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lundi 25 janvier 2010

La chambre mortuaire


La chambre mortuaire est le premier opus de la série La cour des miracles de Jean-Luc Bizien. Ce roman a été sélectionné pour le prix des Limbes Pourpres 2009.

Présentation de l'éditeur :
Étrange personnage que le docteur Simon Bloomberg ! Dans son hôtel particulier de la rue Mazarine à la façade presque aveugle, conçu comme une pyramide égyptienne, cet aliéniste au regard pénétrant et à la réputation sulfureuse traite ses patients selon des méthodes avant-gardistes qui font scandale. Lorsque la jeune Anglaise Sarah Englewood entre à son service, elle tombe immédiatement sous le charme de ce scientifique hors du commun, fascinée par le mystère qui l'entoure. Pourquoi ne voit-on jamais sa femme, une archéologue de renom dont les trouvailles encombrent chaque recoin de la maison ? Et pourquoi une des pièces est-elle interdite d'accès ? Tandis qu'une série de meurtres inexpliqués défraient la chronique parisienne, une relation trouble se noue entre l'intrépide Anglaise et l'ombrageux médecin…

Par le biais du site Polar Pourpres, j'ai encore fait une découverte intéressante avec cette Chambre mortuaire de Jean-Luc Bizien. Sélectionné pour le prix des Limbes Pourpres 2009, ce roman ne démérite pas sa place de nominé. En effet, l'auteur utilise un style d'écriture riche avec délice mais aussi avec beaucoup de malice. En plus d'user efficacement d'humour, il décrit, voire peint, avec justesse le Paris de la fin du 19e siècle et donne à son ouvrage un climat original et bien particulier.

A cet instant, il est le maître d'une cité aveugle, il règne sur un vide infini, au milieu des étoiles.

Bien que l'intrigue ne soit pas des plus étonnantes, elle reste efficace et ne devrait pas gêner les amateurs de polar puisque le roman regorge d'autres qualités. Outre l'écriture, le principal aspect positif de l'ouvrage est, à mon sens, l'atmosphère tellement particulière et sombre amenée par l'aliéniste et son entourage. D'ailleurs les personnages sont plutôt bien travaillés. L'énigmatique docteur Bloomberg est intriguant comparé à une Sarah courageuse mais bien moins atypique que les autres protagonistes qui cachent tous une petite part de folie. C'est sur ce dernier point que j'ai trouvé le principal défaut du roman. J'ai eu un mal fou à rentrer dans l'histoire par le biais de Sarah. Malgré cela le roman n'en reste pas moins un polar historique de qualité.


- C'est une histoire de fous et on va chez un aliéniste.

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mercredi 16 décembre 2009

Un pays à l'aube


Un pays à l'aube est un roman de Dennis Lehane, le talentueux auteur de romans policiers tels que : Shutter Island, Mystic River ou encore Gone, Baby, Gone. Ce roman est en lice pour le prix des Limbes Pourpres 2009.

Présentation de l'éditeur :
L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, et aussi les premiers mouvements de défense de la cause noire.
En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu'il n'oubliera jamais.
Au même moment, l'agent Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise et fils aîné d'un légendaire capitaine de la police de Boston, pratique la boxe avec talent. Il est également chargé d'une mission spéciale par son parrain, le retors lieutenant McKenna, qui l'infiltre dans les milieux syndicaux et anarchistes pour repérer les "fauteurs de troubles" puis les expulser du territoire américain.
A priori Luther et Danny n'ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l'année de tous les dangers. Tandis que Luther fuit son passé, Danny cherche désespérément le sens de sa vie présente, en rupture avec le clan familial. Dans une ville marquée par une série de traumatismes, une ville où gronde la révolte, la grève des forces de police va mettre le feu aux poudres...


Avec ce nouveau roman, Dennis Lehane projette son lecteur dans une Amérique d'après guerre (1914-1918) en pleine reconstruction économique et sociale. Le contexte politique y est particulièrement tendu. Les Etats-Unis baignent en plein capitalisme et le racisme est toujours d'actualité. La peur du communisme s'accroît et on assiste à une sorte de pré maccarthisme ou de pré chasse aux sorcières ("- Ils vont tous partir [...] jusqu'au dernier de ces pouilleux."). Mais le problème c'est que tout homme s'opposant à la classe dirigeante ou toute personne décidant de se syndiquer, voire même de faire grève, est considérée comme un bolchévique et doit en subir les conséquences. L'auteur décrit une Amérique restrictive plongée dans la peur et la paranoïa. Une Amérique en proie à la terreur, aux manipulations et aux pires vermines. Une Amérique tendue, prête à imploser à tout moment ("Ils étaient terrifiés. A cran. Et armés."). Mais il dresse aussi le portrait d'une nation remplie d'espoir et d'humanité. Avec ce pavé de 760 pages, Dennis Lehane nous livre une véritable fresque historique majestueuse par sa clarté, sa justesse, sa noirceur et sa capacité à nous tenir en haleine tout au long du récit. Il signe là un roman terrifiant traitant de thèmes malheureusement toujours d'actualité et qui soulèvent de multiples questions et débats tels que : faut-il passer par le chaos pour changer les choses ? Quels choix avons-nous face aux monstres puissants toujours plus avides d'argent et de pouvoir ?

