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dimanche 5 octobre 2014

Rouge ou mort

Rouge ou mort est le nouveau roman de David Peace paru au mois d'août aux éditions Payot & Rivages.

Présentation de l'éditeur :
« Et les supporters du Spion Kop jettent leurs écharpes à Bill. Leurs écharpes rouges. Une pluie d’écharpes tombe sur Bill. En guise de remerciement. Toutes leurs écharpes. Leurs écharpes rouges. Et Bill ramasse leurs écharpes. Toutes leurs écharpes. Leurs écharpes rouges. Et Bill noue une écharpe autour de son cou. Une écharpe rouge. Et Bill brandit une autre écharpe. Une autre écharpe rouge. Entre ses poings. Une écharpe. Une écharpe rouge. Tenue bien haut. Entre ses bras levés,
En signe de remerciement. »
C’est dans un style incantatoire et hypnotique que David Peace raconte l’histoire du Liverpool Football Club lorsque Bill Shankly en prit la direction. Il prend, dans Rouge ou mort, une hauteur extraordinaire et signe le grand roman de l’année.

L'auteur du sublime 1974 revient pour notre plus grand plaisir avec son nouveau roman ; Rouge ou mort. Rouge comme la couleur du Liverpool Football Club. Mort comme l'ennemi qui ose affronter la plus grande de toutes les équipes de football, celle de Liverpool bien sûr. Le Liverpool de Bill Shankly plus précisément.
Après Brian Clough dans 44 jours, David Peace s'attaque à présent à Bill Shankly, un autre grand manager. Partisan d'un football dit 'socialiste', Bill Shankly ne cesse de répéter et motiver ses troupes en leur rappelant qu'ils jouent d'abord, non pas pour l'argent ou leur gloire, mais pour les supporters du Liverpool Football Club.

C'est un collectif. Chacun travaille pour tous les autres. C'est une forme de socialisme. De socialisme à l'état pur. Chacun faisant tout ce qu'il peut pour le reste

C'est au travers de nombreuses saisons footballistiques que l'on suit Bill et son équipe évoluer dans le championnat d'Angleterre. Sortie de la ligue 2 dès l'arrivée de Bill, l'équipe se voit gravir les échelons très rapidement. Les victoires s'enchainent et Liverpool redécouvre, grâce au sauveur Bill, le plus haut niveau du championnat, de la coupe d'Angleterre et de différentes coupes d'Europe.
David Peace use d'un style énergique qui donne l'impression de suivre les commentaires exaltés d'un spécialiste du football. L'auteur présente Bill comme un être extrêmement généreux et fort d'une intuition incomparable dans le domaine du football. Il sait quel joueur il veut à tel poste même s'il manque d'expérience, même s'il est au bord du gouffre. Il sait également utiliser une psychologie efficace pour motiver ses joueurs.

C'est avec grand plaisir donc qu'on retrouve David Peace au mieux de sa forme. Il nous fait suivre l'évolution de l'Angleterre à travers le monde du football et surtout à travers les yeux d'un des plus grands personnages anglo-saxons du football. En plus, l'auteur termine en beauté en nous offrant un final rappelant l'un des plus beaux poèmes de Paul Eluard.

samedi 19 mars 2011

44 jours

44 jours est un roman mi noir mi biopic de l'excellent écrivain anglais David Peace. A savoir que ce roman a été porté à l'écran par Tom Hooper en 2009.

Présentation de l'éditeur :
Le lendemain de Noël 1962, Brian Clough, buteur surdoué de l’équipe de Sunderland, se blesse. Ce sera la fin d’une carrière qui s’annonçait exceptionnelle.
Avide de revanche, il se reconvertit comme manager. Aidé de son inséparable ami Peter Taylor, il va conduire l’équipe de Derby à la victoire en championnat d’Angleterre.
Deux ans plus tard, Clough prend la direction de Leeds United, l’un des plus grands clubs européens. Fidèle à son style, il commence par jeter un pavé dans la mare : Leeds ne doit ses victoires qu’à la tricherie et aux manœuvres de son prédécesseur. Désormais, l’honnêteté et le beau jeu règneront sans partage. Mais c’est sans compter avec l’hostilité de l’équipe et des dirigeants : ce qui s’annonçait comme le couronnement de la carrière de Brian Clough vire au cauchemar...
Qu’on aime le foot ou pas, on lit d’une traite cette saga palpitante, riche en rebondissements, qui retrace l’ascension et la chute d'un homme hors du commun, tourmenté, complexe, parfois odieux, toujours sincère et attachant. Plus brillant et inspiré que jamais, David Peace nous convie à la rencontre explosive de l’épopée, de la tragédie et du mélo, à travers l’une des icônes les plus flamboyantes du football anglais, qui se révèle un formidable personnage romanesque.

