dimanche 30 octobre 2011

L'Apothicaire

L'Apothicaire est le nouveau roman d'Henri Lœvenbruck, nommé cette année Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.

Présentation de l'éditeur :
"Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..." Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L'Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l'âme humaine.

C'est dans un décor moyenâgeux que nous transporte Henri Lœvenbruck. Et c'est avec un personnage charismatique et hors du commun que nous, lecteurs toujours insatiables d'originalité, allons vivre une aventure peu ordinaire.
Le récit se divise, au départ, en deux parties distinctes nous présentant l'énigmatique apothicaire, Andreas Saint-Loup, son nouvel apprenti et la jeune Aalis au grand cœur. Bien évidemment, ces principaux personnages vont voir leur route se croiser et les ennemis se multiplier.

C'est à toi de faire de ta vie un agréable chemin.

Tout au long de l'histoire, l'auteur prend la parole pour nous aider à suivre au mieux la destinée de chacun des protagonistes et pour décrire le plus réellement possible l'atmosphère de l'époque et son paysage.
Tout est excellemment mis en place. On s'y croirait. De sa belle plume, l'auteur met en place une histoire aux allures gigantesques. Le côté aventure ne manque pas, les émotions sont diverses, on passe facilement du rire aux larmes, et l'intrigue regorge de bonnes idées. Entre fantastique et réalisme, l'apothicaire va devoir réaliser son propre chemin de croix pour surmonter les frontières du paranormal et résoudre tous les mystères qui l'entourent.

Ce n'est pas de mourir qui me fait peur, mon garçon, c'est de cesser de vivre.

Une épopée enrichissante pourvue d'une narration sublime, L'Apothicaire est le résultat d'un travail spectaculaire de la part de l'auteur. Plus qu'aux personnages, c'est à l'ensemble d'une époque à laquelle Henri Lœvenbruck redonne vie. L'Apothicaire est un sacré coup de cœur.

lundi 24 octobre 2011

La flémingyte aiguë

La flémingyte aiguë est le premier roman de Léa Arthemise édité aux éditions Kyklos.

Présentation de l'éditeur :
La flémingyte aiguë se caractérise par une inflammation des synapses sur un sujet végétatif, et/ou un régime totalitaire copiant et accroissant les failles d’un système de société proche de l’implosion.
C’est ce que pense Léonie Garzon.
Peut-être qu’elle regarde trop la télé.
Peut-être que les trains la font dérailler au point de rêver d'une autre réalité, contrôlée par un proctologue de garde qui tremperait dans des histoires pas nettes, où les stéréotypes se feraient descendre en pleine rue devant des policiers désabusés, où le Mexique serait la porte à côté.

Nouvelle pépite des éditions Kyklos, La flémingyte aiguë est un roman hors du commun, totalement déjanté et hilarant à de nombreux moments. Sorte de rêve animé, le récit se voit pourvu de personnages totalement originaux voire même parfois loufoques dotés de noms rappelant bien souvent des références connues.
Donner un sens à l'histoire serait comme tenter de vous expliquer l'un de mes rêves les plus étranges et excentriques.  Des rebondissements à gogo, toujours plus fous les uns que les autres, des situations insolites et inexplicables ... voici un léger résumé de ce texte proposé sur fond de polar.

C'était pour couvrir les bruits. Et pour meubler le silence.

Court roman mais fort en surprise, La flémingyte aiguë étonne quand on sait qu'il s'agit du premier roman de l'auteure. Pourvu d'une narration atypique et intéressante, le roman se laisse découvrir page après page, offrant un moment de lecture délicieux chargé d'humour et de tendresse.
La flémingyte aiguë c'est un peu comme un rêve que l'on peut faire après avoir visionner de nombreux films policiers et comédies pendant toute une journée. C'est une interprétation inconsciente d'un mélange de références décrite par une plume légère et un style tout à fait approprié.

Fantastique île de Pâques

Fantastique île de Pâques est un récit autobiographique de Francis Mazière lors de son incroyable voyage vers l'île des Moais.

Quoi de plus naturel pour moi que de vous présenter ce petit ouvrage après mon escapade de trois semaines en Amérique du Sud qui s'est terminée par la visite de la fabuleuse et énigmatique île de Pâques.
Francis Mazière nous conte là l'un de ses merveilleux voyages au but archéologique. Aidé par les pascuans  maltraités par un gouverneur chilien et ses sbires, il va vivre l'une de ses plus belles aventures ; humainement mais également d'un point de vue historique.