- T'as jamais remarqué que quand ils ont besoin de nous ils parlent de "devoir", mais que quand on a besoin d'eux ils parlent de "budget" ?

En choisissant de raconter l'histoire de la ville de Boston au début du vingtième siècle, l'auteur s'intéresse à tous les sujets difficiles de l'époque au travers des yeux de trois personnages principaux tous différents mais dont la destinée va les rassembler. Danny est un policier et représente une sorte de héros pour son temps ("Combien de vies tu penses avoir, mon garçon ?"). Sympathique, courageux et honnête, il n'hésite pas à prendre la défense de n'importe quel homme quelque soit sa couleur de peau ou ses convictions politiques. Il est continuellement rongé par le doute et les remords, ce qui en fait malgré tout un homme sensible et parfois fragile. N'y aurait-il pas une part de vérité dans ce discours bolchévique ? Cette part de vérité, il va l'apprendre à ses dépens en étant lui-même un employé soumis aux pressions et aux faibles compensations de l'état. Luther Laurence est un homme noir victime de l'écrasante puissance raciste qui domine le pays. Il se retrouve embarqué malgré lui dans des combines désastreuses grâce auxquelles il rencontrera Danny et Babe Ruth, le plus grand joueur de base-ball de l'époque. Lehane en profite d'ailleurs pour nous conter une fabuleuse partie de base-ball rendue vivante par son écriture à la fois fluide et riche. De même, l'auteur décrit une épidémie foudroyante et raconte la mort avec justesse et simplicité. Deux passages qui m'ont particulièrement marqués.

- A ton avis, on est là pour maintenir la paix ou pour y mettre un terme ?


Lehane réalise un prodigieux et remarquable travail d'écriture dans lequel il mélange espoir et désespoir. Il dépeint une Amérique fragile et révoltée dont tous les maux semblent être causés par la guerre : "Car c'était la guerre qui avait empoisonné tant de jeunes gens en leur mettant en tête des idées d'autodétermination". L'auteur prouve une nouvelle fois qu'il est un écrivain talentueux en associant une intrigue policière à un roman riche en éléments historiques. Un brillant roman !

C'est ceux qui signent les chèques qui fixent les règles.



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lundi 20 avril 2009

Monster

Monster est le second roman de Patrick Bauwen, déjà auteur de l'excellent L'œil de Caine.

Présentation de l'éditeur :
Je m'appelle Paul Becker. Je suis médecin.
Je vis dans une petite ville, en Floride.

J'ai une femme, un fils, un boulot que j'aime.
Une existence ordinaire.
Jusqu'au jour où je découvre un téléphone portable.
Un patient l'a perdu pendant une consultation.
Un homme étrange. Dangereux.
Soudain, ce téléphone sonne.
Et ma vie bascule.
Complots. Meurtres. Disparitions.
Toutes mes certitudes vont s'effondrer.
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
C'est très simple...
Votre vie va basculer aussi.

Dès le début de l'aventure, l'auteur plonge son lecteur dans le roman et en fait un personnage à part entière ("tout va dépendre de vous"). Le personnage principal, Paul Becker, va nous confier ses joies, ses peurs et surtout ses secrets les plus enfouis. Avec ce pur thriller façon Harlan Coben (on pense surtout à Disparu à jamais mais aussi à Innocent du maître du suspense), on assiste à un véritable coup de maître qui vous prend dès le départ et qui ne vous lâchera plus.

Chacun invente ses petits trucs pour affronter les ténèbres, sinon c'est une part de vous-même qui meurt à chaque patient.

Patrick Bauwen utilise un style façon très "thriller à l'américaine". Ce qui n'est pas forcément péjoratif, et dans ce cas ça ne l'est pas. Il joue avec l'effet de surprise (voir par exemple dès le premier chapitre : "Eclair, nuit.") et donne une vision cinématographique de son histoire. De l'action, moult rebondissements, du stress, de la peur, d'incroyables révélations et une gamme complète d'émotions diverses. Chaque personne a un rôle bien défini et son lot de secrets avec. Paul Becker menait une belle vie ; un boulot qui rapporte, une femme et un fils qu'il aime, une nouvelle maison dans un quartier chic, des amis ... tout ce petit bonheur va malheureusement s'écrouler lorsqu'il décide de répondre sur un téléphone portable qui n'est pas le sien.

comment mon existence entière a pu basculer [...] parce que j'ai décroché le mauvais téléphone

C'est à partir de ce moment que Paul connaît une descente progressive en enfer. Des problèmes au boulot, des démêlés avec la justice, un homme le persécute, sa famille s'éloigne ... Plus on tourne les pages et plus la vie de notre héros semble peu à peu s'anéantir jusqu'à devenir un être sans vie, sans rien. Le docteur Becker a tout perdu et ne sait sur quoi se raccrocher ("Pas une seconde vous n'imaginez que ces petits moments sont le rempart qui vous protège du chaos."). Cette partie m'a rappelé L'analyste de John Katzenbach ; l'homme doit disparaître pour mieux réapparaître ("Le docteur Becker doit disparaître.") et tenter d'avancer dans l'ombre.

