dimanche 26 décembre 2010

Masque de sang

Masque de sang est un thriller de Joyce Carol Oates sous le pseudonyme de Lauren Kelly. Sortie prévue en janvier 2011 aux éditions Albin Michel.

Présentation de l'éditeur :
Sous le pseudonyme de Lauren Kelly, la grande romancière Joyce Carol Oates, Prix Femina 2005 pour Les Chutes, poursuit en parallèle une carrière d’auteur de suspense. Vénéneux et diabolique, ce roman nous propulse sur la scène underground new-yorkaise, où Drew Hildebrand, riche et fantasque mécène, provoque le scandale autour d’une exposition de "bio-art" qui présente fœtus et masques de sang humain, dont un à sa propre effigie. Est-ce pour cela qu’elle disparaît de sa propriété au bord de l’Hudson ? Seul indice sur les lieux : un crucifix. Et seul témoin : sa nièce, retrouvée à demi nue dans un parc, sous l’emprise du "crystal meth", et dont les réminiscences floues peuvent être les conséquences de la drogue comme du traumatisme qu’elle a subi...
La femme, le corps, le pouvoir, la sexualité... autant de thèmes chers à Joyce Carol Oates, exploités de main de maître dans ce suspense subtil et obsédant.


Avec une écriture fluide et un style des plus agréables, l'auteure nous entraîne dans une machination où la femme et l'art se retrouvent au centre du récit. La femme domine le texte, l'histoire, elle est synonyme de liberté, de puissance et de découverte. Elle est l'âme cachée du diable pour certains et une actrice indispensable à l'évolution de l'art pour les autres.
A l'instar de Marta, la nièce de la célèbre Drew Hildebrand, le lecteur découvre le bio-art, la nouvelle mode artistique de New York, la ville de tous les excès et de tous les pêchés. Et d'ailleurs les excès et les pêchés ne manquent pas du côté des artistes, à tel point que de nombreuses rumeurs circulent sur Chateauguay Springs, sorte de lieu prophétique de l'art moderne et de communauté spirituelle tenu par la grande et impressionnante Drew Hildebrand. Mais lorsque les rumeurs vont trop loin ou lorsqu'elles rejoignent la réalité, tout se met à déraper ...

La mort n'est effrayante que si on résiste, si on ne résiste pas, la peur s'en va.

Inlâchable du début à la fin, Masque de sang se démarque par sa capacité à entraîner son lecteur dans le récit sans jamais le lâcher ni l'ennuyer. La faculté de l'auteure à nous donner envie de découvrir ou redécouvrir le monde de la peinture et des autres arts en tout genre est sans appel.
Face à cet ouvrage, j'ai vécu une sorte de syndrome de Stendhal au travers des mots de l'auteur. A tel point que j'ai eu la sensation de pénétrer dans le roman et de découvrir les personnages par le biais de coups de pinceaux.

On pouvait dire que c'était laid, à la façon dont les êtres humains sont laids vus de très près, ou bien que c'était beau, comme les êtres humains sont beaux, vus de très près.

Ce masque de sang cache derrière sa couverture un thriller d'une haute intensité sortant des sentiers battus américains pour nous offrir le temps de 300 pages une virée underground en enfer. Le roman, sous ses allures proprettes et soignées, s'avère être un véritable page-turner. L'année 2011 s'annonce bien car Masque de sang est un roman monstrueusement beau, une œuvre qui sonne juste et qui ne manque pas d'ingéniosité.

samedi 25 décembre 2010

Transparences

Transparences est le premier polar de l'excellent écrivain français de science-fiction Ayerdhal.

Présentation de l'éditeur :
Elle tue sans hésiter, réagissant à tout ce qu’elle considère comme une agression sexuelle ou une simple atteinte à sa liberté. Ses actes sont toujours spontanés, brefs et extrêmement efficaces. Elle disparaît ensuite sans laisser de trace ni souvenir précis aux éventuels témoins… Qui est Anne X, meurtrière à douze ans de ses parents et d’un couple d’amis, soupçonnée depuis lors de près d’un millier de meurtres ? Criminologue québécois installé à Lyon, où il travaille pour Interpol, Stephen va de surprise en surprise au fur et à mesure qu’il explore son dossier. D’autant que l’implacable tueuse intéresse au plus haut point les services secrets de différents pays…
Par-delà la silhouette fascinante et insaisissable d’Anne X, c’est toute notre histoire contemporaine, de l’assassinat de Kennedy aux attentats du 11 septembre, que déploie Ayerdhal dans ce thriller politique qui est aussi, tout simplement, un grand roman de notre temps.

Ayerdhal est un nom qui circule beaucoup dans le monde littéraire, aussi bien pour les amateurs de science-fiction que ceux de polar, mais également, et plus généralement, pour les amoureux de la langue française. Car Ayerdhal, de son vrai nom Marc Soulier, n'est pas qu'un conteur de génie, il est également un écrivain de haut vol. Son vocabulaire riche et ses tournures de phrases alliés à une structure narrative presque parfaite forment un récit totalement excitant et ingénieux.
L'auteur sait comment nous faire languir, nous donner l'eau à la bouche, exciter notre curiosité en laissant la recherche d'Ann X s'éterniser dans la première partie, laissant croire à une chasse aux fantômes.

Personne ne s'est affolé. Personne n'a eu peur. Tout s'est déroulé trop vite, trop "naturellement".

Avec Transparences, Ayerdhal écrit l'histoire d'un fantasme ; une femme tellement parfaite qu'elle en devient presque invisible aux yeux du système. A croire que ce robin des bois au féminin ne représente pas moins à elle toute seule la condition de la femme, sa place dans notre monde. Elle contredit tous les à priori machistes que subissent les femmes depuis des siècles.
Le texte ne manque pas d'humanité malgré les nombreux meurtres violents et peu ragoutants. Stephen, notre héros d'Interpol, prend toujours le temps de discuter avec son ami Michel, sans domicile fixe, autour d'un petit-déjeuner improvisé sur le banc d'un parc public. Ce dernier, dégoûté depuis toujours par le système, offre au psychologue une vision du monde hors du commun qui lui permettra de mieux comprendre qui se cache derrière ce mystérieux nom d'Ann X. Michel fait don à Stephen de voir ce qui, jusqu'alors, était invisible au regard des hommes hypnotisés par la société actuelle.


C'est après cette espèce d'idéale que tu cours aujourd'hui, pas après une tueuse en série.

Comme son personnage muni de son sabre, l'auteur sait donner des coups de plume violents dans le but de trancher l'attente du lecteur face à la difficulté de l'enquête. Dès que le rythme semble s'essouffler doucement, il en remet une couche pour nous surprendre et cadencer son récit.
L'auteur prend également un malin plaisir à jouer avec nos doutes, il arrive avec virtuosité à embellir son personnage pourtant terriblement cruel. Ann X sème le trouble dans l'esprit de Stephen, mais également dans celui du lecteur.
En plus d'être un fabuleux polar, Transparences est un roman magnifique, intelligent et offrant à qui voudra bien le voir un magnifique message de paix.

mercredi 8 décembre 2010

Satané Dieu !

Satané Dieu ! est un roman de Jean-Louis Fournier, l'auteur de Où on va, papa ?

Présentation de l'éditeur :
Quand Dieu eut fini le monde, il se recula pour l’observer. Et il dit : « Cela est bon. Peut-être trop bon pour eux... »
Dieu loge maintenant avec saint Pierre au dernier étage d’une grande tour. Dieu s’ennuie. Les hommes s’amusent. Dieu est jaloux.
« Vous avez réussi le paradis, il n’y a pas de raison que vous loupiez l’enfer », lui dit saint Pierre.
Encouragé, Dieu invente dans la foulée: la famine qui décime, la culpabilité pour tout gâter, la rentabilité pour tout gâcher, TF1, la surpopulation jusqu’à saturation, les guerres de religion comme punition, après Mozart, Jean-Michel Jarre, et, pour se marrer pendant les fêtes de fin d’année, un bon raz de marée...
Un essai de théologie légère, qui ose enfin regarder Dieu dans les yeux.

C'est avec près de 150 pages que Jean-Louis Fournier nous raconte l'histoire de Dieu et de Saint-Pierre qui, colocataires, jettent un œil sur le monde qu'ils dominent en habitant tout en haut d'un immense immeuble. Plus ils les regardent et plus leurs voisins du bas, les hommes, les déçoivent. C'est pourquoi ils, enfin surtout Dieu, vont s'amuser à leur pourrir leur existence.
Satané Dieu ! est clairement une satire sociale qui n'oublie aucun artisan de l'anti-culture ou de la mondialisation. Bien entendu, l'auteur n'oublie pas de se moquer gentiment de l'église mais il appuie son humour noir d'une manière plus générale sur la société.
Satané Dieu ! est un roman hilarant, original et intelligent qui se lit très vite et nous offre un moment de pur bonheur dont il ne faut pas passer à côté.

Extrait (page 52) :
Et les hommes ont fermé les maisons de la culture, les bibliothèques, les cinémas d'art et d'essai, les musées et les bureaux de poste...
Dieu venait d'inventer la rentabilité.

lundi 6 décembre 2010

Requins d'eau douce

Requins d'eau douce est un roman d'Heinrich Steinfest, auteur d'origine autrichienne.

