mercredi 14 janvier 2009

Le couperet

Le Couperet est un roman de Donald Westlake, écrivain américain décédé le 31 décembre 2008. A savoir que le roman a été adapté au cinéma par le réalisateur espagnol Costa-Gavras.

Présentation de l'éditeur :
Après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, Burke Devore, cadre supérieur dans une usine de papier, est licencié simplement parce que son entreprise a décidé de procéder à des restructurations. Après deux ans de galère à chercher vainement du boulot par la voie légale, révolté par l’injustice dont il s’estime victime, Devore passe aux grands moyens en reprenant à son compte l’axiome du libéralisme sauvage au nom duquel il a été licencié : “La fin justifie les moyens”. Calmement, avec application, et sans haine, il va éliminer tous ses rivaux potentiels dans la course à l’embauche.

Sur le forum du site Polars Pourpres, certains membres ont débattu sur le choix d'écrire un roman à la première ou à la troisième personne du singulier. De mon côté je n'ai pas de préférence mais tout dépend du roman. Le couperet n'aurait pas été aussi bon, à mon avis, si l'auteur avait finalement décidé de ne pas nous mettre dans la peau - et les pensées - du personnage principal ; Burke Devore. Sur un sujet terriblement d'actualité, Westlake a choisi de nous mêler à son histoire ; une personne menant une vie tout à fait banale - boulot, famille ... - se retrouve au chômage pour des raisons peu claires mais courantes. Compression du personnel suite à une fusion et exportation de l'usine dans un autre pays.

Ne partez pas fâché ; partez, c'est tout.

Après vingt cinq années de bons et loyaux services à l'usine de papier qui l'employait, Burke est devenu un homme très qualifié dans son domaine. Peut-être trop qualifié pour pouvoir trouver le même poste dans un domaine légèrement différent. Les mois de chômage deviennent des années de galère et la famille tout entière le ressent. Restrictions sur les plaisirs quotidiens, deux mi temps pour sa femme, problèmes de couple, un fils qui tourne mal ... La goutte d'eau a fait déborder le vase et Burke se renferme sur lui-même et élabore un plan ingénieux ... quoiqu'un peu machiavélique ... pour s'en sortir. Quel est le problème ? Trouver un emploi. Comment faire ? Comme le font les grosses entreprises dépourvues de pitié, il faut éliminer la concurrence.

Il ne le sait pas, mais il va avoir moins de cinquante ans pour toujours.

Au fur et à mesure qu'il avance dans ses projets, Burke se prend au jeu. Il commence à y prendre goût, il a le pouvoir sur ses proies, il est son seul patron. Saura t-il s'arrêter ? A travers les judicieuses critiques et remarques de l'auteur sur le système économique et politique actuel, le lecteur s'identifie facilement dans les peurs et les craintes du personnage principal.

Marrant, je ne pense pas aux hôpitaux comme étant des institutions commerciales, qu'on achète et qu'on vend [...] mais ce ne sont que des magasins, en fin de compte.

Bercé d'humour noir, ce roman dresse le portrait d'un monde du travail gouverné par l'argent et qui ne laisse aucune chance aux employés. Le profit surpasse le plaisir. Le plaisir de se sentir utile pour les autres, le plaisir d'exercer avec passion un métier que l'on aime, le plaisir de se sentir en sécurité ... et de protéger sa famille. D'ailleurs cette partie est très bien retranscrite à l'écran. Le film de Costa-Gavras est une fidèle et efficace adaptation du roman. Bien entendu certains évènements ne se déroulent pas de la même manière - je pense surtout au niveau de la chronologie du récit - mais l'idée principale et les sentiments ressentis par le personnage sont conformes au roman.

Il fut une époque où c'était considéré comme malhonnête, l'idée que la fin justifie les moyens.

J'ai pris un grand plaisir à lire ce roman. L'auteur a un talent peu commun pour nous conter l'horrible histoire d'un homme ordinaire qui tente par tous les moyens de se sortir du trou où le monde actuel l'a enfoncé. Il nous fait réagir et nous oblige à nous poser certaines questions vitales. Comment aurait-on réagit à la place du personnage ? Comment réagissent ceux qui sont à sa place ? Comment le monde en est arrivé là ? A qui la faute ? ... Donald Westlake a laissé derrière lui une flopée de bouquins qui vont sans aucun doute compléter ma bibliothèque. Plus qu'un simple roman noir, c'est un véritable chef d'œuvre.

Note : 18/20

3 commentaires:

Silouane a dit…

Superbe, grinçant, cynique, a-morale.

gabian a dit…

Tout à fait d'accord : ce livre est un vrai chef-d'oeuvre, angoissant sans jamais utiliser une seule des ficelles de l'angoisse littéraire, écrit avec une fausse neutralité tout à fait glaçante, vraiment une réussite.
A recommander absolument, sans aucune réserve.

MiKa ... a dit…

Oui, en effet, un vrai chef d'œuvre ! Merci pour vos commentaires. ;-)