Quand j'ai fini par relever la tête, elle avait disparu.

Dans son roman, l'auteur se pose des questions sur le métier de médecin qui est à la fois excitant et affreux mais aussi, de manière plus générale, sur le monde qui ne semble plus tourner rond : "Fumer une cigarette est un pêcher mortel mais je peux commander des armes par la poste". Il affirme aussi que les vrais monstres ne sont pas les gens difformes mais bel et bien les détraqués sexuels et autres psychopathes ; on a d'ailleurs le droit à une référence à Michael Myers du film Halloween. Et d'autres références remplissent le roman comme on l'avait déjà remarqué dans L'œil de Caine ; de la musique au cinéma en passant par la littérature mais aussi par la télévision où il s'autorise quelques clins d'œil sur les émissions de télé-réalité ("J'adore ces émissions débiles.") et plus spécifiquement sur l'une d'entre elles ... mais ça je vous laisse le découvrir.

Un mal qui se rapproche de moi.

Pour résumer, le lecteur a affaire à un roman au style très américain où l'intrigue se déroule d'ailleurs en Floride. Le récit souffre peut-être d'un excès de rebondissements et de révélations tonitruantes mais au final il s'agit d'un véritable page-turner terriblement efficace dans la veine de son premier roman. Entre parenthèses, j'ai apprécié les sympathiques remarques sur le comportement français comparé à celui des américains. Un thriller choc donc à ne pas louper !

Vous êtes simplement un authentique, un véritable ... monstre.

Note : 17/20

dimanche 5 octobre 2008

L'anneau de Moebius

L'anneau de Moebius est le nouveau roman de Franck Thilliez. A savoir, August Ferdinand Möbius était un mathématicien et astronome théoricien allemand. Pour en savoir plus sur son célèbre ruban de Möbius, cliquez ici.

Présentation de l'éditeur :
Lamorlaye (Oise)
Vous rêvez. Vous vous voyez courir dans votre maison, les mains en sang. La police vous recherche pour le meurtre d’une gamine que vous ne connaissez pas.
Vous vous réveillez. Et vous comprenez que ces rêves sont votre futur. Vous, dans quelques jours…
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
Le corps mutilé d’une femme, enduit de vinaigre. Il semble avoir fait l’objet d’un rituel bien précis. Pour Victor Craise, jeune lieutenant de police tout juste sorti de l’école, la descente aux enfers commence.
Aucune relation entre ces deux histoires, a priori. Et pourtant…

Le nouvel ouvrage de Franck Thilliez est un subtil mélange de quelques uns des meilleurs films d'horreur, thriller et fantastique. En effet, les références sont nombreuses : Freaks (1932), Elephant Man de David Lynch, Destination finale, Dragon Rouge (ce n'est pas la première fois que Thomas Harris est cité dans un de ces romans), la série Lost, Halloween (pour la créature couverte d'un drap blanc), L'effet papillon ou encore Incassable (voir page 151). Mais l'objectif principal du roman n'est pas de vous faire peur ... il pose là l'éternelle question du voyage dans le temps. Accrochez vos ceintures, Thilliez vous embarque sur un anneau glissant dont il n'existe aucune sortie.

Le lieutenant Victor Marchal est un petit nouveau à la Crim'. Dès sa première enquête il va être confronté aux pires horreurs ... et c'est le cas de le dire car il s'agit bien de monstres, dans tous les sens du terme. L'auteur arrive parfaitement à décrire ce que le jeune policier voit et ressent, jusqu'à nous en dégoûter.

SK. Stephen King ou Stéphane Kismet ? Les deux créent des monstres. L'un les écrit, l'autre les fabrique pour le cinéma. Stéphane est confronté à d'étranges rêves où souvent il s'aperçoit dans de sinistres situations. Prémonitions ? Simples rêves ? Chaque objet, chaque situation a un sens dans un rêve. Mais quand certains évènements se réalisent , il devient de plus en plus difficile pour les rationalistes d'expliquer ou de relativiser les cauchemars de Stéphane.

Quand Franck flirte avec le fantastique, Thilliez rime avec chef d'œuvre. La force de l'auteur réside dans sa capacité à rythmer ces quelques 500 pages sans le moindre temps mort et dans la pertinence de ses propos. De plus, les personnages sont attachants et on se met très facilement à leur place. Que faire ? Que croire ? Mélange de rêve et de réalité ? Un voyage dans le temps vous attend, peut-être l'avez-vous déjà lu ?

Note : 19/20