Présentation de l'éditeur :
Un corps flotte dans une piscine au vingt-huitième étage d’un immeuble viennois : déchiqueté et unijambiste. Une minuscule prothèse auditive gît au fond du bassin. Aucune piste sérieuse en vue. L’homme aurait été tué par un requin, ce qui ressemble plutôt à une mauvaise plaisanterie. Richard Lukastik, de la police de Vienne, prend les choses en mains. À 47 ans, l’inspecteur passe pour antipathique mais irréprochable, retors et fou. Il se déplace en Ford Mustang or mat, n’écrase jamais ses cigarettes, dîne chaque soir d’une soupe chez ses parents, n’utilise pas de gants au sens propre comme au figuré, admire le philosophe Ludwig Wittgenstein dont il a toujours un livre en poche qu’il ouvre à l’occasion à n’importe quelle page pour trouver un sens à sa journée.
L’enquête est à l’image de celui qui la mène : mordante et dubitative.

Le roman commence sans préliminaire, directement sur la scène du crime. Et quel crime ! Un corps est retrouvé déchiqueté dans une piscine située au sommet d'un immeuble de Vienne. Curieusement, l'homme a été victime d'un requin ... Déjà naissent les pires scénarios possibles et les plus improbables dans la tête de tous les agents de police. Comment un homme a t-il pu finir sa vie dans la gueule d'un requin en plein centre de la capitale autrichienne ? Comment s'est-il retrouvé dans cette piscine ? Et le plus important, où est ce prédateur des mers ?
Richard Lukastik va tenter de répondre à toutes ces questions avec l'aide de quelques inspecteurs. Mais marcher vers l'inconnu comporte des risques et ils vont bien entendu en faire les frais.

Et ils ne surgissent assurément pas du néant pour se métamorphoser en sélaciens carnivores, attaquant et tuant les hôtes des piscines bourgeoises avant de retourner à leur invisibilité d'origine.

On sent que c'est avec beaucoup de plaisir et de fierté que l'auteur nous promène dans les rues et les recoins de Vienne. Heinrich Steinfest use d'un style qui peut sembler parfois lent et qui, à quelques rares occasions, ralentit le rythme mais ce choix est justifié puisqu'il permet au lecteur de se faufiler sans difficulté dans le décor au côté de l'inspecteur Lukastik.
Personnage haut en couleur, Richard Lukastik est un pur héros de roman noir. A lui seul, il dégage une telle mélancolie qu'il pourrait presque faire passer l'enquête pour une broutille. Pourtant l'enquête est originale et on se prend vite au jeu. Les questions jaillissent par dizaines, différents scenarii se créent dans notre tête mais jamais la vraie solution n'est découverte.
Requins d'eau douce est un roman noir à couper le souffle. Original et bénéficiant d'une écriture soignée, le récit sort quelque peu de l'ordinaire et se différencie totalement du style 'thriller' pour le plus grand plaisir de certains.

vendredi 3 décembre 2010

Prix Agostino 2011

Comme chaque année, le festival Quais du Polar propose son concours de nouvelles : le concours Agostino. Ci-dessous vous trouverez toutes les explications nécessaires pour participer ! Bonne chance à tous !



« Juste avant la nuit »
Dans le cadre du festival Quais du Polar, qui se tient à Lyon les 25, 26 et 27 mars 2011 est organisé
un concours de nouvelles. Chacun peut participer à ce grand concours entièrement libre et gratuit et
concourir au prix « Agostino » qui sera remis par le Maire de Lyon le samedi 26 mars 2011, en présence
des auteurs invités au festival.

En hommage à Claude Chabrol, nous proposons le titre de l'un de ses films noirs comme fil rouge de
cette édition 2011: "Juste avant la nuit".

Partez de cette expression, au sens propre ou figuré, et laissez libre cours à votre imagination pour
écrire la meilleure nouvelle policière.

Les règles du jeu :

LE FOND :
Un polar urbain,
mais le polar est un genre généreux et le champ vous est libre de l’intrigue policière au fantastique, du gris au
noir le plus noir, du populo le plus crasseux au bobo le plus snob.

LA FORME :
A vous de la choisir pour servir votre propos, le soliloque, le dialogue, la lettre plus ou moins ouverte, la lettre
plus ou moins anonyme, l’échange de lettres, la scène de théâtre, le chien écrasé cher à la presse...

UNE LONGUEUR :
6000 signes maximum, espaces compris. Indiquez le nombre de signes à la fin de votre nouvelle.

UN TITRE :
A vous de le choisir.

UNE DATE LIMITE :

Texte obligatoirement dactylographié, envoyé de préférence par e-mail, remis le 1er mars 2011 au plus tard
(affranchissement ou date d'envoi de l'e-mail faisant foi). Les coordonnées de l’auteur avec nom, prénom,
date de naissance et adresse doivent impérativement être indiquées.

ADRESSE :
e-mail : nouvelles@quaisdu polar.com
courrier : Quais du Polar, « Concours de nouvelles », 20 rue de Constantine - 69001 Lyon.

Bon courage, bonne inspiration et rendez-vous sur les Quais du polar !

dimanche 28 novembre 2010

Les larmes de diamant

Les larmes de diamant est un roman de Deborah Crombie.

Présentation de l'auteur :
En 1939, les Rosenthal ont quitté l’Allemagne nazie pour se réfugier en Angleterre. C’est tout ce que sait l’inspectrice Gemma James du passé de son amie Erika. Mais aujourd’hui, la vieille dame a besoin de son aide. Une broche en diamants réalisée par son père, célèbre joaillier art déco, volée durant leur fuite, figure au catalogue d’une prestigieuse vente aux enchères londonienne. Qui la détenait durant toutes ces années ? David, le mari d’Erika, a-t-il été assassiné ?
Autant de questions auxquelles les milieux feutrés de la haute société londonienne aimeraient ne pas avoir à répondre... Le secret de la broche semble mettre en danger tous ceux qui l’approchent : premier d’une série, le meurtre de l’adjointe du commissaire-priseur vient semer le trouble. Chargé de l’affaire, le commissaire à Scotland Yard Duncan Kincaid, compagnon de Gemma, se lance dans une enquête dont les répercussions pourraient bien s’avérer redoutables.

La première chose qui impressionne, dès les premières pages de ce roman, c'est le style littéraire utilisé par l'auteure. Deborah Crombie ne semble rien avoir à envier aux plus grands auteurs anglo-saxons. Son histoire s'inscrit à merveille dans un décor purement britannique où les inspecteurs se rapprochent plus des gentlemen que de rustres flics au coup de poing facile.
Les personnages sont délicieusement travaillés et correspondent tout à fait aux types de personnages auxquels on s'attend. Le couple assez moderne, que forment Duncan Kincaid et Gemma, permet facilement au lecteur de s'identifier dans certains de leurs traits. Entre une femme forte noyée dans les incertitudes et un homme de grande classe, le lecteur peut facilement trouver sa place et suivre avec plaisir leur histoire.

Riche en suspense, Les larmes de diamant arrive sans difficulté à ouvrir de nombreuses pistes tout en restant cohérent et sans jamais perdre son lecteur. Mais le plus impressionnant dans ce roman, c'est la double voie que prend l'histoire. D'un côté, l'auteure nous plonge dans une enquête originale et qui s'avère très compliquée à résoudre, et de l'autre côté, viennent s'ajouter les aléas de la vie, les doutes, les problèmes de santé et autres difficultés contre lesquelles il faut donner de son temps et de son énergie.
Les larmes de diamant est une histoire passionnante qui vous fera passer quelques bonnes heures de lecture. Deborah Crombie use d'une plume efficace, soignée et qui n'a rien à envier aux grands maîtres du suspense.

dimanche 21 novembre 2010

Auras - 1. Le Supplément d'Âme

Le Supplément d'Âme est le premier opus de la trilogie Auras de Jean Laudic. Entre thriller ésotérique et roman fantastique, la trilogie Auras semble déjà, avec ce premier titre, ouvrir la porte à un genre nouveau.

Présentation de l'éditeur :
Mère de famille sans histoires, Isabelle voit sa vie basculer lorsque sa sœur Marianne, médecin en quête de thérapies nouvelles, lui propose une régression dans ses vies passées.Qui est ce Miguel de Gainza, surgi d'un palais andalou pour leur lancer cet étrange avertissement : « Vous faites fausse route, ce monde n'est pas celui que vous croyez... Vous nous mettez tous en danger... » ?
La quête de la vérité entraînera les deux femmes à travers l'Espagne, sur les traces d'un complot où se joue l'avenir de l'humanité.
Et si l'Église s'était trompée sur la nature de l'âme ?

