu un non-vivant, se nourrissant du sang de ses victimes ? Comment, enfin, le folklore du vampire s'est-il nourri des chroniques historiques ?
Mystérieuse alchimie qui fit l'universel succès du roman de Stoker. Par lui, la légende, reprise à la scène et surtout à l'écran, est devenue mythe et a donné naissance à la saga du Prince des ténèbres.


Ce roman, considéré comme un grand classique de la littérature du XIXe siècle, a fait dépasser son personnage au delà des frontières roumaines de la Transylvanie où vécut le monstre historique qui a inspiré Bram Stoker pour son personnage : Vlad III l'Empaleur. Véritable icône mondiale du mal, cet être damné a également traversé les âges et les écrans de cinéma pour nous procurer nos plus grandes frayeurs ; on pense bien entendu au Dracula de FF Coppola, au Nosferatu de Murnau et aux acteurs qui ont contribué à rendre célèbre le personnage : Bela Lugosi et Christopher Lee. Bien que le mythe initié par Bram Stoker ait été modifié à maintes reprises (pour par exemple lui donner un caractère érotique ou humoristique), Dracula restera à jamais gravé dans nos mémoires comme étant l'un de ces montres suprêmes qui semblent indestructibles. Et c'est tant mieux, car ce personnage est intéressant sous tout point de vue et a permis de révéler de nombreux artistes aux goûts plus ou moins morbides ...

La mort, c'est pas la seule chose sur quoi on puisse compter ?

Dracula de Bram Stoker est un roman original sous plusieurs angles. Le mythe du vampire ayant déjà été évoqué dans la littérature bien avant lui, il associe le vampire aux légendes populaires, lui donne une véritable identité en réalisant des recherches poussées sur Vlad Tepes et lui associe des règles strictes pour se déplacer, vivre et mourir (ces bases du vampirisme sont d'ailleurs citées par le légendaire Van Helsing). Il couronne son personnage comme étant le roi des vampires. Une autre des originalités est le style de récit utilisé par l'auteur. En effet, Bram Stoker narre son histoire par le biais de témoignages, journaux intimes et lettres retrouvées. Cette astuce lui permet d'accroitre le réalisme de ses personnages ; un peu à la manière du Projet Blair Witch au cinéma.

Ma vengeance ne fait que commencer!

Dracula dérange et fait parler de lui depuis sa création. Mais au delà du simple personnage horrifique, Bram Stoker a créé un mythe qui inspire et fait réfléchir sur plusieurs thèmes. La mort par exemple, elle est considérée ici comme un mensonge (lire le passage où le cimetière est cité comme un recueil de mensonges, ou bien simplement avec ces victimes qui ressuscitent pour devenir à la fois mortes et vivantes). Ou encore les limites de la sexualité avec un personnage qui rassemble une longue liste de tabous en lui : il est vieux et cherche à s'emparer de jeunes femmes, il est parfois représenté comme un animal et il est un mort-vivant qui pratique des morsures sur ses victimes ... une sensualité omniprésente envahit le caractère terrifiant du monstre. Sueurs, angoisses, peurs, actions, héroïsme et rebondissements ornent ce chef d'œuvre littéraire qui a fait naitre l'un des personnages les plus célèbres de toute la littérature.

jeudi 15 octobre 2009

Minuscules extases


Minuscules extases est le nouveau roman de Denis Grozdanovitch, ancien sportif professionnel de tennis et de squash. Au passage, merci à BOB de m'avoir fait profiter de leur partenariat avec les éditions Robert Laffont.

Présentation de l'éditeur :
Avec sa nonchalance inimitable, Denis Grozdanovitch nous propose les flâneries planétaires d'un hédoniste curieux de tout et fin observateur des comportements de ses contemporains. Son autoportrait en gourmandise mêle saynètes d'enfance, souvenirs sportifs et anecdotes osées, véritables petits chefs-d'œuvre d'humour noir. Rêveur épicurien adepte de l'oisiveté et de la contemplation, il excelle à transformer le lecteur en complice amical qu'il emporte avec lui dans ses innombrables rêveries voyageuses.

