mercredi 16 décembre 2009

Un pays à l'aube


Un pays à l'aube est un roman de Dennis Lehane, le talentueux auteur de romans policiers tels que : Shutter Island, Mystic River ou encore Gone, Baby, Gone. Ce roman est en lice pour le prix des Limbes Pourpres 2009.

Présentation de l'éditeur :
L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, et aussi les premiers mouvements de défense de la cause noire.
En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu'il n'oubliera jamais.
Au même moment, l'agent Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise et fils aîné d'un légendaire capitaine de la police de Boston, pratique la boxe avec talent. Il est également chargé d'une mission spéciale par son parrain, le retors lieutenant McKenna, qui l'infiltre dans les milieux syndicaux et anarchistes pour repérer les "fauteurs de troubles" puis les expulser du territoire américain.
A priori Luther et Danny n'ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l'année de tous les dangers. Tandis que Luther fuit son passé, Danny cherche désespérément le sens de sa vie présente, en rupture avec le clan familial. Dans une ville marquée par une série de traumatismes, une ville où gronde la révolte, la grève des forces de police va mettre le feu aux poudres...


Avec ce nouveau roman, Dennis Lehane projette son lecteur dans une Amérique d'après guerre (1914-1918) en pleine reconstruction économique et sociale. Le contexte politique y est particulièrement tendu. Les Etats-Unis baignent en plein capitalisme et le racisme est toujours d'actualité. La peur du communisme s'accroît et on assiste à une sorte de pré maccarthisme ou de pré chasse aux sorcières ("- Ils vont tous partir [...] jusqu'au dernier de ces pouilleux."). Mais le problème c'est que tout homme s'opposant à la classe dirigeante ou toute personne décidant de se syndiquer, voire même de faire grève, est considérée comme un bolchévique et doit en subir les conséquences. L'auteur décrit une Amérique restrictive plongée dans la peur et la paranoïa. Une Amérique en proie à la terreur, aux manipulations et aux pires vermines. Une Amérique tendue, prête à imploser à tout moment ("Ils étaient terrifiés. A cran. Et armés."). Mais il dresse aussi le portrait d'une nation remplie d'espoir et d'humanité. Avec ce pavé de 760 pages, Dennis Lehane nous livre une véritable fresque historique majestueuse par sa clarté, sa justesse, sa noirceur et sa capacité à nous tenir en haleine tout au long du récit. Il signe là un roman terrifiant traitant de thèmes malheureusement toujours d'actualité et qui soulèvent de multiples questions et débats tels que : faut-il passer par le chaos pour changer les choses ? Quels choix avons-nous face aux monstres puissants toujours plus avides d'argent et de pouvoir ?

- T'as jamais remarqué que quand ils ont besoin de nous ils parlent de "devoir", mais que quand on a besoin d'eux ils parlent de "budget" ?

En choisissant de raconter l'histoire de la ville de Boston au début du vingtième siècle, l'auteur s'intéresse à tous les sujets difficiles de l'époque au travers des yeux de trois personnages principaux tous différents mais dont la destinée va les rassembler. Danny est un policier et représente une sorte de héros pour son temps ("Combien de vies tu penses avoir, mon garçon ?"). Sympathique, courageux et honnête, il n'hésite pas à prendre la défense de n'importe quel homme quelque soit sa couleur de peau ou ses convictions politiques. Il est continuellement rongé par le doute et les remords, ce qui en fait malgré tout un homme sensible et parfois fragile. N'y aurait-il pas une part de vérité dans ce discours bolchévique ? Cette part de vérité, il va l'apprendre à ses dépens en étant lui-même un employé soumis aux pressions et aux faibles compensations de l'état. Luther Laurence est un homme noir victime de l'écrasante puissance raciste qui domine le pays. Il se retrouve embarqué malgré lui dans des combines désastreuses grâce auxquelles il rencontrera Danny et Babe Ruth, le plus grand joueur de base-ball de l'époque. Lehane en profite d'ailleurs pour nous conter une fabuleuse partie de base-ball rendue vivante par son écriture à la fois fluide et riche. De même, l'auteur décrit une épidémie foudroyante et raconte la mort avec justesse et simplicité. Deux passages qui m'ont particulièrement marqués.

- A ton avis, on est là pour maintenir la paix ou pour y mettre un terme ?


Lehane réalise un prodigieux et remarquable travail d'écriture dans lequel il mélange espoir et désespoir. Il dépeint une Amérique fragile et révoltée dont tous les maux semblent être causés par la guerre : "Car c'était la guerre qui avait empoisonné tant de jeunes gens en leur mettant en tête des idées d'autodétermination". L'auteur prouve une nouvelle fois qu'il est un écrivain talentueux en associant une intrigue policière à un roman riche en éléments historiques. Un brillant roman !

C'est ceux qui signent les chèques qui fixent les règles.



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2 commentaires:

Clement a dit…

Je ne doutais pas que toi aussi tu te laisserais envouter par le roman. C'est une lecture passionnante sur tous les plans.

MiKa ... a dit…

Passionnant en effet ! Incroyable ce roman, une véritable aventure !
:-)