Alors que le thème pourrait en rebuter plus d'un parmi ceux qui sont attachés au réalisme offert par certains romans, le premier tome de cette nouvelle trilogie tire son épingle du jeu en alliant efficacement surnaturel et pragmatisme. Malgré un départ assez perturbant, le récit arrive à capter l'attention de son lecteur en le projetant dans l'histoire.
En effet, il est possible de se retrouver dans certains des personnages tant ils ont tous une personnalité différente allant du fanatique religieux à l'homme le plus terre à terre qu'il soit. Il nait alors un combat entre ces dangereux fanatiques et ceux qui veulent sauver l'humanité. Combat mettant à l'écart la plupart des Hommes, aveuglés par l'ignorance de tout ce qui peut paraître paranormal. Marianne, elle, s'est mise à y croire et doit affronter l'un des plus grands secrets cachés depuis l'éternité.

C'est comme si l'aura avait été gommée, laissant une trace floue, pâle reflet de la flamboyance passée.

J'avoue avoir eu du mal à rentrer dans l'histoire. Le roman démarre fort en kidnappant son lecteur pour l'emporter vers des voies jusqu'alors inconnues pour moi. Des chemins à forte intensité de fantastique, d'ésotérisme. Mais l'âme humaine des personnages reprend vite le dessus pour calmer cette excitation surnaturelle et pour nous rendre nos bases terrestres sur lesquelles nous nous appuyons. L'auteur use d'une plume efficace et intelligente pour ne pas brusquer son lecteur tout en l'accompagnant vers des contrées irréalistes.
Finalement, Le Supplément d'Âme sonne comme le début d'un genre nouveau où se mêlent différentes formes littéraires et promet une trilogie terrifiante.

dimanche 14 novembre 2010

Les Editions de l'Abat-Jour


Un petit billet pour vous présenter une jeune maison d'éditions bordelaise : les éditions de l'Abat-Jour. Les futurs romans édités promettent d'être de haute qualité. Pour mieux comprendre l'originalité de ce nouvel éditeur, voici un extrait de leur présentation tiré de leur site web :

Une maison d’édition qui diffuse elle-même ses ouvrages (en version numérique et en version papier), par Internet exclusivement : vous ne nous trouverez donc pas dans les librairies et encore moins dans les supermarchés du livre.


Une maison d’édition littéraire qui ne publiera que de la fiction, qu’il s’agisse de romans ou de nouvelles. Pas de place dans notre catalogue pour les essais, la poésie, le théâtre, les documents, l’autofiction, les biographies romancées et les pseudo-romans historiques mettant en scène des personnes réelles pendant la Seconde Guerre mondiale.


Une maison d’édition anticonformiste, qui mettra en avant des textes insolents et audacieux, à l’humour noir et à l’originalité revendiqués.


Une maison d’édition qui ne publiera que des auteurs n’ayant jamais été publiés, en se basant uniquement sur la qualité des manuscrits reçus (voir notre appel à textes).


Une revue publiée exclusivement sur Internet abordant la question de l’édition numérique et des nouveaux modes de lecture qui en découlent (critiques de romans publiés en ligne, réflexion sur l’intérêt et les limites des réseaux sociaux littéraires, etc.).


Une communauté de passionnés de la littérature : tous les manuscrits envoyés seront lus attentivement, et nous attendons vos propres articles susceptibles d’être intégrés à la revue.

Le premier roman prévu est Tuer le temps de Nimzowitsch, vous pouvez d'ailleurs télécharger le début du roman sur le site.

jeudi 11 novembre 2010

Le syndrome [E]

Le syndrome [E] est le nouveau roman de Franck Thilliez. Nouveau roman par Franck Thilliez semble rimer de plus en plus par nouveau chef d'œuvre et nouvelle surprise. J'espère que mon avis, plus bas, saura vous convaincre.

Présentation de l'éditeur :
Un film mystérieux et malsain qui rend aveugle...
Voilà de quoi gâcher les vacances de Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, et de ses deux adorables jumelles.
Cinq cadavres retrouvés atrocement mutilés, le crâne scié... Il n'en fallait pas plus à la Criminelle pour rappeler le commissaire Franck Sharko en congé forcé pour soigner ses crises de schizophrénie.
Deux pistes pour une seule et même affaire qui va réunir Henebelle et Sharko, si différents et pourtant si proches dans leur conception du métier.
Des bidonvilles du Caire aux orphelinats du Canada des années cinquante, les deux nouveaux équipiers vont mettre le doigt sur un mal inconnu, d'une réalité effrayante et qui révèle que nous pourrions tous commettre le pire. Car aujourd'hui, ceux qui ne connaissent pas le syndrome E, ne savent pas encore de quoi ils sont capables... 

Franck Thilliez reste fidèle à son style et à son ambiance puisque Le syndrome [E] nous projette encore dans une sombre histoire aux conséquences parfois effroyables. L'auteur reste également fidèle à ses références ; le cinéma d'horreur principalement et quelques séries parfois même. En effet, sa principale originalité, voire marque de fabrique, est toujours d'associer un polar noir et violent à des faits scientifiques surprenants. Et dans Le syndrome [E] j'ai cru reconnaître une référence à la série Fringe qui traite également de phénomènes scientifiques stupéfiants. On peut également y voir des références à Orange Mécanique ou à Cannibal Holocaust, la culture cinématographique de l'auteur ne manque pas d'originalité.

Les fans le désiraient, Franck Thilliez l'a fait. Il s'agit de la rencontre entre ses deux héros fétiches que sont Lucie Hennebelle (l'héroïne de La chambre des morts et La mémoire fantôme) et Franck Sharko (voir Conscience Animale, Train d'enfer pour ange rouge, Deuils de miel).
Tout les oppose d'un point de vue physique mais ils se ressemblent tellement d'un point de vue psychologique et émotionnel. Ils ont tous les deux les mains tâchées de sang et savent qu'ils ne pourront jamais fuir ce boulot de flic qui les ronge un peu plus à chaque nouvelle enquête.
Leur rencontre est surprenante puisqu'elle fait ressurgir les démons de leur passé. Mais au lieu de les rassembler et de se morfondre chacun dans leurs problèmes, leur connexion va plutôt les exorciser de tout esprit malin qui ne cesse de gâcher leur vie relationnelle et familiale.

Franck Thilliez offre encore à ses lecteurs un bijou du thriller et l'entraîne avec beaucoup d'adresse dans des lieux angoissants avec toute l'intelligence qu'on lui connaît.
Pour information, au mois d'avril sortira la suite du Syndrome [E] : GATACA.

dimanche 7 novembre 2010

KAFKA

Petite pause dans les fictions pour m'évader le temps de quelques pages dans le monde si triste de l'une des plus belles plumes de la littérature. Klaus Wagenbach nous propose la biographie de KAFKA en agrémentant ses dires par de multiples photos d'époque et d'extraits de journaux personnels ou de lettres manuscrites.

Écrit en 1968 et présenté dans la collection "Écrivains de toujours" aux éditions du Seuil, KAFKA propose de rassembler tout ce que l'on a pu lire ou entendre sur l'auteur du Procès dans cette courte biographie. Mais au delà des rumeurs et autres préjugés qu'on a pu associer à Kafka, Klaus Wagenbach dresse un portrait sensible en s'attardant sur les parties importantes de sa vie.
Et notamment deux aspects m'ont particulièrement intéressés : ses relations difficiles avec les femmes et son rapport avec son père qui apparaît comme la cause de tous ses maux.

 une modestie excessive, une timidité craintive et une certaine froideur dans les contacts humains

L'image que l'on se fait de l'auteur pragois est l'image d'un homme renfermé qui semble se complaindre exclusivement dans la tristesse. Il paraît fuir les rares moments de bonheur qui s'offrent à lui comme s'il s'agissait d'un virus l'empêchant de disposer du génie qu'on lui connaît.
On apprend également que l'auteur du Château ne pensait pas vivre sa vie comme il l'entendait. Il avait peur de perdre son temps et de ne pas se donner à fond à son occupation principale : l'écriture. D'ailleurs, son fidèle ami Max Brod voit en lui, dès le début de leur rencontre, un écrivain peu commun, un auteur au-dessus de tous à la prose quasi parfaite. Aucun des mots dans chacune de ses phrases ne sert à décorer le récit. Kafka arrivait avec justesse à faire ressentir à son lecteur le sens exact qu'il souhaitait donner au récit. Et c'est là l'une de ses marques de fabrique.

Il répond en célébrant les louanges d'un inconnu du nom de Franz Kafka, en qui il voit le véritable maître de la prose et de la psychologie des temps modernes.

L'ouvrage propose de faire la connaissance, de manière plus intimiste que d'habitude, d'un écrivain éloigné de la société mais sachant la décrire et la critiquer avec exactitude et intelligence. Ses métaphores et paraboles sur bien des aspects de la société nous renvoient automatiquement à notre époque et soulèvent encore et toujours les mêmes questions.
KAFKA est un ouvrage simple mais riche. Un ouvrage à découvrir par curiosité ou par envie de décortiquer de manière claire la vie de Franz Kafka.

lundi 1 novembre 2010

La chute

La chute est le deuxième tome de la trilogie La Lignée des auteurs Guillermo Del Toro et Chuck Hogan. Rappelez-vous, l'arrivée en 2009 d'une trilogie vampirique par le célèbre réalisateur mexicain en avait surpris plus d'un.