Qu'il est difficile de pénétrer dans l'univers personnel d'une personne que vous ne connaissiez pas auparavant. C'est la première chose que je me suis dit en lisant la quatrième de couverture de ce roman. Mais un mot en particulier a retenu mon attention : "gourmandise", ou plus précisément le début de phrase "Son autoportrait en gourmandise". Astuce littéraire efficace et alléchante à la manière de la Madeleine de Proust qui ne pouvait que trouver preneur en ma personne. C'était donc avec plaisir et appétit que je commençais à déguster les diverses "synesthésies gustatives" de l'auteur.

Au cours de la lecture on se rend vite compte qu'il est indéniable que notre narrateur soit un épicurien pure souche. Toujours en quête de nouvelles sensations et de nouveaux plaisirs à découvrir et à décrire, l'auteur nous dresse une autobiographie véritablement appétissante où il met à l'épreuve son lecteur en le tentant par de succulents mets tels que des crêpes, des gaufres, des pizzas ... ou encore des frites, sandwichs ... mais un peu moins, pour ma part, avec les escargots. Son ouvrage n'est pas uniquement, comme toute autobiographie, c'est à dire narcissique et nombriliste, mais il sert à redonner du goût au "monde actuel, de jour en jour davantage gagné, hélas, par une fastidieuse monotonie sans saveur". Excellente initiative donc de la part de l'auteur que nous permettre de retrouver le goût de certaines saveurs assurément connues et appréciées, mais parfois malheureusement oubliées.

Malgré la jolie plume philosophique et ragoûtante de l'auteur, ce petit recueil gourmand d'anecdotes gustatives et individuelles paraît finalement un peu trop timide et impersonnel. Certaines saveurs se délectent aisément alors que d'autres semblent plus fades, voire parfois frustrantes par le manque de précisions et d'informations croustillantes. Bien que l'auteur discute amicalement avec son lecteur, ce dernier s'attend à en découvrir un peu plus sur sa vie, ses secrets et autres révélations privées. De beaux textes certes ce roman autobiographique en est truffé (mention spéciale au dérangeant Cadavres exquis) mais je suis légèrement resté sur ma faim.

Un petit extrait :
J'ai donc tenté de rassembler ici quelques-unes des vignettes que ma mémoire a indissolublement fixées à certaines de mes plus vives émotions gustatives et l'on verra que beaucoup d'entre elles forment (réalité ou fantasme ?) une alchimie indissociable et révélatrice des lieux géographiques où elles prirent place ; comme si une synesthésie plus secrète encore reliait notre appréhension superficielle des choses à l'âme tellurique de chacune des facettes de notre kaléidoscopique planète.

Note : 12/20 

lundi 12 octobre 2009

Feu de glace


Feu de glace est un roman de Nicci French, qui a d'ailleurs été adapté au cinéma : voir ici. Bien qu'il n'y ait qu'un seul prénom et qu'un seul nom, deux personnes se cachent sous cette identité, un couple britannique composé de Nicci Gerrard et Sean French.

Présentation de l'éditeur :
Alice Loudon mène une existence pleinement satisfaisante. Pourtant, il a suffi d'un échange de regards avec un inconnu croisé dans la rue pour qu'elle renonce à tout ce qui lui est cher. Lorsqu'elle se lance tête baissée dans sa liaison avec Adam Tallis, elle ne connaît rien de lui, pas même son nom. Sous l'emprise de la passion, elle quitte son compagnon pour aller vivre avec Adam et l'épouse dans les 2 mois qui suivent leur première rencontre. Graduellement, à mesure qu'Alice découvre la personnalité complexe et tourmentée d'Adam, qu'elle s'efforce de percer ses secrets, sa curiosité initiale va virer à l'obsession, menaçant son couple, sa sécurité, son équilibre mental et jusqu'à sa vie....

Je ne vais pas m'étendre très longtemps sur ce roman que j'ai trouvé sans grand intérêt. A l'inverse d'un roman noir qui fait le listing des maux sociaux, ce thriller, que l'on peut qualifier de mielleux, essaie de bercer son lecteur dans une histoire à l'eau de rose sans jamais vraiment surprendre.