44 jours a connu un immense succès en Grande-Bretagne.
Le réalisateur Tom Hooper en a tiré un film sortit fin novembre sur les écrans français. Écrit par Peter Morgan (le scénariste de The Queen), The Damned United est interprété par un quatuor d’acteurs remarquables : Michael Sheen dans le rôle principal et, à ses côtés, Timothy Spall (Secrets et mensonges), Jim Broadbent et Colm Meaney.

J'écris en tant que passionné de sport mais, contrairement à la majorité des français, le football ne m'intéresse que très peu. Alors pour me décider à commencer à lire 44 jours, il m'a fallu fixer le nom de l'auteur. David Peace est l'élément déclencheur de cette lecture. L'écrivain de 1974 m'avait déjà offert une première et violente baffe en son nom il y a quelques mois. Et là, lorsque les premières pages glissent entre mes doigts, je m'aperçois que David Peace est un auteur de génie. Un talentueux conteur hors pair qui a réussi à me transformer en hooligan littéraire prêt à frapper pour ne pas me décrocher du roman.
Cette biographie façon dramatique du célèbre joueur et entraîneur anglais Brian Clough contient deux discours à deux époques différentes qui s'entrechoquent et se comparent sans cesse. Totalement paranoïaque et persécuté par l'image de Don Revie, l'ex entraîneur de Derby, Brian Clough va devoir s'affirmer et se confronter aux joueurs et aux dirigeants pour tenter d'amener le club vers une nouvelle victoire en championnat et en coupe d'Europe.

Pas mon équipe. Jamais. Pas mes gars. Jamais. Pas cette équipe. Jamais...

44 jours n'est pas un roman sportif. Le noyau du récit est situé dans le milieu du football mais le style choisi par l'auteur s'apparente plus au roman noir. David Peace s'intéresse d'avantage au personnage très charismatique de Brian Clough plutôt qu'au monde crasseux du football qui sert finalement de décor.
On est pris dans l'histoire, on rêve de victoire et on vît la lente et douloureuse descente en enfer du manager. On peut reprocher au roman quelques longueurs, ou plutôt lenteurs, mais il est indéniable que l'auteur est un véritable technicien des mots. David Peace dribble son lecteur avec facilité et marque un prodigieux but dans notre cœur avec cette ovni littéraire.
A ne pas manquer !

jeudi 11 février 2010

1974

1974 est le premier opus de la tétralogie consacrée au Yorkshire de David Peace.

Présentation de l'éditeur :
Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier.
Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead. Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire, à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes. Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire : policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…

Plusieurs heures ont passé depuis que j'ai, avec beaucoup de tristesse, refermé cet ouvrage. Et depuis tout ce temps, mon engouement reste le même. Je peux donc affirmer avec certitude que je viens de me prendre une grosse claque littéraire !
Tout dans ce roman était fait pour me plaire : une intrigue digne des grands polars, une multitude de personnages charismatiques et un style coupé avec l'utilisation de phrases courtes parfois dépourvues de verbe et d'un vocabulaire assez cru qui permettent à l'auteur de décrire avec force la succession des évènements. J'ai ressenti les mêmes violents frissons que lorsque j'avais lu Nécropolis de Lieberman, j'ai ressenti la même haine et le même dégoût ambiant que lorsque je lis du Ken Bruen, et pourtant, j'ai eu l'impression d'assister à la naissance d'un genre nouveau.

Le serpent policier bondit aussitôt, avança, et une marée de matraques noires déferla sur les familles.

Avec son écriture forte et non conventionnelle, David Peace a une manière bien particulière de décrire et faire partager la terreur à laquelle assiste Edward, son personnage principal. Edward est journaliste et ne supporte plus de vivre dans l'ombre de son père et du grand Jack Whitehead. Il veut se faire une place parmi les meilleurs journalistes ... oui, mais à quel prix ? Entre les  "merde" et les "désolé", Edward accumule les bonnes et les mauvaises rencontres ainsi que les bonnes et les mauvaises actions. Ce personnage auquel on s'attache assez facilement n'a pourtant rien pour plaire puisqu'il agit bien trop souvent égoïstement. Mais c'est sur ce point que l'auteur tape fort puisque finalement Edward n'est nulle autre personne que nous même. Quelles décisions aurions-nous choisi ? Jusqu'où serions-nous allés pour connaître la vérité ? Edward est la partie courageuse, voire inconsciente, de la plupart d'entre nous.

J'eus envie de dormir mille ans, de me réveiller quand les gens comme eux auraient disparu, quand leur sale encre noire ne pourrait plus souiller mes doigts, mon sang.

Avec 1974, David Peace donne une profondeur peut-être jamais atteinte dans le roman noir. Il ressort de son texte une force stupéfiante qui ne nous laisse pas indemne lorsque la lecture du roman s'achève. Dans cette histoire, chacun voit midi à sa porte. Chaque personnage cache quelque chose et il s'agit bien souvent de linge sale. Un texte d'une noirceur incroyable et tellement réaliste. "Merde", c'était une sacrée bonne expérience  !