Présentation de l'éditeur :
Tandis que les vampires envahissent les rues de New York, l'épidémiologiste Ephraïm Goodweather, le professeur Abraham Setrakian et un petit groupe de rescapés tentent de s'organiser face au chaos. Car partout dans la ville et dans le monde, des émeutes éclatent, des milices se mettent en place et les êtres humains se retrouvent impuissants face à leurs prédateurs, les vampires.
Ephraïm et ses amis pourront-ils arrêter le plan diabolique du Maître qui menace de plonger l'humanité dans la nuit éternelle ? Noir, désespéré, spectaculaire, le second tome de la trilogie « La Lignée » brosse le tableau d'un monde qu'une poignée d'individus essaie de sauver de l'abîme.

Quelle déception je viens de vivre avec cette suite ! Je ne ferai pas de jeu de mot concernant le titre et l'effet produit par la lecture du roman mais c'est avec un mal fou que j'ai réussi à le terminer. Alors que La lignée démarrait fort avec une séquence terriblement stressante dans un aéroport, La chute a loupé son envol et ne sert que de prétexte à offrir des combats pour les plus friands d'entre nous d'action et de scènes qui défilent à cent à l'heure.
Les deux auteurs ont préféré opter pour un style hollywoodien dans le but de miser sur les 'effets spéciaux', le décor et l'ampleur des dégâts plutôt que sur les personnages et la peur procurée par une ambiance froide et sombre comme ils l'avaient faits dans le précédent tome. Ce premier opus avait d'ailleurs l'avantage, comme tout roman initiant une série, de mettre en place les personnages et de faire monter la pression.

La Nuit Eternelle avait commencé.

Mais ne démolissons pas totalement ce roman puisqu'il a tout de même l'utilité de faire évoluer l'histoire principale : la propagation du virus vampirique dans le monde entier. Il nous en apprend également  sur l'origine des vampires sans trop nous en dire pour garder le suspense dans le troisième et dernier tome à venir.
Et bien que le portrait offert des créatures par les deux auteurs soit assez original et riche en histoire, le roman peine à se démarquer des autres ouvrages évoquant ce thème.
Donc pas vraiment d'engouement pour ma part sur ce deuxième tome qui se révèle surtout riche en combat et ferait à coup sûr un bon film grand public. Je lirais sûrement le dernier opus pour me faire une idée plus générale sur la série, en espérant y trouver plus de suspense et d'inspiration de la part des auteurs.

dimanche 24 octobre 2010

Noir Océan

Noir Océan est un roman noir de l'auteur islandais Stefan Mani.

Présentation de l'éditeur :
De lourds nuages noirs s'amoncellent dans le ciel zébré d'éclairs au moment où le Per se quitte le port de Grundartangi en Islande en direction du Surinam. À son bord, neuf membres d'équipage qui, tous, semblent avoir emporté dans leurs bagages des secrets peu reluisants.
Ceux qui ont entendu dire que la compagnie de fret allait les licencier et qu'il s'agit là de leur dernier voyage sont bien décidés à prendre les choses en main, une fois que la météo sera plus favorable. La mutinerie n'est pas loin et, très vite, l'atmosphère se charge de suspicion, de menaces et d'hostilité.
Quand les communications sont coupées par l'un des membres de l'équipage – mais lequel ? –, la folie prend peu à peu le contrôle du bateau qui n'en finit pas de dériver vers des mers toujours plus froides et inhospitalières...

Noir Océan est un huis clos terrifiant où l'enfer c'est les autres, un enfer sous forme de bateau encerclé par un immense océan déchaîné. Un enfer marin qui laisse les hommes à la merci de leur propre folie.
Tout au long de l'histoire, il règne une tension oppressante qui  déjà offre au lecteur la perception évidente d'un final forcément tragique. Les marins s'embarquent dans une galère où le naufrage de leur propre conscience est proche et semble inévitable.
Chacun des membres de l'équipage, plus ou moins prévus pour se joindre à la longue traversée vers le Surinam, embarque dans le navire en apportant dans son paquetage ses secrets, ses doutes et ses cauchemars. Neuf marins tendus et menacés par la possibilité d'une future restructuration se rejoignent sur  le port où les attendent le Per se ; le cargo qui risque de compter ces quelques hommes pour la dernière fois en son bord. Rapidement, le sujet des licenciements vient troubler le calme apparent de l'océan. Et lorsque toute communication devient impossible, chacun des sombres secrets empaquetés refait surface pour emplir de haine et de peur chacun des loups de mer coincés en plein océan.

Rien d'autre à voir que cette forme humaine au creux d'un fossé.
Une chaussure sur le bord de la route.
Et des gouttes de sang sur l'asphalte mouillé.

Noir Océan est une longue dérive maritime et mentale lors de laquelle l'océan vomit d'énormes et dangereuses vagues, alors que la folie guette chacun des passagers, tapie dans l'ombre de chacune de leurs peurs. Alors que le navire semble voguer vers les ténèbres, la position géographique, qui évolue au fur et à mesure du courant, remplace petit à petit la notion de temps dans le but d'indiquer non pas l'heure de la fin des temps mais la position de la fin du monde.
Le Per se devient vite la représentation de tout ce à quoi les marins se rattachent dans leur vie. Il est leur maison, leur femme, leur enfant. Et comme leurs vies, le bateau chavire et sombre vers des eaux infiniment profondes dans lesquelles se cachent les arcanes les plus enfouies qui vous rongent à tout jamais et vous conduisent vers les plus profondes abîmes.

La souffrance est la compagne de la conscience, laquelle est tissée dans l'étoffe de la vie elle-même.

Noir Océan est une sorte de récit lovecraftien des temps modernes, un pur chef d'œuvre littéraire fort d'une noirceur rare et terriblement poétique.

lundi 18 octobre 2010

L'attentat

L'attentat est le second volée de la trilogie consacrée "au dialogue de sourds opposant l'Orient et l'Occident" de Yasmina Khadra.

Présentation de l'éditeur :
Dans un restaurant de Tel Aviv, une jeune femme se fait exploser au milieu de dizaines de clients. À l'hôpital, le docteur Amine, chirurgien israélien d'origine arabe, opère à la chaîne les survivants de l'attentat. Dans la nuit qui suit le carnage, on le rappelle d'urgence pour examiner le corps déchiqueté de la kamikaze. Le sol se dérobe alors sous ses pieds: il s'agit de sa propre femme.
Comment admettre l'impossible, comprendre l'inimaginable, découvrir qu'on a partagé, des années durant, la vie et l'intimité d'une personne dont on ignorait l'essentiel ? Pour savoir, il faut entrer dans la haine, le sang et le combat désespéré du peuple palestinien...

L'attentat est le témoignage douloureux d'un palestinien naturalisé israélien qui apprend que sa femme est morte dans un attentat terroriste. Mais le pire pour cet homme, parfaitement intégré, arrive lorsqu'il découvre que le kamikaze à l'origine de cette horreur n'est autre que sa propre femme. Une longue et dangereuse quête commence alors pour ce chirurgien soupçonné d'être un terroriste par les israéliens, et qui est perçu comme un traitre par les palestiniens.
Khadra dépeint le voyage périlleux d'Amine sur les traces des dernières jours de sa femme pour tenter de comprendre son geste. Obstiné, voire aveuglé, par la certitude de l'innocence de celle-ci, il en oublie presque l'existence du violent conflit israélo-palestinien, et ce, malgré le faciès tant montré du doigt par des israéliens apeurés.

Laissez-moi pleurer d'abord, ensuite achevez-moi, mais, de grâce, ne m'imposez pas l'émoi et l'effroi en même temps.

L'attentat s'avère être une confession bouleversante d'un homme qui se sent perdu et trahi par la femme qu'il aime. Khadra décrit avec beaucoup de sensibilité le désespoir de cet homme égaré entre deux nationalités qui doit faire face aux avis extrémistes des deux camps et qui ne peut rester neutre face à ce terrible conflit.
Qui d'autre que Yasmina Khadra aurait pu décrire aussi subtilement cette délicate alliance entre l'horreur la plus totale et la douceur des perceptions ressenties par le personnage ? Peut-être personne.
L'attentat est un pur chef d'œuvre littéraire écrit par l'une des plus belles plumes de notre époque. A découvrir !

dimanche 17 octobre 2010

No Life

No Life est un roman d'Al Coriana qui a la particularité d'être l'un des trois premiers auteurs édités grâce à l'association de My Major Company Books et de Xo Editions. Pour ceux qui ne connaissent pas, My Major Company est le premier label communautaire français qui permet aux internautes d'encourager les artistes, de donner leur avis et de participer à la production d'un album ou l'édition d'un livre.
Je fais partie de l'aventure  No Life en tant que co-éditeur et je suis très fier de vous le présenter en avant-première sur mon blog.

Présentation de l'éditeur :
Les « No life », « sans vie », sont ceux qui consacrent tout leur temps à Internet au lieu de vivre leur vraie vie.
Quand le roman démarre, un homme, 35 ans, décide de tout changer. Changer pour changer, parce qu’il a une intuition, celle que le monde tel qu’il le voit ne tourne pas rond. Que nous ne sommes que des marionnettes.
Mais il est très dangereux d’avoir un éclair de lucidité, quand on s’en prend à ceux qui tirent les ficelles... 
Une sorte de Matrix littéraire, décalé, haletant et subtil.