Déjà qu'elle semble avoir trouvée l'homme idéal, Alice se décide, après un tiers du roman, à jouer à pile ou face avec sa vie en quittant Jake pour Adam ; début d'histoire parfait pour un épisode des feux de l'amour ... A partir de ce moment, on s'attend à découvrir de terrifiants secrets, à vivre une aventure glaciale et surprenante. Que nenni ! Alors que l'histoire possédait un réel potentiel pour nous faire gravir des montagnes meurtrières en compagnie d'un guide totalement sadique, les auteurs se sont contentés de nous communiquer leur amour l'un pour l'autre au travers des situations quotidiennes des couples Alice-Jake et Alice-Adam. Même le fait que l'héroïne soit perturbée par tous ces changements est, à mon sens, mal traité.

Vous l'aurez compris, le problème avec ce roman est que l'histoire se tourne trop vers le petit quotidien ennuyeux d'Alice et de ses hésitations plutôt que de nous entrainer dans une traque effrayante dont ce serait volontiers permis un véritable écrivain de thriller. Je viens de découvrir les thrillers à l'eau de rose ... et je n'aime pas.


Note : 8/20

mercredi 7 octobre 2009

Le Procès


Le Procès est un des célèbres romans inachevés de Franz Kafka.

Présentation de l'éditeur :
Comme un long cauchemar... Un personnage sans nom : K. Une arrestation sans motif. Des juges inaccessibles. Un avocat introuvable. Des portes qui s'ouvrent sur des scènes interdites. Un lent glissement des choses vers le néant, l'absurde. Pour finir, une exécution inéluctable.
Roman existentialiste avant la lettre, roman de l'angoisse, de la culpabilité pour les uns, roman-manifeste, roman symbole de la montée du totalitarisme pour les autres : "Le procès" résiste à toutes les interprétations ! Signe évident d'une œuvre majeure qui traite de la condition humaine dans ce qu'elle a de plus essentiel.


Dès le premier chapitre du Procès, voire même dès les premiers mots, le personnage principal, Joseph K., sent que quelque chose ne tourne pas rond. Bien que la domestique soit en retard pour lui apporter son petit-déjeuner quotidien, ceci n'explique pas pourquoi deux hommes se sont postés près de sa chambre pour l'attendre. Joseph K. va tour à tour devoir se confronter aux divers intervenants de l'arrestation et affirmer son innocence. K. se sait innocent et pense être à l'origine d'une mauvaise blague ou d'une erreur judiciaire. Rien de tout cela n'est vrai puisqu'il s'agit bien de Joseph K. qui est accusé par la Loi. Accusation injuste ou non, K. est pris dans une sorte de spirale où tout tourne autour d'un même centre : son procès. Chaque personnage rencontré est lié de près ou de loin au procès de K. mais personne ne semble en connaître la raison. De plus, son arrestation surprend car il reste libre de ses actes, va et vient comme il veut là où il lui semble bon d'aller. Mais partout où K. se dirige, il retrouve toujours une attache au tribunal avec laquelle il va discuter et tenter de comprendre de quoi on l'accuse ou tenter d'en apprendre au sujet de cette loi dirigée par des gens peu scrupuleux (allusion aux revues pornographiques trouvées dans un des bureaux du tribunal). Joseph K. décide donc de se battre et de chercher toute l'aide possible pour s'innocenter (on retrouve d'ailleurs le symbole de l'innocence avec les deux enfants qui le retiennent par les jambes) aux yeux de la Haute-Cour. Mais comment prouver son innocence lorsque l'on ne sait même pas de quoi l'on est accusé ?

Vous êtes arrêté, certes, mais cela ne doit pas vous empêcher d'exercer votre profession. Vous ne devez pas non plus être gêné dans votre façon de vivre habituelle.

Le lien entre l'auteur et le personnage ne fait aucun doute. Déjà qu'ils sont âgés tous les deux d'une trentaine d'années à l'époque, le fameux "K" les désigne par leur nom de famille. On peut aussi penser qu'un autre lien les unie par leur prénom (Franz Kafka et Joseph K.). En effet, Franz Kafka doit son prénom au célèbre empereur autrichien qu'admirait son père : Franz-Josef. On peut donc supposer que le Joseph du roman fait allusion au second morceau du prénom composé de l'empereur puisque l'auteur porte déjà le premier des deux morceaux comme prénom. D'où la supposition que l'histoire du Procès soit lié à son père, comme une sorte de référence pour l'impliquer dans le débat. Les rapports entre Franz et son père sont très conflictuels et il n'est pas impossible d'imaginer que les juges, totalement inaccessibles et supérieurs en tout point à K., représentent indirectement ce dernier. Autre remarque, Joseph K. est arrêté par deux gardiens dont l'un se prénomme Franz. Doit-on en conclure qu'il s'impose lui-même son propre procès ?

