dimanche 9 août 2015

Dark Horse

Dark Horse est un roman de Craig Johnson paru le 21/05/2015 aux éditions Points.

Présentation de l'éditeur :
Comment Mary Barsad, si douce, a-t-elle pu abattre son mari de sang-froid ? Elle a tout avoué. Et les mobiles ne manquent pas : infidèle, magouilleur, il aurait peu avant sa mort enfermé les chevaux de course auxquels elle tenait tant dans sa grange, avant d’y mettre le feu. Mais le shérif Walt Longmire se méfie des évidences. À Absalom, Wyoming, il décide de mener sa propre enquête…

Il s'agit de ma première rencontre avec le shérif Walt Longmire et pour une première rencontre, on peut dire que ça déménage. Le shérif est un cow-boy des temps modernes. Craig Johnson redonne vie à ces héros que l'on admirait lorsque nous étions encore que des gosses. Flingue à la ceinture, il arpente les rues poussiéreuses à la recherche du coupable. Du bar miteux au ring de boxe, rien ne le fera reculer. Et le mieux dans tout cela, c'est que Walt Longmire est un gars totalement honnête et loyal qui donnerait sa vie pour la justice.

Le bureau du shérif reçoit une nouvelle détenue ; Mary Barsad. Accusée d'avoir tué son mari de plusieurs balles dans la tête, elle a avoué être l'auteur de ce crime. Mais Longmire flaire quelque chose de plus gros là-dessous. Il a des doutes et il est le genre de personne qui va jusqu'au bout pour vérifier que justice est bien rendue. Mais pas facile d'enquêter avec une détenue qui ne souhaite pas parler ... ou peu. Tant pis, le shérif se rend sous une couverture peu crédible sur les lieux du crime et fait la connaissance petit à petit de personnages singuliers, rustres et parfois attachants. L'enquête s'annonce très difficile et musclée.

Dark Horse est un pur délice pour tout amateur de bon polar. Il se lit bien et Craig Johnson a l'art et la manière de nous emporter dans son Amérique reculée où cohabitent des personnages en tout genre mais aussi des amérindiens.
Je me laisserai sûrement tenter par la série du même nom que le shérif ; Longmire, l'un d'entre vous l'a t-il déjà vu ?

dimanche 2 août 2015

Les vieilles peaux

Les vieilles peaux est un roman de Danièle Ohayon paru le 19 Juin aux éditions Lemieux.

Présentation de l'éditeur :
Premier opus d’une série intitulée « La Maison des Dames », ce polar d’idées aborde des sujets de société dérangeants comme le vieillissement et sa place dans la cité.
« Peu prisé des Parisiens qui partent en masse passer leurs week-ends à l’ouest de la capitale, le sud de l’Aisne, à une heure et quart de Paris, dévoile une beauté douce. C’est une modeste provinciale aux atouts discrets et sûrs, quels que soient les caprices du temps. Les chanceux qui l’ont découverte y restent attachés comme Thésée au fil d’Ariane. »
En quelques lignes, Danièle Ohayon campe son univers de fausse douceur, de lumière mouillée et de perversité. Autour de la Maison des Dames et du personnage central, la toubib humaniste Mars Catalano, se déploie une histoire vénéneuse où le théâtre des apparences perd délicieusement le lecteur. Des terres de l’Aisne à la banlieue parisienne sévit un serial-killer d’un nouveau genre : un tueur de personnes âgées. Où l’on voit aussi des activistes pro-seniors, les Indignés gris, un journaliste suspect, une fonctionnaire en burn-out, une étrange station de radio et même un médecin tchadien en exil.

Avec Les vieilles peaux, l'auteur rend hommage aux personnages âgées bien trop souvent oubliées par la société et gagatisées par de nombreux proches ou autres personnes s'en occupant. Danièle Ohayon insiste sur le fait que ces personnes catégorisées dans le troisième âge, lorsqu'elles ont encore toute leur tête, ont été comme nous ; des enfants d'abord, puis des adultes responsables avec une plus ou moins bonne situation. Dans ce roman, le regard du lecteur envers nos aînés change en même temps que l'enquête sur le tueur en série des personnes âgées avance.

Car Les vieilles peaux est avant tout un polar, et un plutôt bon polar d'ailleurs. Le suspense est au rendez-vous ! Mais en plus d'être un polar où sévit un meurtrier et dans lequel les rebondissements ne manquent pas, le roman de Danièle Ohayon pose des questions sincères sur la vieillesse et l'acceptation de la mort.

Les vieilles peaux nous embarque dans une histoire peu habituelle aux personnages attachants et chaleureux. Le roman nous secoue et, par le biais d'une belle plume, nous transporte dans le département de l'Aisne pour tenter de découvrir qui peut bien se cacher sous le masque mystérieux du seniors'killer. Un roman qui ne manque pas d'humour et de piquant !

mercredi 22 juillet 2015

L'Aurochs Rouge

L'Aurochs Rouge est un roman médiéval-fantastique de Tibéon.