La particularité de ce roman d'anticipation est de traiter d'un cas qui s'amplifie de jour en jour : devenir un no life. Par définition, le no life est, comme l'indique la quatrième de couverture, une personne omnibulée par le monde de la toile, voire même totalement hypnotisée par la seconde vie qu'offre le web. Dans son roman, Al Coriana imagine que ce phénomène s'étend de plus en plus dans les prochaines années, mais outre cet aspect anticipé, l'auteur imagine un monde entièrement contrôlé par l'argent et donne à son roman des airs de pamphlet social.

J'ai trente-cinq ans depuis deux jours et ce que je viens de commettre est très grave.

L'auteur s'est risqué avec un style plutôt 'casse-gueule' en utilisant la première personne du singulier pour la narration du récit et l'emploi du présent de l'indicatif qui n'est pas toujours réputé pour être un bon choix narratif tant la dureté de la conjugaison ne donne pas l'impression d'une lecture agréable. Mais Al Coriana s'en sort plutôt pas mal malgré quelques coquilles de 'premier roman'.
L'intrigue, quant à elle, est haletante. Au fil du roman, il devient de plus en plus difficile de décrocher. L'auteur use d'un style brut et incisif qui offre au roman des chapitres courts, parfois même très courts, et produit un rythme effréné au récit.
Pour éviter de spoiler l'histoire, j'ajouterai seulement que No Life est un roman moderne sur un thème accrocheur et au style abrupte totalement en concordance avec l'effet voulu.

No Life paraît le 8 Novembre dans votre librairie, alors éteignez le PC et sortez l'acheter !

mercredi 13 octobre 2010

La carte et le territoire

La carte et le territoire est le nouveau roman de Michel Houellebecq, sélectionné pour le second tour du fabuleux prix Goncourt 2010.

Présentation de l'éditeur :
Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël.
Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des « métiers », ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession.
Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police.
Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures.
L'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne.

Alors que certains décrivent ce dernier roman de Michel Houellebecq comme un texte spécialement écrit pour le Goncourt, je trouve quant à moi que La carte et le territoire est le roman le plus personnel de l'auteur, et peut-être même le plus touchant. Piégé dans la peau de son propre personnage, Houellebecq tente une approche sur une pré autobiographie dans laquelle il dépeint ses craintes futures.
En effet, tantôt placé sur un piédestal, tantôt ridiculisé et comparé à une sorte de légume, Houellebecq semble parfois s'offrir une séance d'auto-psychanalyse. Alors, allongez-vous sur votre canapé, bien à l'aise, et laissez vous porter par la voix d'un auteur hors du temps et hors de notre monde social.

Les insectes et les hommes, d'autres animaux aussi, semblent poursuivre un but, leurs déplacements sont rapides et orientés, alors que les fleurs demeurent dans la lumière, éblouissantes et fixes.

Loin des passages crus de ses autres romans, son nouveau texte est plus posé mais offre avec toujours autant de génie une force stylistique rare. Le roman a quelque chose de captivant malgré le manque d'intrigue. A l'évidence, l'auteur ne joue pas sur cette carte pour s'emparer de son lecteur mais il paraît faire montre de franchise et de sincérité en s'autocritiquant dans un récit autobiographique façon 'miroir' où son reflet est le témoin de sa triste vie.
Jed Martin est ce témoin. Il est également le personnage principal. Véritable fortuné grâce à son don artistique, Jed n'en est pourtant que pauvre d'un point de vue social. Mis à part sa torride relation avec Olga, ses aventures se font rares et son carnet d'adresse ne semble pas bien fourni. Il y a fort à croire que Jed est ce reflet littéraire de l'auteur par lequel ce dernier laisse passer une partie de ses fantasmes.
Le récit se transforme alors en un discours schizophrène dans lequel chacun des personnages a son rôle à jouer autour du noyau central ; Jed.

et jusqu'à l'outing de Jean-Pierre Pernaut, tout concourait à ce fait sociologique nouveau : pour la première fois en réalité en France depuis Jean-Jacques Rousseau, la campagne était redevenue tendance.

La carte et le territoire est un roman d'anticipation proposant humour et aveux. Houellebecq décrit sa vie future, aussi triste et dépressive que ce que renvoie l'image de l'auteur à l'heure actuelle. La relation entre Jed Martin et Houellebecq, le personnage, évolue tout au long du roman pour offrir au lecteur une connexion d'une puissance surprenante. Le regard du plus jeune envers son aîné va transformer ce lien en un véritable fanatisme artistique qui permettra à l'auteur de laisser sa marque sur le monde avant de mourir.
La carte et le territoire est bien plus qu'un simple cantique narcissique dans le but de nourrir les feuilles blanches des critiques toujours friands de satiriser l'auteur, c'est une œuvre profondément originale qui révèle les plus grandes peurs de celui-ci. L'une d'entre elle est de devenir sénile. Il met d'ailleurs tout en œuvre, aussi violent que cela puisse être, pour supprimer toute éventualité de devenir le vieillard de ses cauchemars.
Un roman bouleversant.

lundi 4 octobre 2010

La Religion

La Religion est un roman historique de l'anglais Tim Willocks.

Présentation de l'éditeur :
Mai 1565. Malte. Le conflit entre islam et chrétienté bat son plein. Soliman le Magnifique, sultan des Ottomans, a déclaré la guerre sainte à ses ennemis jurés, les chevaliers de l’ordre de Malte. Militaires aguerris, proches des templiers, ceux-ci désignent leur communauté sous le vocable de « la Religion ». Alors qu’un inquisiteur, arrive à Malte afin de restaurer le contrôle papal sur l’ordre, l’armada ottomane s’approche de l’archipel. C’est le début d’un des sièges les plus spectaculaires et les plus durs de toute l’histoire militaire.
Dans ce contexte mouvementé, Matthias Tanhauser, mercenaire et marchand d’armes, d’épices et d’opium, accepte d’aider une comtesse française, Carla La Penautier, dans une quête périlleuse. Pour la mener à bien, ils devront affronter les intégrismes de tous bords, dénouer des intrigues politiques et religieuses, et percer des secrets bien gardés.
Sur fond de conflits et de mystères religieux, cet ouvrage follement romanesque et d’une érudition sans faille témoigne d’un sens de l’intrigue remarquable. En explorant la mystérieuse histoire des chevaliers de l’ordre de Malte, Tim Willocks, porté par une langue aussi intense que réaliste, évoque autant Alexandre Dumas qu’Umberto Eco. Un classique immédiat.

Sonatine n'en finit pas de sortir de nouvelles pépites de son chapeau de magicien. Premier opus d'une trilogie tournant autour du personnage Mattias Tannhauser, la Religion inaugure avec force la série en plongeant son lecteur dans les pires atrocités possibles des guerres du XVIème siècle. Véritable fresque couleur rouge sang, ce roman historique joue sur divers plans. Aussi violent que romantique, la Religion assemble une multitude de genre et de sensation dans le but de méduser son lecteur dès le départ pour ne plus jamais le lâcher.

La nuit où les cavaliers écarlates l'emportèrent - du peu qu'il sache ou qu'il ait pu savoir - la pleine lune entrait dans le Scorpion, signe de sa naissance, et, comme animée par la main de Dieu, son incandescence découpait parfaitement la vallée alpine en ce qui était lumière et ce qui était ténèbres, et la lumière éclairait le chemin menant les démons vers sa porte.

Malgré quelques longueurs que l'on pardonnera à l'auteur, l'histoire est totalement surprenante et même parfois envoûtante. Tim Willocks est un conteur d'exception. Il instaure avec brio une atmosphère d'inquiétude et réussit également à donner de la saveur à chacun de ses personnages.
L'un d'entre eux est Mattias Tannhauser. Capturé à l'adolescence par les Turcs, il va devenir malgré l'époque un héros moderne. Fort de deux cultures et de deux religions bien différentes, Mattias renie tout pour s'échapper des diverses confrontations qui déchirent les peuples. Il est à la fois au centre de tout et loin de tout.

Sur un navire rouge et noir, traversant une mer noire et argent, ils filaient sous la lune vers les portes de l'enfer.

Attiré sur l'île de Malte pour une mission délicate, il va se retrouver en plein cœur de ce qui s'annonce être un véritable carnage. La flotte turque approche et les chevaliers maltais de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem sont bien moins nombreux que leurs ennemis. Partout où Mattias se déplace il suscite l'admiration et l'espoir. Son savoir de la guerre et son sens tactique serait un atout pour aider les maltais à tenir un peu plus face à ces envahisseurs assoiffés de sang et dirigés par le grand Soliman le Magnifique.
Dès lors commencent d'innombrables et violentes batailles au nom du fanatisme des hommes envers Dieu ou Allah. Mattias mène déjà un terrible combat en lui à ce sujet et a préféré la facilité en abandonnant toute divinité. Son courage, lui, il le puise dans son cœur.

Elles avaient relevé leurs jupes jusqu'à la taille, elles ramassaient des armes sur les morts, et quand elles parvinrent aux remparts et se jetèrent contre l'ennemi au corps à corps, Ludovico sentit ses yeux s'emplir de larmes.