Comment un être humain peut-il d'ailleurs être coupable ? Nous sommes tous ici des êtres humains, les uns comme les autres.

Le procès n'est ici qu'un prétexte pour permettre à Kafka de critiquer et dénoncer le fonctionnement bureaucratique, qui peut amener un innocent à être condamner. Le but de la condamnation n'est pas importante et n'est vraiment que secondaire dans le roman car Kafka n'y attache aucune importance et le montre bien en ne précisant à aucun moment pourquoi Joseph K. est arrêté. Cette arrestation et condamnation un peu facile d'un innocent n'est pas sans rappeler l'antisémitisme régnant de l'époque (début 20ème). Le procès peut donc être interprété comme le procès de tous les juifs oppressés et devenir un regard sur la condition juive.

Le tribunal ne veut rien de toi. Il te prend quand tu arrives et te laisse quand tu t'en vas.

Pour conclure, il faut aussi noter la présence de la célèbre parabole de la Loi décrite par Kafka. D'ailleurs, est-elle liée à Joseph K. ? Est-il "l'homme de la campagne" dans Le Procès ? Bien qu'il souhaite découvrir lui aussi la Loi, celle-ci, contrairement à l'homme de la campagne, va le chercher pour le tuer et non le laisser mourir à ses pieds. L'auteur baigne son personnage dans une atmosphère glaciale mélangeant absurde et humour noir. Bien qu'elle soit incomplète, l'auteur signe une œuvre majeure pour la littérature contemporaine.


Note : 17/20

jeudi 1 octobre 2009

Fractures


Fractures est un roman de Franck Thilliez. N'hésitez pas à vous rendre, après avoir lu ce roman, sur le blog d'Alice, celle qui a inspirée l'auteur pour son histoire. Les informations qui y sont expliquées permettent de faire la part des choses et de réaliser combien la vie d'Alice a du être compliquée.

Mise à jour : A noter la sortie aujourd'hui d'un article sur Fractures dans le journal Libération. Les déclarations faites par l'auteur sont vraiment troublantes et prouvent le génie de celui-ci pour la mise en scène ... je n'en dis pas plus !

Présentation de l'éditeur :
Alice Dehaene se recueille sur la tombe de sa soeur jumelle, Dorothée, décédée dix ans auparavant. Une question la taraude : à quoi rime cette photo de Dorothée, prise il y a à peine 6 mois, qu'elle a récupérée des mains d'un immigré clandestin ?
Alice sait que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Son psychiatre à l'hôpital de Lille, Luc Graham, doit lui révéler le résultat d'un an de psychothérapie, lui apporter cette lumière qu'elle recherche depuis si longtemps. Mais les événements étranges qui se multiplient autour de la jeune femme vont l'en empêcher : son père, agressé chez lui à l'arme blanche, et qui prétend avoir tenté de se suicider ; ce chemisier ensanglanté qu'elle découvre dans sa douche, à propos duquel elle n'a pas le moindre souvenir ; et cet homme retrouvé nu à un abri de bus et qui semble avoir vu le diable en personne.
Grâce à l'intervention de Julie Roqueval, assistance sociale en psychiatrie, Luc Graham, d'abord dubitatif, se décide enfin à mener l'enquête.
Un aller simple vers la folie...


Fractures est un roman policier assez sensible car il mélange fiction et réalité. Ce côté réel rend le récit encore plus stressant qu'il ne l'est déjà, surtout que l'histoire démarre sur les chapeaux de roues. En effet, dès le départ l'auteur décrit avec sensation d'inimaginables horreurs qui lui permettent de vous tenir en otage pour ne vous relâcher qu'à la dernière page du roman. Tout au long de l'histoire, Franck Thilliez joue avec nos nerfs en nous orientant à de multiples reprises vers diverses pistes et en usant de faux-semblants. D'autant plus qu'il multiplie les intrigues sans jamais commettre le moindre faux pas. Le problème psychiatrique d'Alice, la disparition de Dorothée, sans compter les ennuis rencontrés par chacun de leur parent ... La famille Dehaene doit faire face à de nombreux soucis que le docteur Graham essaie de résoudre. Lui-même doit d'ailleurs affronter certains démons du passé et tenter de cicatriser ses plaies pour aller de l'avant. Julie Roqueval, assistante sociale, collègue et amie de Luc Graham, va t-elle réussir à se faire une place dans toutes ses histoires et à comprendre ce qui les relie toutes ?