Présentation du roman :
Depuis des générations, la Maison Gardenor protège les Marches Nord de la Claneterre des razzias des barbares Gueules, des sauvages qui se couvrent le visage de masques d’animaux pour paraître plus effrayants. Aussi, lorsque Aegorn Gardenor prend en chasse un groupe d’éclaireurs Gueules dans les Terres Sauvages, il ne s’attend pas à aller au-devant du chaos, malgré les avertissements des templiers.
Car dans la Gueulande, l’immense forêt où vivent les Gueules, un homme rassemble la plus terrible des hordes, poussé par une quête qui dépasse les Maisons. Et tandis que les querelles agitent la Claneterre, il s’apprête à y déverser son armée de masques.
Les templiers trouveront-ils les réponses avant qu’il ne soit trop tard ?

L'Aurochs Rouge est le premier tome de la série Chimeterre et c'est une très bonne entrée en matière. En effet, dès le début du roman on est pris dans ce nouvel univers qui mêle à merveille l'époque médiévale avec ses preux chevaliers et autres seigneurs, avec le genre fantastique d'où surgissent des créatures terrifiantes.

Le début est excellent et permet au lecteur de rentrer pleinement dans l'histoire. Certaines séquences de combat sont fortement empreintes de réalisme et on se surprend, déjà dès le début du roman, à ne pas souhaiter la mort de certains des personnages.
Le territoire est plutôt vaste et j'avoue avoir eu un peu peur de me perdre en chemin entre les différentes Maisons des seigneurs mais non, ce n'est pas arrivé. La fin m'a laissé sur ma faim et j'ai hâte de lire le second tome pour en savoir un peu plus sur le destin des personnages. Le sang risque encore de couler à flots dans le prochain roman.

Je ne suis pas habitué à lire ce genre de roman, non pas que je n'aime pas, mais je n'en ai eu que très rarement l'occasion. On sent bien par ce qui en ressort du texte que l'auteur est un habitué, voire un grand connaisseur du genre. Tout l'univers a été méticuleusement travaillé ; des personnages à la carte des territoires. Cette dernière se retrouve d'ailleurs sur l'une des premières pages permettant ainsi au lecteur de s'orienter plus facilement dans l'histoire, un peu comme l'avait fait Julien Bonin avec son excellent La vie d'Oru, héros désabusé. Mais ce que j'ai le plus particulièrement apprécié dans L'Aurochs Rouge c'est l'alliance d'une plume légère et d'un riche vocabulaire qui m'ont permis de dévorer le roman en deux jours. Une très belle expérience donc !


Pour découvrir les premiers chapitres de L'Aurochs Rouge.

samedi 18 juillet 2015

La drôle de vie de Zelda Zonk

La drôle de vie de Zelda Zonk est un roman de Laurence Peyrin paru en mai 2015 aux éditions Kero.

Présentation de l'éditeur :
Foutu mardi, foutue pluie… Sur cette route d’Irlande qu’Hanna a prise tant de fois pour aller à son atelier, c’est l’accident. À l’hôpital, la jeune femme se lie avec Zelda, sa voisine de chambre de 85 ans, positive et joyeuse, experte en broderie. Mais Hanna sent un mystère chez la vieille dame, qui esquive toute question précise sur son passé. Que peut-elle avoir à cacher, à son âge ? Bientôt, Hanna découvre que Zelda Zonk était le nom d’emprunt de Marilyn Monroe quand elle voulait passer inaperçue. Hanna sait bien que c’est absurde, Marilyn est morte il y a presque cinquante ans, et pourtant…
Tout en menant l’enquête, Hanna commence à réfléchir au sens de sa propre vie. Est-elle vraiment épanouie dans ce hameau perdu, dans ce mariage routinier ? Si vraiment Zelda est Marylin, si elle a réussi à passer de la lumière à l’anonymat, pourquoi elle-même ne pourrait-elle pas changer de vie ?

La drôle de vie de Zelda Zonk est une fraîche comédie qui traite du sujet de la mort suspecte de Marylin Monroe. On y fait la connaissance de personnages sympathiques qu'on apprend à aimer ou à détester au fil des pages. Mais surtout, les personnages d'Hanna et de Zelda sont passionnants. Tandis que l'une reste très mystérieuse sur son passé, l'autre se métamorphose totalement bousculant ainsi sa vie et ses proches.

En effet, Hanna se passionne d'abord pour cette drôle de dame rencontrée dans une chambre d'hôpital. Bien que sa nouvelle voisine de chambre soit âgée, Hanna commence à apprécier de plus en plus les discutions qu'elles entretiennent toutes les deux. Il faut dire que Zelda a de la répartie et qu'elle semble plutôt douée pour décrypter les méandres de la vie de la jeune femme. Elle trouve toujours les mots justes, ceux qui vont droit au cœur, et elle est constamment de bons conseils ... ce qui intrigue Hanna qui aimerait en connaître beaucoup plus sur la vie passée de celle qui porte le même prénom que Madame Fitzegarld.

Hanna vit avec Jeff, un écrivain en manque d'inspiration. Mais elle vit également avec Patti, sa nièce qu'elle garde lorsque sa mère travaille. Gail, la mère, étant hôtesse de l'air, Hanna est donc très proche de Patti la considérant presque comme sa fille. Hanna a une vie paisible et fait un métier qu'elle aime mais sa vie manque de piment et sa rencontre avec Zelda Zonk va lui faire prendre conscience de ce vide.

Les éléments de l'enquête sur Marylin Monroe sont fascinants mais heureusement l'intrigue principale ne tourne pas autour de ce mystère. Le roman est vraiment centré sur la jeune femme, les choix importants dans sa vie et leurs impacts sur les autres personnages. Laurence Peyrin arrive à captiver son lecteur avec son humour et avec toutes les émotions qu'elle arrive à dégager par ses personnages. La drôle de vie de Zelda Zonk est un roman qui fait du bien, qui vous redonne le sourire à coup sûr !

mardi 30 juin 2015

Soleil en instance

Soleil en instance est le premier roman traduit en français du syrien Hanna Mina. La traduction a été réalisée par l'excellent Abdellatif Laâbi.

Présentation de l'auteur par Wikipédia : 
"Hanna Mineh, ou Hanna Mina (arabe حنا مينة), est un romancier syrien, né à Lattaquié en 16 avril 1924. Il a participé à la fondation de l'Association des écrivains syriens et l'Union des écrivains arabes. Il est considéré comme l'un des meilleurs romanciers arabes. Ses romans se caractérisent par le Réalisme."

Soleil en instance a été traduit et édité par Unesco / Silex Editions en 1986. Ce roman n'est pas facile à trouver de nos jours et j'ai eu la chance de rencontrer un ami qui l'avait et qui me l'a fait découvrir.

Soleil en instance, c'est l'histoire d'un jeune syrien dans les années 40 alors que la Syrie est sous mandat français. Le jeune homme est issu d'une famille aisée dont la fille doit épouser le "chef de cabinet". Autant vous dire que le père est aux anges. Mais lui, non. Il ne l'aime pas, il n'aime pas son arrogance et sa façon, comme tous les autres 'bourgeois', de martyriser les fellah.

Assez vite on comprend qu'il y a une fracture qui s'agrandit de plus en plus entre le père et le fils. Tout démarre avec des cours de musique que le jeune homme fuit pour retrouver le tailleur, un homme des bas quartiers, qui ne lui apprendra pas la musique, en insistant bien sur le fait qu'il est vraiment mauvais, mais qui lui apprendra la danse du poignard. Une danse peu appréciée de la haute société mais adorée par le peuple qui jubile devant l'une des prestations du jeune homme. Il faut dire que celui-ci vit pleinement cette danse, jusqu'à avoir une hallucination pendant celle-ci.

Le roman prend des allures de lutte des classes entre le père qui est attaché à la colonisation française et le fils qui souhaite croquer sa vie à pleine dent en fréquentant des personnes d'un autre rang social. Il rêve de liberté et d'amour, ce que son père ne conçoit pas.
La dualité entre le père et le fils sert principalement d'exemple pour montrer la pression incessante qui règne dans les rues syriennes. On sent que la Syrie n'est pas loin d'exploser et de réclamer son indépendance.

Le style utilisé est fabuleux, il donne l'impression de suivre une longue chanson empreinte de poésie. Hanna Mina nous transporte avec grâce dans sa Syrie des années 40 en mêlant douceur et dureté. Et en prime il nous offre un final extrêmement fort ...

samedi 27 juin 2015

Le voile des apparences

Le voile des apparences est un thriller fantastique de Natacha Calestrémé paru aux éditions Albin Michel ce mois-ci.

Présentation de l'éditeur :
Après une série d’événements tragiques, Yoann Clivel, flic brillant de la police judiciaire, se rend dans un hôpital psychiatrique. Il y fait la connaissance d’un jeune homme atteint d’autisme qui communique avec les morts. L’un de ses « fantômes » est une femme qui prétend avoir été assassinée. Supercherie ? Délire d’un malade mental ? Ou piste à prendre au sérieux ?
Happé par les méandres de cette affaire, Clivel se retrouve face à une autre énigme : l’assassinat de son propre père lorsqu’il était enfant…
À la frontière du paranormal et du thriller, Le voile des apparences confirme l’univers singulier et très documenté de l’auteur du Testament des abeilles.

Ce type de roman policier change un peu de ce que j'ai l'habitude de lire. Le voile des apparences fait un peu plus que flirter, à mon goût, avec le fantastique mais cela reste aux croyances de chacun sur la mort et ce qu'il s'y passe ensuite. Outre cet aspect fantastique présent, le roman vous entraîne bel et bien dans une nouvelle intrigue policière des plus excitantes.

Le personnage de Yoann Clivel est excellent. Il est vraiment attachant et on le suit avec plaisir dans cette enquête hors du commun. En effet, Yoann s'est trouvé un peu par hasard sur une nouvelle affaire qui a tout du crime parfait. Mais c'est sans compter sur les écrits de la défunte qui se sert d'un autiste pour mettre sur papier des bribes parfois incohérentes de sa vie passée et quelques indices dans le but de résoudre son assassinat.

Dans sa vie personnelle, tout ne va pas pour le mieux pour Yoann. Pour sauver son couple et se sauver lui-même, il doit affronter les démons de son passé et trouver le courage de découvrir la vérité quant au meurtre de son père alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années au moment des faits. Enquête qui s'avère difficile, notamment sur le plan des émotions puisqu'il lui faut fouiller le passé de son père. Un passé peu glorieux, vous l'aurez compris ...

Le voile des apparences se lit plutôt bien. Sa force se situe dans son intrigue solide et son personnage principal aux allures de justicier. Le côté paranormal peut en dérouter plus d'un mais l'auteur tente tant bien que mal de semer le doute dans l'esprit de son lecteur.
L'auteur en profite également pour dénoncer certaines prises en charge surmédicalisées des personnes atteintes d'autisme et à quel point ce trouble peut être sous-considéré. Une belle introduction qui permet, à qui le souhaite, de s'intéresser au sujet.

lundi 22 juin 2015

Présages

Présages est le dernier roman traduit en date de l'excellent auteur islandais Stefan Mani.

Présentation de l'éditeur :
Après avoir survécu à un naufrage où Pétur, le capitaine du bateau, a péri, le jeune Hrafn échappe, presque par miracle, à l'avalanche qui dévaste Súdavík, son village des fjords de l'Ouest, et décime l'ensemble de sa famille. Désormais seul au monde, il s'engage dans une relation complexe et tumultueuse avec María, la fille déjantée du défunt captaine. Immature et influençable, María le quitte bientôt pour Símon, un dealer notoire ultra-violent dont Hrafn est certain qu'il la terrifie afin de la maintenir sous son emprise. Quelques années plus tard, Hrafn vit avec une autre femme. Devenu policier, il cultive toujours sa vieille obsession de coincer Símon pour arracher María à ses griffes...

Après le très sombre Noir Océan et le violent Noir Karma, Série Noire nous offre la traduction d'un autre de ses romans ; Présages. Sans surprise, l'intrigue se déroule en Islande, pays réputé froid pour son climat mais également pour certains de ses habitants au caractère froid et l'auteur le confirme en citant à plusieurs reprises le terme Anaesthesia.
Pour certains, Hrafn est un jeune homme qui a été touché par la main de Dieu puisqu'il a échappé à plusieurs reprises à la mort. Lui se considère comme malchanceux puisqu'il a perdu au fur et à mesure tous ceux qu'il aimait. La première de ses pertes est le capitaine du navire sur lequel il travaillait avec son père. Ce décès accidentel aurait pu être évité par Hrafn. Depuis, ce nouvel anti-héros accumule les déceptions, les embrouilles et semble avoir été touché par la malchance, comme si la mort stagnait autour de lui sans jamais vouloir le toucher lui.

Hrafn est amoureux de Maria, la fille du capitaine décédé. Mais Maria ne se remettra jamais de la mort de son père et sombre dans une lente dépression qui la mènera dans les bras de Simon, un dealer qui ne cesse de monter en puissance. Puis Hrafn devient flic dans la capitale et s'éprend d'une autre femme. Mais jamais il n'oubliera Maria car il se sent responsable de son état. Alors lorsqu'une enquête le traîne sur les traces de Simon, Hrafn va se donner corps et âme pour l'arrêter ... et surtout pour sauver Maria.

L'amour que porte Hrafn à Maria est très ambiguë. Est-ce un véritable amour ou plutôt une sorte d'amour de protection comme peut avoir un grand frère pour sa petite sœur ? Dans tous les cas, Hrafn est comme obsédé par le fait de protéger Maria mais le destin paraît toujours plus fort.
Avec sa fin absolument sublime et logique, Présages résonne comme une tragédie shakespearienne, une sorte de mélange de Macbeth et de Roméo et Juliette. Stefan Mani continue de surprendre pour notre plus grand bonheur, vivement la traduction de ses autres romans !