La Religion est une épopée fabuleuse mélangeant suspense, romance et action. Malgré une impressionnante collection de personnages, jamais l'auteur ne perd son lecteur. Sa maîtrise pour la narration est impressionnante.
La Religion m'a tout simplement bouleversé car le récit expose de manière très juste de nombreuses questions profondément humaines. Encore une très grande lecture offerte par les éditions Sonatine !

dimanche 26 septembre 2010

Mangez-le si vous voulez

Mangez-le si vous voulez est le dernier roman de Jean Teulé à ce jour. A l'occasion de sa sortie chez Pocket début Septembre, j'en ai profité pour me le procurer.

Présentation de l'éditeur :
Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.
Il arrive à destination à quatorze heures.
Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.
Pourquoi une telle horreur est-elle possible ? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare ?
Ce calvaire raconté étape par étape constitue l'une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe
siècle en France.

Comme à son habitude l'auteur mélange faits historiques et fiction. Avec Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé revient sur une terrible affaire qui a bouleversé la France de Napoléon III. Le drame de Hautefaye met en scène le lynchage cruel et barbare d'Alain de Monéys accusé sur un simple malentendu d'être du côté des Prussiens par toute une foule devenue alors hystérique.
Il n'aura fallu qu'une mauvaise interprétation des mots prononcés par le jeune noble pour que le village tout entier fasse exploser sa haine et devienne le fameux 'village des cannibales' comme l'a si bien décrit Alain Corbin. Alors que le jeune périgourdin est un homme apprécié de tous, qu'il est honnête et surtout fidèle à sa patrie et à son armée, il se retrouve pris au milieu de ce que l'on peut décrire comme une folie collective. Qu'ils soient de proches connaissances de la victime ou bien d'illustres inconnus venus le temps de la foire du village, ils vont tous être aveuglés par leur fanatisme de l'armée bonapartiste et prendre Alain de Monéys comme souffre-douleur de leur frustration face à la guerre contre la Prusse qui hante leurs esprits.

Il distribue les cailloux, métamorphose en spectacle amusant le massacre. On lui marche dessus, du pied gauche, comme si ça allait porter bonheur...

C'est toujours avec la même fraicheur, ce même ton si particulier, et le même plaisir que l'on retrouve Jean Teulé. C'est en fabuleux conteur et historien de charme qu'il continue à nous surprendre et à nous émerveiller tout en racontant les pires abominations que l'on peut imaginer. Avec son style si personnel, sa marque de fabrique en quelque sorte, il rend l'horreur à la fois pénible à supporter mais également délicieuse à subir.
Jean Teulé surprend à nouveau avec ce court roman. En plus d'être un homme particulièrement sympathique, il est l'un des auteurs français les plus originaux que j'apprécie. Et Mangez-le si vous voulez renforce pleinement l'idée que je me suis faite de lui.

jeudi 23 septembre 2010

La route de Gakona

La route de Gakona est un roman de Jean-Paul Jody.

Présentation de l'éditeur :
Pensez-vous que des ondes puissent modifier le comportement des populations, bouleverser notre climat, ou devenir des armes invisibles plus terrifiantes que la bombe atomique ? Ou croyez-vous qu’il s’agit seulement de science-fiction ?
Telles sont les questions auxquelles doivent répondre les héros de La Route de Gakona, cinquième roman de Jean-Paul Jody.
Reprenant les personnages de La Position du Missionnaire (grand prix du festival de Cognac), l’auteur nous emmène cette fois encore dans une traque haletante. Lancé à la poursuite d’un mystérieux brevet qui semble tuer tous ceux qui l’approchent, son enquêteur, Kinscoff, doit affronter les services secrets français et américains qui veulent l’empêcher de mener à bien ses investigations et le réduire au silence.
Dans les pas de Kinscoff, le lecteur traverse le Grand Nord norvégien, puis canadien, et enfin l’Alaska où se réalise, à Gakona, le programme secret baptisé HAARP.
Un thriller vertigineux, qui brûle et qui glace.

Sous ses allures de thriller et de fiction, La route de Gakona met en scène de véritables programmes militaires utilisant les ondes haute fréquence, comme le projet HAARP initialement prévu pour des recherches sur l'ionosphère. Jean-Paul Jody se sert de l'actualité mondiale et tente de démontrer que certains évènements ne sont pas toujours dus au hasard. C'est avec des preuves à l'appui et beaucoup de documentation que l'auteur dénonce l'existence d'une guerre secrète à base d'ondes.
Alors que des meurtres inexplicables sont commis et déguisés en suicide, un détective et sa jeune stagiaire se lancent sur la piste d'un probable complot. A la limite de l'imaginable et du fantastique, l'aventure entraîne nos deux héros sur les traces de l'ingénieux Nikola Tesla et de ses inventions insolites. Mais mettre les idées de cet inventeur dans les mains de l'armée est généralement synonyme de grand danger.

- Le Rayon de la mort, la modification du climat, la manipulation des cerveaux... ça fait beaucoup, non ?

Et si depuis des décennies certains gouvernements ou certaines armées avaient la possibilité de jouer avec le climat et de créer des catastrophes naturelles ? Quel meilleur moyen peut-il exister pour appauvrir des états, pénétrer dans des lieux interdits ou reconstruire des cités à son image ? Et tout cela sans pouvoir accuser qui que ce soit.
Entre complots et révélations surprenantes, La route de Gakona s'avère être un très bon roman totalement engagé et parfois très inquiétant. Bien que certains passages m'ont paru un peu trop long et que j'ai eu du mal à me projeter dans l'histoire au départ, le roman se laisse finalement savourer aisément, notamment grâce aux superbes coups de plume de l'auteur.
Difficile de décrocher une fois lancé sur cette route glacée et pleine d'embûches !

La grande faucheuse moissonnait les âmes comme blés murs au printemps, et chaque matin on alignait les cadavres de ceux qui n'avaient pas su passer la nuit.

mardi 14 septembre 2010

2030 : l'Odyssée de la Poisse

2030 : l'Odyssée de la Poisse est à la fois le nouveau roman d'Antoine Chainas et la nouvelle aventure du mythique Poulpe.

Présentation de l'éditeur :
Paris, 2030. Le Poulpe a 70 ans. Vous le pensez à la retraite ? Lui-même y croit fermement... Mais il suffit que Chéryl et lui gagnent à la Loterie Nationale Obligatoire une séance de Porn-incarnation, pour qu'il replonge, malgré quelques douleurs lombaires, dans une nouvelle enquête.
Les Omnimorphes, clones à tout faire aux facultés d'incarnation, sont victimes d'un mystérieux tueur, et ceci dans l'indifférence générale d'une société abrutie de surconsommation. Mais voici notre Poulpe bien décidé à user de tous les moyens pour sauver Georgie l'Omnimorphe, qui semble être la prochaine victime sur la liste...

Petite particularité avec ce Poulpe puisqu'Antoine Chainas le propulse une vingtaine d'années dans le futur pour le placer encore une fois au centre d'une histoire dangereuse. Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, flaire toujours les embrouilles et s'y jette en plein dedans. C'est donc logiquement qu'on le retrouve torturé par l'un des maîtres du roman noir français. Et quelle  douce torture que de se retrouver au cœur d'un roman d'Antoine Chainas !
A 70 ans, le Poulpe s'est malheureusement assagit et apparaît plus souvent comme un spectateur qu'un acteur dans l'histoire. Georgie, quant à lui, se retrouve mêlé au centre d'un complot qui vise à anéantir les Omnimorphes, ces clones que les humains peuvent contrôler à distance pour assouvir le moindre de leur désir. Mais c'est sans compter sur un étrange phénomène impromptu qui offre à ces enveloppes corporelles une âme leur permettant d'éprouver des sentiments humains comme la colère, la joie ... à l'image d'un certain CARL issu de 2001: L'odyssée de l'espace dont l'auteur fait référence.

il était fasciné par ce qui se déroulait sous ses yeux

Le Poulpe n'a jamais aussi bien porté son prénom, Gabriel, que dans ce roman. Véritable protecteur, l'archange met tout en œuvre pour protéger Georgie. Depuis toujours il se sent concerné par la défense des plus démunis ; ceux qui sont rejetés et salis par la société. Et là, il a du boulot.
Antoine Chainas traite ses Omnimorphes comme des objets, du matériel dont on se sert et qu'on jette par la suite. La science-fiction sert l'auteur, à l'image du poète La Fontaine avec ses animaux, pour symboliser les maux de la société actuelle. Tout aficionado de l'auteur retrouvera sans conteste la griffe Chainas. Le seul léger bémol à mon goût est le manque d'investissement du Poulpe, son manque de présence ... mais à 70 ans, on ne va tout de même pas lui demander de se prendre encore une énième raclée.

dimanche 12 septembre 2010

Une année chez les français

Une année chez les Français est le nouveau roman de Fouad Laroui, écrivain, poète, critique littéraire et économiste marocain vivant actuellement à Amsterdam.