Tout semble tellement simple en apparence.
Tout est tellement compliqué en réalité.

Je me suis retrouvé entièrement absorbé par ce roman. Les personnages sont impressionnants de réalisme et le suspense autour du mystère caché de chacun d'entre eux est insoutenable. Chacune des pièces du puzzle est effrayante dès qu'elle trouve sa place dans les dédales de ce casse-tête littéraire et psychologique. Le personnage d'Alice est à la fois faible et courageux, sensible et obstiné. Mais une chose est sûre, Alice se sent de plus en plus perdue suite aux différents évènements récents qui l'entourent. Certains chocs vont la perturber et la désorienter totalement ("torturer ce corps qui la torture"). Avec l'aide de son psychiatre et de son ami Fred, elle souhaite découvrir la réalité et connaître les raisons de tous ces secrets et mensonges qui constituent son environnement.

sordide spectacle d'un survivant qui n'a pas eu la chance de mourir

Encore un roman où l'auteur nous promène dans les villes du nord de la France. Comme à son habitude, il utilise un thème intriguant comme point de départ, ici la psychiatrie, et brode une histoire effroyable tout autour. Plus qu'un simple romancier de thrillers, Franck Thilliez s'affirme comme un véritable tapissier de suspense et d'horreur. Autre remarque, ce n'est pas la première fois qu'il s'intéresse au cerveau dans ses romans ; rappelez vous La Mémoire Fantôme mais aussi le final de La chambre des morts avec les allusions aux parties du cerveau pour les caves de la Bête. On peut même aller plus loin en identifiant une référence à son premier roman ; Conscience Animale ("Il voit l'homme devenir animal, s'éloigner de sa conscience."). Difficile donc de passer à côté de ce thriller exceptionnel et violent psychologiquement, si vous êtes en quête de sensations fortes.

Note : 18/20

mercredi 30 septembre 2009

Rainbow pour Rimbaud


Rainbow pour Rimbaud est le premier tome de la trilogie sur le poètes de Jean Teulé (dont Je, François Villon en fait partie).

Présentation de l'éditeur :
On n'est pas sérieux quand on a 36 ans, une queue de cheval rouge, une taille de géant et une armoire pour couche de prédilection. Robert vit à Charleville-Mézières, chez ses parents. Comme d'autres connaissent toutes les paroles de leur chanteur préféré, Robert sait tout Rimbaud. Par cœur.
Isabelle, standardiste à la SNCF, ne sait encore rien de Rimbaud, rien de l'amour, ni rien du monde. Un doux colosse nommé Robert, échappé de Charleville, les lui révélera.
Entre Le Caire, l'île Maurice, Dakar et Tarrafal, ces deux-là brûleront d'amour et de poésie. Vagabonds célestes, amants absolus, ils laissent à jamais sur le sable et sur les âmes la trace de leurs semelles de vent. Enfin, leur odyssée sublime confirmera le mot du poète, tatoué sous le nez même de Robert : "Je est un autre"… "Je" est Rimbaud.

Contrairement au roman Je, François Villon, l'auteur n'a pas choisi de retracer directement l'histoire du poète mais a préféré utiliser un personnage féru d'Arthur Rimbaud pour marcher sur ses pas. Ceci associé à beaucoup d'humour, le roman en devient totalement décalé ; on ne sait plus si l'on est dans un asile ou réellement dans la vraie vie. Robert est un enfant de 36 ans vivant toujours chez ses parents et qui a pour lit une armoire qu'il nomme son bateau. Depuis toujours Arthur Rimbaud est son idole. Au fil du temps, il devient même pour lui une obsession telle qu'il perd ou confond son identité avec celle du poète. Il est Rimbaud, il est Arthur. Il vit chacun des vers de ses poèmes, il régit sa vie selon les mots du poète et devient aveugle au monde réel.