Par le biais de divers croquis, le lecteur suit avec beaucoup d'intérêt les histoires de ce courageux explorateur. On en apprend beaucoup sur la vie sur l'île, sur les légendes qui hantent ce lieu mythique et surtout sur ces prodigieuses statues qui semblent nous regarder, nous surveiller ou nous protéger peut-être.

Francis Mazière tente en un peu plus de 200 pages de faire le tour des mystères qui entourent l'île et donne toutes les explications possibles, aussi bien censées qu’extravagantes. Au programme, "la légende des sept explorateurs", "le rite magique de l'homme-oiseau", "l'arrivée du roi Hotu-Matua", le déplacement des "géants de pierre" et autres énigmes encore.

Petit ouvrage presqu'indispensable pour découvrir l'âme de l'île de Pâques, il ne faut pas oublier tout de même que l'ouvrage date des années 60 et que beaucoup d'évolutions ont eu lieu depuis.

lundi 26 septembre 2011

Zone Est

Zone Est est un roman d'anticipation de Marin Ledun.

Présentation de l'éditeur :
Thomas Zigler vit en Zone Est. Un immense territoire dans la région autrefois appelée Rhône-Alpes, coupé du reste du monde par de hauts murs. Personne ne sait ce qu'il s'y passe. Thomas a à peine connu le monde d'avant la catastrophe. Un banal accident de labo qui a viré au cauchemar. La population a été touchée par un virus et les survivants sont tous aveugles et bardés d'organes artificiels. Thomas n'y a pas échappé non plus. Dans la Zone Est, il est payé pour voler la mémoire des gens aux profits de criminels intouchables. Mais lors d'une mission, il voit dans les souvenirs de sa victime une jeune femme « normale ». Or plus personne depuis 20 ans n'a vu d'humain biologique dans la Zone Est...

Du roman noir à l'anticipation, Zone Est est un virage peu surprenant dans la carrière de l'auteur quand on le connait un tant soit peu, ne serait-ce que sur le web. Grand admirateur, dans mon souvenir, de l'univers cyberpunk et spécialiste des technologies de l'information, ce changement de style était à prévoir. Et un auteur qui s'éclate dans un genre qui lui est cher, cela donne forcément un récit fort et intense.

Virage de genre peut-être mais finalement le style reste très proche des précédents textes de l'auteur. Zone Est, au delà du regard que l'on peut porter sur l'aspect premier du roman, est une représentation très juste et critique de notre société actuelle. Roman social dans un futur proche, Zone Est regorge de symboles historiques, psychologiques et également cinématographiques. Le mur a de multiples représentations et peut évoquer de nombreuses significations.

Le Mur est à moins de cinq kilomètres de notre position, brisant tout espoir de liberté et de rédemption.

Malgré une intrigue qui manque légèrement de piment, Zone Est a un rôle tout autre que le simple divertissement. Il représente un message d'espoir, un avertissement sur les problèmes d'environnement et sur l'avancée technologique mal contrôlée. En prime, Zone Est est parfaitement bien écrit et séduit tout type de lecteur par sa fluidité et son vocabulaire riche. Une bonne expérience futuriste !

dimanche 25 septembre 2011

Désolations

Désolations est le second roman de David Vann, déjà auteur du superbe et célèbre Sukkwan Island.

Présentation de l'éditeur :
Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.
Après Sukkwan Island, couronné par le Prix Médicis 2010, le second roman de David Vann est une œuvre magistrale sur l’amour et la solitude. Désolations confirme le talent infini de son auteur à explorer les faiblesses et les vérités de l’âme humaine. 


David Vann revient et on l'attendait impatiemment. Impatient de savoir comment l'auteur, devenu une véritable célébrité et référence littéraire le coup d'un roman, pouvait nous surprendre cette fois-ci. La quatrième de couverture annonce encore la présence d'une île inaccessible et les problèmes familiaux qui en découlent ou bien l'inverse. Alors l'auteur nous fait-il un remake de son premier best-seller ou arrive t-il à s'en sortir et à nous bluffer une nouvelle fois ?

Elle s'y laissa couler, ferma les yeux et se surprit à pleurer prudemment, sans un bruit, la bouche sous l'eau.

Désolations, ce sont des personnages qui se fondent dans le décor, ou bien est-ce plutôt l'inverse. Le décor est désormais devenu le personnage récurrent des romans de David Vann. Il est l'annonciateur du désordre moral dans le cercle (dés)uni des différents protagonistes. C'est à nouveau des problèmes familiaux qui sont au centre de l'intrigue mais, cette fois-ci, nous sommes bel et bien sur la terre ferme. Une terre féroce et glacée qui est à la fois le paysage rêvé de tous et l'un des pièges les plus cruels de la nature.

Était-ce trop demander ? D'être une famille pendant une heure, à peine ?

Des liens familiaux, des relations de couple, parfois ambiguës, quoique, bien trop souvent ambiguës. David Vann élargit son approche des relations humaines. Il oublie le temps d'un instant le huis clos pour enrichir les rapports entre les personnages. Les doutes se multiplient pour développer au fur et à mesure une atmosphère de plus en plus électrique et stressante. La folie gagne peu à peu ces personnages qui semblent vivre dans leur propre huis clos fermé de l'extérieur du monde.

Un lieu d'insouciance, un jour dont elle avait rêvé tout sa vie, le commencement, enfin.

De la même manière qu'un Lady Vengeance, l'auteur prend le temps de raconter une histoire, celle d'une famille et de la vie de couple de chacun d'entre eux, tout en amenant avec beaucoup d'intelligence vers une fin que l'on sait dès le départ catastrophique. Nouveau coup d'essai de David Vann et nouveau best seller en devenir. J'ai été notamment touché par la manière qu'a l'auteur de traiter les rapports entre les personnages. Malgré une fin attendue, comme s'il n'existait aucun échappatoire, celle-ci ne manque pas de piment ... et de tranchant.

samedi 10 septembre 2011

Ennemis

Ennemis est le premier tome d'une série catastrophe et horrifique de Charlie Higson (également connu sous le nom de Charles Higson).

Présentation de l'éditeur :
Vous pensiez que vos parents seraient toujours là pour vous protéger ? Vous aviez tort...
A Londres, une étrange maladie a transformé les adultes en morts-vivants. Plus aucun endroit n'est sûr dans la ville pour les enfants. Des clans se forment comme celui du supermarché Waitrose mené par Arran. Un jour, quelqu'un vient les avertir de l'existence d'un autre abri à Buckingham Palace. C'est l'épreuve de la dernière chance. Les enfants traversent tout Londres pour fuir le danger.

Des enfants qui grandissent trop vite. Des enfants qui se posent des questions bien trop rapidement. Des enfants qui flirtent avec la mort et se battent pour survivre. Ennemis c'est un peu Les Goonies version slasher ou encore Le Village des damnés inversé.
De la même manière que Danny Boyle, Higson fait de Londres son terrain de jeu post-apocalyptique. Les zombies (ici nommés les croulants) trainent un peu partout, et surtout là où on ne les attend pas.

L'auteur met un point d'honneur à traiter l'évolution des relations entre les enfants. Et il met également l'accent sur l'évolution de leur vie commune, la création d'une nouvelle société avec les différentes alliances qui se contredisent. Ennemis est rempli d'éléments qui ne sont pas sans rappeler le chef d’œuvre de William Golding ; Sa majesté des mouches.

Roman pour adolescent à la base, certaines séquences sont tout de même assez dures et peuvent être aisément appréciées par un adulte. Deux trames principales se rejoignent ; l'une s'occupe du petit Sam perdu et errant dans la ville tandis que l'autre décrit le périple d'un groupe de gamins tentant de rejoindre un lieu qui promet d'être plus sûr.

Un texte riche en surprise ! Good job Charlie !

mercredi 31 août 2011

Le chuchoteur

Le chuchoteur est le premier roman de Donato Carrisi qui a déjà gagné de nombreux prix littéraires avec celui-ci. Le roman est sélectionné pour le prix littéraire des lecteurs du livre de poche 2011, catégorie polar.

Présentation de l'éditeur :
Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Dans le huis clos d’un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.
Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure…

Les chuchoteurs sont ces êtres mystérieux tapis dans l'ombre qui vous murmurent au creux de l'oreille des phrases tantôt insensées tantôt très sérieuses mais qui finissent toujours par orienter vos choix... jusqu'à commettre des meurtres. Le chuchoteur a des relents de Se7en, le célèbre film de David Fincher, avec son tueur en série obstiné par l'accomplissement d'une œuvre magistrale, hors du commun.

Certains psychiatres vous appellent "chuchoteurs", pour votre capacité à agir sur la personnalité des plus faibles.

L'intrigue sonne comme du déjà vu mais le récit est véritablement passionnant. Encore une histoire de tueur en série, oui mais la forme est terriblement efficace. Je n'ai pas lâché le roman après l'avoir commencé. J'ai vécu l'histoire avec les enquêteurs en me laissant berner à chaque rebondissement. Le déroulement de l'histoire est intelligente et, complété par une bonne narration, vous prend aux tripes et fait de ce petit paquet de pages un véritable 'page-turner'. Jolie surprise donc en ce qui me concerne !