Présentation de l'éditeur :
1969 : les Américains débarquent sur la Lune et Mehdi atterrit au lycée Lyautey de Casablanca. L’instituteur, impressionné par l’intelligence et la boulimie de lecture de son jeune élève, lui a obtenu une bourse dans le prestigieux établissement français.
Avec cet humour corrosif qu’on lui connaît, Fouad Laroui raconte le choc culturel que représente pour le petit Marocain la découverte du mode de vie des Français : ces gens qui vivent dans le luxe, mangent des choses incomestibles, parlent sans pudeur et lui manifestent un intérêt qu’il ne comprend absolument pas.
Entre Le Petit Chose et Le Petit Nicolas, l’histoire émouvante et cocasse d’un enfant propulsé dans un univers aux antipodes de celui de sa famille.

Bien que le début du roman nous prévient qu'il s'agit d'"un ouvrage de fiction", on peut tout de même se poser la question si Une année chez les Français n'est pas truffé d'anecdotes autobiographiques. En effet, dans sa jeunesse, l'auteur a été lui même choisi pour intégrer le lycée Lyautey à Casablanca. D'autant plus que la disparition du père du jeune personnage, Mehdi, est identique à celle du père de Fouad Laroui (d'après un entretien qu'il a eu avec une journaliste de Le Monde).
Mais outre l'histoire du petit personnage, ce roman chante avec beaucoup de douceur et d'appétit les louanges de la langue française. Chaque mot résonne comme un coup de cuillère plantée avec  appétence dans un succulent gâteau au chocolat. Les prononcer donne l'impression de goûter du bout de la langue à cette pâtisserie qui affole vos papilles gustatives.

Lui, fou ? C'était plutôt le monde qui avait perdu la raison : tous ces fantômes, éperdus...

Depuis qu'il a appris à lire, Mehdi ne passe jamais plus de quelques minutes sans livre à portée de main. Impressionné par la soif de connaissance de son élève, l'instituteur du petit village de Beni Mellal fait des pieds et des mains pour que Mehdi bénéficie d'une bourse lui permettant d'intégrer le célèbre lycée français Lyautey à Casablanca.
Dès son arrivée dans le territoire francophone, Mehdi ne manque pas de surprendre les habitués des lieux par son mutisme d'abord, puis par sa capacité à apprendre et à retenir des citations et des poèmes. Sorte de bête curieuse aux yeux de tous, Mehdi se réfugie souvent dans ses pensées. Le lecteur peut ainsi suivre l'imagination fantasque de cet enfant terrorisé par un mode de vie tellement éloigné du sien.

Phrase énigmatique, merveilleuse, avec tous ces mots inconnus, ces noms, ce "pliée" insolite...

Mais Mehdi se fait petit à petit une place parmi les élèves et trouve même en Denis et ses parents une nouvelle famille avec qui partager les fêtes chrétiennes. Là encore son inculture religieuse fait sourire et de nombreux jeux de mots fusent et amusent le lecteur.
Fouad Laroui joue aussi bien avec son personnage qu'avec les mots. En portant à dérision certaines expressions, il montre à quel point la langue française est riche. L'auteur cuisine les mots et laisse s'évaporer les odeurs au parfum de fraicheur. Il nous apprend tout simplement à apprécier le goût des mots et à nous imprégner d'eux afin de savourer les diverses références littéraires citées tout au long du roman.

Ce monde où l'ange, c'était lui.

Sélectionné auprès de nombreux et prestigieux écrivains pour le prix Goncourt de 2010, Fouad Laroui redonne du goût à la langue française et nous offre un florilège de ses mots les plus appétissants. Il traite son récit avec beaucoup d'humour et de légèreté.
Une année chez les Français est une expérience très particulière dans le monde de la littérature et m'a offert l'une de mes plus belles lectures de l'année.

mercredi 8 septembre 2010

Le Touriste

Le Touriste est un roman d'Olen Steinhauer sorti chez Pocket début Juillet.

Présentation de l'éditeur :
Pas facile de prendre sa retraite quand on a été agent secret...
Milo Weaver est un ancien « touriste », agent très secret de la CIA recruté parmi l'élite de l'élite pour mener à bien des missions dans le monde entier. En solitaire.
À la suite d'une sombre histoire impliquant la mafia russe, Milo est rappelé aux États-Unis et occupe un poste de cadre au sein de l'Agence, menant enfin une vie normale avec sa femme et sa fille.
Son passé le rattrape pourtant et des révélations fracassantes font voler en éclats sa vie rangée. Contraint d'abandonner pour un temps sa famille, Milo replonge dans la clandestinité et redevient un « touriste ». Pour lui, le voyage ne sera pas de tout repos...

Le Touriste est un pur roman d'espionnage. L'auteur tente de rapprocher son personnage principal, Milo Weaver, du célèbre Jason Bourne de Robert Ludlum en lui attribuant tantôt le titre d'agent (très) secret, tantôt le rôle de cible de toutes les agences policières du monde. Mais malheureusement, son personnage se transforme assez vite en héros à l'américaine avec les clichés qui s'y associent.
Milo Weaver reste cependant un personnage intriguant au passé trouble. Entre le secret de son travail et sa famille à laquelle il tient plus que tout, Milo sait qu'il n'y a qu'un maigre fossé les séparant. Tout dérapage peut mettre sa femme et sa fille en danger, notamment lorsque Milo apprend qu'il est, lui même, la proie d'un touriste ...

Il faut reconnaître à Olen Steinhauer la richesse de ses idées. Le récit ne manque pas d'imagination et les pistes se multiplient, parfois trop d'ailleurs, pour offrir un intense suspense au lecteur. Mais son style littéraire calme vite cet élan d'excitation et parsème son texte de nombreuses longueurs et autres anecdotes bien souvent inutiles. De plus, une multitude de personnages font leur apparition et je regrette que l'auteur n'ait pas insisté sur certains d'entre eux. Olen Steinhauer ne laisse pas le temps à son lecteur d'apprécier ou de haïr ceux-ci. Dommage.

Le Touriste n'est pas un mauvais roman mais il est bien trop inégal pour satisfaire pleinement ma soif d'intrigue. Heureusement, l'auteur termine sur une bonne note en offrant un final fort. Le roman devrait tout de même pleinement combler les amoureux d'espionnage.

samedi 4 septembre 2010

Le Mensonge

Le Mensonge est un roman de l'américaine Hallie Ephron.

Présentation de l'éditeur :
Ivy mène une vie paisible avec son mari David. Après deux fausses-couches, elle attend de nouveau un enfant. À l’occasion d’un vide-grenier, le couple retrouve une camarade de classe, Melinda, également enceinte et qui semble bien connaître leur maison. Le lendemain, Melinda a disparu ; ses vêtements ensanglantés sont retrouvés dans une vieille malle devant chez eux, et son sac à main avec un couteau derrière l’entreprise de David. Il est aussitôt arrêté par la police. Ivy, sur le point d’accoucher, décide alors de mener sa propre enquête. Deux autres cadavres, des photos de David chez Melinda, et Melinda qui réapparaît... le mystère s’épaissit !

Notons que la quatrième de couverture offre un spoiler de taille qui m'a fortement gâché le plaisir d'être surpris. L'intrigue se retrouve par conséquent largement affaiblie par cette gourde de l'éditeur. Dommage, car malgré les nombreux clichés, ce thriller offre des personnages intéressants et assez attachants. Hallie Ephron tente par de nombreux moyens de créer une ambiance de thriller dit 'psychologique'. Pour ma part, j'ai trouvé sa tentative assez loupée, notamment par ses choix stylistiques.

Certaines scènes commencent pourtant assez bien et font monter doucement la pression pour mieux essayer de nous surprendre par la suite. Mais le style de l'auteur s'essouffle et le lecteur ne se laisse guère étonné par la suite des évènements. Hallie Ephron se laisse attendrir par ses personnages et leur offre toujours une porte de sortie trop facilement. Elle tombe également trop vite dans le piège de la romance qui gâche un peu l'atmosphère déjà fragilisé.

Dans l'ensemble, Le Mensonge est un assez bon roman qui n'est pas forcément destiné aux amateurs de thriller. Hallie Ephron a une douce écriture mais manque cruellement d'originalité.

lundi 30 août 2010

Seul à savoir

Seul à savoir est le nouveau roman de Patrick Bauwen, l'auteur des excellents L'œil de Caine et Monster.

Présentation de l'éditeur :
« Je sais ce qui est arrivé à Nathan.
Voulez-vous jouer avec moi ? Signé : Le Troyen. »
Un message mystérieux sur Facebook et le passé de Marion resurgit.
Meurtres, coups de théâtre, faux-semblants et, au bout d’un jeu de piste infernal, la plus incroyable des révélations : le secret de Nathan Chess, l’homme que Marion n’a jamais pu oublier…
Recherches médicales de pointe, argent sale, nouvelles technologies : une intrigue à couper le souffle où s’entrelacent amour et suspense, signé Patrick Bauwen, l’auteur de L’Œil de Caine et Monster.