- Quand je pense qu'il y a un tas de parents qui ont été emmerdés parce que leurs enfants ne voulaient pas apprendre leurs récitations ! nous, c'est le contraire.

Robert a rencontré Isabelle d'une manière très étrange. Dès le début, leur passion grandissante est un mélange d'originalité et d'apports affectifs. En effet, chacun retrouve entre l'autre ce qui lui manquait dans sa vie. Isabelle part à l'aventure et fuit sa misérable vie parisienne, tandis que Robert a trouvé la perle qui l'aime à sa juste valeur. Nous assistons alors à un voyage énigmatique où les deux compères vont d'aventure en aventure sans se préoccuper du lendemain. Mais toujours obnubilé par son idole et ses bateaux, il va revivre chacune des vagues déprimantes du bateau ivre de Rimbaud.

Je m'appelle Moufid. En français, ça veut dire : utile. En américain, ça doit vouloir dire : nuisible.

Avec ses chapitres courts et ses quelques 200 pages, le roman se lit très rapidement. L'histoire fuse et ne laisse pas de place à l'ennui. Aussi, certains passages sont racontés par des personnages totalement secondaires au récit mais qui témoignent de la présence de Robert et Isabelle dans certains lieux du monde. Avec cette légère astuce, l'auteur donne de l'importance à ses personnages et accroit le problème d'identification entre le poète et son élève. Encore un bon roman de Teulé !

Note : 15/20

dimanche 27 septembre 2009

L'indic n°3


Cet été est apparu le troisième numéro de L'indic, magazine spécialisé dans le polar et créé par l'association Fondu au noir. Avec ce numéro, les différents contributeurs confirment tout le potentiel que l'on avait déjà pu apercevoir dans les deux numéros précédents. Pourvu de rédacteurs créatifs et talentueux, ce journal s'adresse à la fois aux curieux, aux passionnés de littérature policière et aux amateurs qui souhaitent découvrir petit à petit le monde du noir. Les dossiers servis dans ce numéro sont toujours aussi riches en information et en originalité.

Au programme : des interviews de traducteurs français, un dossier complet spécial "Polar & Alcool", des conseils de lecture, un poème, une nouvelle ...

Ne passez pas à côté de ce "Noir Magazine" !

samedi 26 septembre 2009

Shutter Island (version BD)


A quelques mois de la sortie de l'adaptation cinématographique, par Martin Scorsese, du roman Shutter Island de Dennis Lehane, j'ai décidé de me replonger dans l'univers glauque de l'île pour éviter de trop m'impatienter. En effet, la date de sortie au cinéma ayant déjà été repoussée, elle est à présent fixée au 24 Février 2010. Cette adaptation au format bande dessinée est signée Christian de Metter.

Présentation de l'éditeur :
Envoyés en mission dans un hôpital psychiatrique sur une île au large de Boston, deux policiers découvrent un univers inquiétant où le secret règne en maître. La tempête qui les empêche de repartir ne fera qu’accroître leur malaise… Adapté d’un roman de Dennis Lehane, auteur majeur du roman noir américain contemporain, "Shutter Island" est un huis clos oppressant servi à merveille par le graphisme pictural de Christian De Metter et sa maîtrise du clair-obscur.

Malgré l'amputation de quelques passages semblant pourtant cruciaux, De Metter a réussi le pari fou de retranscrire le roman noir et puissant de Dennis Lehane. Son coup de crayon dépeint à la perfection l'ambiance régnante sur l'île mystérieuse. Île abritant un hôpital psychiatrique pour malades mentaux violents. Difficile était donc l'enjeu de De Metter de représenter les différentes facettes des personnages. Des visages fous, sérieux, étonnés, hilares ... toutes les mimiques propres à l'homme y passent. Les couleurs sombres et le jeu de lumières sont utilisés à la perfection dans le but de traduire l'atmosphère de plus en plus tendue au fil des pages. Une bande dessinée donc très réussie, à découvrir !

Ça tourne en boucle comme la Lune autour de la Terre.

Un petit extrait ci-dessous pour vous donner envie :


jeudi 17 septembre 2009

La lignée


La lignée est un roman du célèbre cinéaste Guillermo Del Toro en collaboration avec l'écrivain américain Chuck Hogan. Je continue sur le fantastique avec l'arrivée de ce premier opus d'une nouvelle trilogie sur les vampires.

Présentation de l'éditeur :
Depuis son atterrissage à l'aéroport JFK à New York, un avion en provenance de Berlin ne répond plus à la tour de contrôle. Le spectacle qu'Ephraïm et son équipe d'épidémiologistes découvrent à bord a de quoi glacer le sang : tous les passagers sauf quatre sont morts, en apparence paisiblement. Ont-ils été victimes d'un attentat au gaz ? D'une bactérie foudroyante ? Lorsque, le soir même, deux cents cadavres disparaissent des morgues de la ville, Ephraïm comprend qu'une menace sans précédent plane sur New York. Lui et un petit groupe décident de s'organiser. Pas seulement pour sauver leurs proches. C'est la survie de l'humanité entière qui est en jeu... 
La Lignée est le premier tome d'une trilogie sur les vampires écrite par le génie du cinéma fantastique Guillermo Del Toro. A seulement quarante-quatre ans, le réalisateur a signé des films aussi différents que Hellboy ou Blade 2 et Le Labyrinthe de Pan, récompensé par trois oscars. Chuck Hogan a quant à lui publié plusieurs thrillers salués par Stephen King, dont Face à face (Albin Michel, 1997) et Le Prince des braqueurs (Seuil, 2007).

Depuis longtemps le mythe du vampire fascine et apeure les populations. Encore aujourd'hui, ces anciennes légendes perturbent et stimulent l'imagination de nombreux artistes. Après la glorieuse tétralogie de Stephenie Meyer (Twilight) exposant un style de vampires humanisés, c'est au tour du réalisateur Del Toro d'y mettre sa patte. Après son premier coup d'essai vampirique avec le film Blade 2, le réalisateur mexicain, associé à l'écrivain Chuck Hogan, a décidé de continuer dans la voie du vampire en tant que monstre. Loin d'être un charmeur habitant dans un grand et somptueux château, ces Dracula aux allures de mort-vivant préfèrent nicher dans des trous discrets et surtout protégés de la lumière du soleil. Alors que le célèbre Dracula séduisait ses victimes, cette nouvelle race de vampires semble beaucoup plus gourmande et se jette abondamment sur la nourriture ... les humains ("Je suis le buveur d'hommes"). Projection et profusion de sang assurées ...

La Lune morte passant au-dessus de la Terre vivante.

La Lignée est un roman au style très proche du cinéma ; les scènes sont imagées au possible et tout est fait pour surprendre le lecteur. Dans la première partie, la tension monte progressivement et la peur s'implante dans notre corps afin de laisser finalement place à la panique la plus totale dans la seconde moitié de l'ouvrage. Les auteurs jouent avec notre peur de l'inconnu présenté ici comme une chose incontrôlable qui s'installe dans l'ombre de nos vies sans que nous sachions quoi faire pour se battre ou l'éviter. Le vampire est décrit comme une sorte d'épidémie en quelque sorte. Bien que la comparaison avec Blade 2 soit inévitable (la scène finale du film par exemple), j'ai senti de nombreuses autres références dont notamment Je suis une légende (pour quelques séquences de duel sombres et stressantes) et L'échiquier du mal (pour son vieux personnage terrassé par son passé dans les camps de concentration). Allusions littéraires intéressantes mais le roman s'approprie une identité originale en utilisant des phénomènes plus ou moins d'actualité ; comme la propagation d'un virus (H1N1) et l'attentat des deux tours jumelles de New York (aussi bien les ruines que la peur vécue par des millions de personnes hypnotisées par leurs téléviseurs lors de l'évènement).

L'homme tuait ses semblables, mais il pouvait aussi les secourir. Il était à la fois son salut et sa perte.

Malgré toute cette excitation rencontrée durant la lecture, il faut avouer que le style utilisé est assez pauvre, l'accent a été mis de préférence sur la peur. Et de ce côté, le pari est totalement réussi puisque le roman s'avoue être riche en horreur. Un second reproche, l'ouvrage aurait gagné à être relu et corrigé encore une fois car de nombreuses erreurs (fautes de frappes notamment) ont réussi à outrepasser la vigilance de la maison d'édition. Un bon premier roman prometteur, j'attends la suite avec impatience.

Note : 16/20