Toujours à la pointe de l'actualité technologique, Patrick Bauwen nous promène une fois de plus dans son échiquier dans lequel les derniers gadgets à la mode vont permettre à l'héroïne, Marion, de rechercher son cher et tendre Nathan Chess disparu il y a une quinzaine d'années. Entre Facebook, l'iPod, l'iPad et bien d'autres anecdotes et outils de communications récents, le lecteur peut très facilement retrouver son propre environnement et se perdre avec Marion dans les méandres des faux semblants.
Face à un dangereux fou ou cavalier appelé le Troyen, Marion, d'abord prise pour un pion, va se révéler efficace et va finalement prendre la place de la reine ; celle qui peut jouer tous les coups et qui dirige la partie. Mais avant cela, elle va devoir jouer à un drôle de jeu ... "Sauvons des vies".

Bonjour. Voulez-vous être mon amie ?


Bien que je n'ai pas été totalement convaincu par le nouveau roman de Patrick Bauwen, il est incontestable que l'auteur maîtrise à la perfection les retournements de situation. Malgré quelques problèmes de narration, notamment lorsqu'il tente de s'adresser directement au lecteur, Patrick Bauwen est arrivé à me captiver et c'est déjà plutôt pas mal !
Comme à son habitude, l'auteur nous offre un page-turner énergique et astucieux. L'intrigue est de haut niveau et promet de conquérir le cœur de tous les amateurs de rebondissement en tout genre. Seul à savoir, sous ses aspects de "Coben like", met en garde contre les dépendances qui apparaissent suite à l'expansion des nouvelles technologies. Alors certes son personnage principal est peu crédible, puisqu'il réfléchit beaucoup mieux que le FBI par exemple, il n'enlève en rien l'efficacité et la puissance de la machination.

dimanche 29 août 2010

Retour à Rédemption

Retour à Rédemption est un roman de Patrick Graham, l'auteur de l'excellent L'Évangile selon Satan.

Présentation de l'éditeur :
Avocat d'affaires, Peter Shepard a tout pour être heureux : une grande maison sur les hauteurs de San Francisco, une femme amoureuse, deux petites filles irrésistibles. Pourtant, certains jours, ses angoisses sont si fortes qu'il est obligé d'aller s'asseoir sur un banc dans un parc. Toujours le même banc, toujours les mêmes angoisses. Ce que Shepard redoute, c'est le Big One, ce tremblement de terre dont tout le monde sait qu'il finira par engloutir la Californie. Et le pire advient. Mais ce n'est pas la terre qui a tremblé, c'est le passé qui a ouvert une brèche sous ses pieds, le plongeant en enfer et le forçant à se souvenir que, vingt ans plus tôt, six enfants s'étaient fait une promesse dans les cachots d'un centre de redressement. Un pacte qu'il a trahi.
Il est temps pour lui de retourner à Rédemption.

A mi chemin entre le sublime Sleepers de Levinson et l'excellent Stand by me de Rob Reiner, Retour à Rédemption n'a rien à envier à ces références puisque malgré une trame sensiblement identique, il ressort du nouveau roman de Patrick Graham une âme bien personnelle. Plus qu'un thriller, ce roman en devient un véritable conte dans lequel un groupe de jeunes gens, appelé Les enfants perdus, se lie d'une amitié sans comparaison afin de survivre dans le monde cruel des adultes.
C'est sur l'idée d'un pacte établi entre les membres du groupe qu'ils se rejoignent plusieurs années après dans le but de combattre les fantômes du passé. Commence alors un long voyage vers les souvenirs afin que chacun puisse enfin trouver son salut.

- On va à Rédemption. Les portes de l'enfer.

Ce sont des adultes instables et obsédés par un passé marqué au fer rouge que le lecteur suit la moitié du roman. Victimes du syndrome de Peter Pan, Peter, Wendy et les autres tentent de retrouver la trace de leur enfance volée en abandonnant leur vie actuelle finalement monotone et méprisée. L'auteur parait même déshumaniser certains des personnages adultes en les appelant par leur nom de famille.
Avec ce nouveau roman, Patrick Graham relate le terrifiant combat de l'innocence juvénile face à la perversion de l'adulte. Il en ressort une très grande humanité, sincère et troublante, puisque le récit décrit à merveille les diverses émotions des enfants, la peur comme la joie, et façonne ses personnages avec grand intérêt.
Retour à Rédemption est un excellent roman dénonçant à la fois le côté bestial et cruel de l'homme et son côté sensible et généreux. Le récit sonne comme un doux calvaire vers les cachots les plus sombres et les plus enfouis de nos mémoires. Un roman poignant à ne pas louper !

jeudi 26 août 2010

L'éternité n'est pas si longue


Fanny Chiarello est une jeune auteure française et n’en est pas à son premier coup d’essai. Après avoir effectué un détour vers la poésie et les nouvelles, elle revient cette année au roman avec un style bien emprunté au lyrisme.

Présentation de l'éditeur :
« Si l’on m’avait dit un jour que la variole viendrait décimer notre espèce, j’aurais certes frémi, mais j’aurais aussi imaginé tout ce qu’un tel événement pouvait apporter à nos sociétés malades, et je me serais trompée : la variole ne nous a pas changés. Il ne se passe rien – des gens meurent par centaines de milliers, mais mourir ce n’est pas quelque chose, au contraire : c’est encore plus de rien. Aucune fraternité, aucun miracle n’est à observer nulle part. Aucune révélation ne soulève jamais aucun de mes semblables et nous sombrons tous dans la médiocrité, dans l’indignité, sans avoir rien abdiqué de nos considérations ineptes, de nos susceptibilités ridicules ni de nos habitudes sans relief. Si je veux dormir dans un monde si décevant, je n’ai d’autre choix que de me raconter des histoires comme si j’étais mon propre enfant. »
L’éternité n’est pas si longue ne raconte pas la fin de l’espèce humaine mais celle d’un de ses plus originaux spécimens, Nora, une jeune femme à l’humour fulgurant et au fort penchant mélancolique. Elle qui, après avoir miraculeusement échappé à la mort, reprochait à ses proches amis de ne pas vivre comme s’ils allaient mourir un jour doit soudain réinventer son existence.

L’éternité n’est pas si longue est un récit à la première personne et la première idée qui nous vient donc à l’esprit est la présence d’un côté autobiographique. Nora est une trentenaire qui partage son temps entre son trio d’amis et sa petite amie Pauline. Mais lorsque celle-ci décide de rompre leur liaison, Nora sent que son petit monde à elle s’écroule. Par le biais de diverses manifestations décrites par l’auteure exposant un couple homosexuel posé, à l’aise et fondu dans le décor, celle-ci décide d’ancrer entièrement l’homosexualité dans les mœurs de la société (enfin !).

Fanny Chiarello allie un vocabulaire riche avec un style fluide usant souvent de longues phrases rythmées par de nombreuses et courtes pauses. Le lecteur peut facilement se retrouver dans le roman. L’auteure a une faculté assez troublante d’exposer ses pensées comme si elles nous appartenaient ; comme si le lecteur était à sa place ; comme si le lecteur y avait déjà pensé auparavant. L’humour est également au rendez-vous et le cynisme dont elle fait preuve cache en fait de véritables problématiques sur la vie et, bien sûr, sur la mort. Derrière les quelques instants de sarcasme et de raillerie se dissimulent les angoisses de la jeune Nora.

Avec son titre, l’auteure exprime la volonté d’user de pessimisme et nous offre même, le temps de quelques pages, la présence d’un personnage houellebecquien. En effet, le professeur Richard Walter est une sorte de philosophe de bas étage et dont l’état d’esprit semble proche de celui d’un gourou de secte. Cet homme va marquer le commencement, dans l’histoire, de la fin du monde. Mais il va également être le déclencheur des premières grosses tensions entre les deux jeunes femmes. Mais contrairement aux personnages principaux des romans de Houellebecq qui semblent œuvrer pour la fin du monde, Nora, elle, en a peur et s’isole de plus en plus. Alors que la variole surgit de nulle part et s’accroît de jour en jour, la relation entre Nora et Pauline s’affaiblit. A croire que la maladie qui a décidé de décimer la race humaine est la représentation du cœur brisé ou de l’espoir perdu pour la jeune femme.

Alors que les morts affluent, Nora se renferme un peu plus chaque jour dans son monde imaginaire et se protège à sa façon de la peur du virus et des désillusions amoureuses. Ses meilleurs amis ont beau être présents pour elle, elle se réfugie dans ses histoires qu’elle rédige dans un cahier. Ce journal intime finit par donner l’impression d’un ultime témoignage de ce qu’a été l’être humain. Et quelles sont justement les conclusions de l’auteure ? Elle paraît vouloir dire que l’Homme perd son temps à de nombreux moments, que les gens qui nous aiment sont toujours près de nous et qu’il faut savoir en profiter à chaque instant car ce qui paraît être une éternité a malheureusement toujours une fin. Carpe diem.

Sous son aspect romancier, le récit révèle de nombreuses références à la vie réelle. Et si la grippe H1N1 s’était elle aussi propagée de façon exponentielle ? Comment aurions-nous réagit face à un tel fléau ? En attendant qu’une telle menace arrive, ne manquez pas de lire L’éternité n’est pas si longue.

« Le jour où la variole a frappé, je savais que l’humanité serait trop orgueilleuse pour y survivre. »

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike.