dimanche 20 mars 2016

Le Crime du comte Neville

Le Crime du comte Neville est un roman d'Amélie Nothomb paru en août 2015 aux éditions Albin Michel.

Présentation de l'éditeur :
« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. » Amélie Nothomb

Cela faisait un petit moment que je n'avais lu un roman d'Amélie Nothomb, c'est donc avec plaisir que j'ai lu Le Crime du comte Neville que l'on m'a prêté.

Le comte Neville, issu de l'aristocratie belge, vît dans un château qu'il a du mal à entretenir faute de moyens financiers. Lui et sa famille vivent un peu comme des pauvres dans une demeure défraîchie qui semble les tenir prisonniers, loin d'une vie "normale", car l'aristocratie c'est le sens du devoir lui répétait son père.

Le jour où sa fille Sérieuse fait ce que l'on pensait être une fugue, le comte Neville rencontre une voyante qui lui prédit qu'il tuera l'un de ses invités de sa grande fête. C'est à partir de là que tout commence à partir en vrille. Avec son rythme et ses nombreux dialogues, le roman prend vie et devient une comédie théâtrale qui se met en place devant nos yeux.

Le roman a tout d'une tragédie grecque, notamment par ses nombreuses références au sublime Electre, mais l'auteur, avec son style bien à elle, la transforme en comédie presque loufoque. Le Crime du comte Neville use de beaucoup d'humour pour nous entraîner dans une histoire courte hors du commun et qui se lit d'une traite. Un très bon moment de détente !

samedi 5 mars 2016

A la table des hommes

A la table des hommes est le nouveau roman de Sylvie Germain publié aux éditions Albin Michel en janvier 2016.

Présentation de l'éditeur :
Son obscure naissance au cœur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine.
À la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

C'est dans la violence de la guerre que nous rencontrons l'animal qui deviendra, épreuve après épreuve, un homme. Il nous servira de guide dans cette histoire puisque nous le suivrons tout au long du roman et le verrons grandir physiquement et spirituellement. En effet, après être devenu un jeune adolescent sauvage, ne sachant pas parler ni même comment vivre en société, le jeune Babel va s'éveiller et se cultiver sans cesse pour devenir un homme sage.

A la table des hommes est un magnifique conte qui m'a rappelé Tarzan, comme si le petit cochon avait été adopté et intégré dans la jungle des humains. Mais contrairement au roman de Burroughs, le petit cochon subit une réelle transformation physique, métaphore de son évolution, son éveil. D'ailleurs son nom évolue également à mesure que son âge avance et qu'il devient de plus en plus humain.

Mais Babel, ou Abel, n'est pas le seul personnage. Il a des amis humains bien sûr mais également une amie animale. Une corneille qui est la seule témoin de sa métamorphose. En plus d'être une figure rassurante, elle devient le symbole du rapprochement du monde des hommes à celui de l'animal. Et l'on peut alors se poser la question de l'humain et de sa différence avec l'animal. Seuls la conscience et le savoir ont permis d'élever ce petit cochon au rang d'humain. Abel est bien devenu un homme mais tous les hommes ont-ils acquis cette sagesse ?

A la table des hommes est un roman qui va me hanter longtemps tant le personnage est attachant et la poésie omniprésente. Et le tout est écrit avec une plume des plus splendides.

vendredi 19 février 2016

Journal d'un vampire en pyjama

Journal d'un vampire en pyjama est le nouveau roman de Mathias Malzieu publié aux éditions Albin Michel en Janvier 2016.

Présentation de l'éditeur :
« Ce livre est le vaisseau spécial que j'ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d'amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n'ai rien eu à inventer. Si ce n'est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

Journal d'un vampire en pyjama est un ouvrage autobiographique dans lequel l'auteur nous ouvre la porte de sa vie privée et surtout de la maladie qu'il a dû courageusement vaincre. En effet, le chanteur du groupe Dionysos s'est rendu compte un peu tardivement qu'il n'était plus en forme et que le moindre effort lui coûtait beaucoup d'énergie. A force de mettre cela sur le dos de la suractivité produite pour sortir son film (Jack et la mécanique du cœur), il n'a pas vu le pire arriver.

Et le pire est donc arrivé avec un verdict sanglant : aplasie médullaire ou manque de protection immunitaire produite par la moelle osseuse. Autant dire qu'il faut agir vite et très vite car son cas est critique. Les allers-retours à l'hôpital se multiplient et les mauvaises annonces s’enchaînent au point qu'on se demande comment il arrive à tenir encore debout.
Entre anecdotes et confidences, Mathias Malzieu nous livre du plus profond de son cœur toute sa douleur, ses peurs et ses angoisses. Son texte est très intime et nous donne l'impression de vivre, ou subir, cette éprouvante épreuve avec lui, sa compagne et sa famille.

Heureusement il ne manque pas d'humour et mêle vie personnelle avec son univers tant particulier représenté par sa Dame Oclès qui se nourrit quotidiennement de son malheur. Journal d'un vampire en pyjama est un ouvrage fort et une lutte acharnée contre une terrible maladie. C'est également un bon moment de lecture qui ne laisse pas indifférent.

samedi 6 février 2016

Les salauds devront payer

Les salauds devront payer est le nouveau roman d'Emmanuel Grand paru aux éditions Liana Levi le 7 Janvier 2016.

Présentation de l'éditeur :
Wollaing. Une petite ville du Nord minée par le chômage. Ici, les gamins rêvent de devenir joueurs de foot ou stars de la chanson. Leurs parents ont vu les usines se transformer en friches et, en dehors des petits boulots et du trafic de drogue, l’unique moyen de boucler les fins de mois est de frapper à la porte de prêteurs véreux. À des taux qui tuent... Aussi, quand la jeune Pauline est retrouvée assassinée dans un terrain vague, tout accuse ces usuriers modernes et leurs méthodes musclées. Mais derrière ce meurtre, le commandant de police Erik Buchmeyer distingue d’autres rancœurs. D’autres salauds. Et Buch sait d’expérience qu’il faut parfois écouter la petite idée tordue qui vous taraude, la suivre jusque dans les méandres obscurs des non-dits et du passé. Tantôt roman social trouble, tantôt thriller haletant, Les Salauds devront payer est une machiavélique histoire de vengeance. Emmanuel Grand y confirme son habileté à camper des personnages forts et à échafauder des scénarios diablement efficaces.

L'auteur de l'excellent Terminus Belz revient avec un nouveau roman policier et il était très attendu tant son premier roman était bon. Les salauds devront payer est un polar noir et musclé dans un décor de misère sociale puisque son histoire se situe dans le nord de la France, un lieu où le chômage est incroyablement élevé, notamment suite à la fermeture de leurs usines.

La drogue associée à la mafia ou à un gang, ça ne fait jamais bon ménage dans une petite ville. Les dérapages arrivent trop facilement. Et justement la jeune Pauline est retrouvée morte après avoir contracté un prêt important via un site Internet. Mais qui se cache derrière ce site web ? Est-ce si facile de demander un prêt ? Et surtout, qu'arrive t-il si l'on décide de ne pas rembourser ... ?
Les policiers ont affaire à une enquête qui s'avère tendue et compliquée. Attention, à ne pas croire toutes les rumeurs ...

Autant le dire tout de suite, Les salauds devront payer est très bon. Le roman est ingénieux et on ne s'ennuie jamais. On retrouve d'excellents personnages et l'auteur nous entraîne dans une sorte de ville far-west à la française où les fusils et autres revolvers sont de sortie. Une adaptation au cinéma serait sûrement excellente !

samedi 23 janvier 2016

Jack L'éventreur démasqué

Jack L'éventreur démasqué est un ouvrage de Russell Edwards édité ce mois-ci par L'Archipel.

Présentation de l'éditeur :
Après avoir acquis lors d’une vente aux enchères le châle qui a été retrouvé près du cadavre de Catherine Eddowes, quatrième et avant-dernière victime de Jack l’éventreur, Russell Edwards se lance dans une extraordinaire enquête qui durera sept ans.
Il cherche d’abord à authentifier le châle et à découvrir les secrets qu’il pourrait receler. Après lui avoir fait subir nombre de tests par les meilleurs scientifiques du pays, le châle se révèle authentique. Mais, outre le sang de Catherine Eddowes, il contient aussi des traces de l’ADN du tueur !
C’est ce qui a permis à Russell Edwards d’enfin mettre un nom sur le mystérieux tueur de Whitechapel…
Une découverte qui a stupéfié le monde à l’automne 2014. Plus de 120 ans après ses crimes légendaires, on connaît enfin l’identité de Jack l’éventreur.

Il aura fallu attendre qu'un amateur passionné par le plus célèbre des tueurs en série réussisse à se procurer un châle pour que le secret de l'identité de celui-ci soit enfin percé. Car en effet, il ne s'agit pas de n'importe quel châle, c'est celui de l'une des victimes de celui qui signait ses lettres à la presse par Jack L’éventreur.

Tout le monde connaît Jack L'éventreur qui est passé de l'histoire à la fiction au cinéma et dans de nombreux romans. Avec ce nouvel ouvrage, le mythe du tueur élégant londonien ou du psychopathe ingénieux s'écroule avec la véritable histoire racontée par l'auteur. En effet, pour ceux qui ne connaissent pas forcément très bien l'histoire du tueur, on passe d'un personnage fictif qui a des allures bourgeoises à un monstre sanguinaire.

Jack L'éventreur démasqué est un ouvrage intéressant qui passe au peigne-fin les rues de l'East-end, quartier de Londres où se sont produits les massacres, pour tenter de trouver les petits cailloux que l'éventreur aurait pu semer sur son passage. L'auteur décortique également la vie de chaque suspect et de chaque victime. Il remet même en question certains meurtres qui ne lui ont pas été attribués.
Au travers des courtes biographies des différentes personnes présentes dans l'histoire de Jack L'éventreur, il dépeint le décor d'une ville sombre où la misère se ressent à chaque coin de rue à une époque où de nombreux juifs ont migré vers Londres. Détail qui a son importance pour l'enquête.

Mais l'auteur s'attarde à quelques reprises sur sa vie personnelle et, quoiqu'il en dise, je trouve que cette partie est inutile pour comprendre comment il a mené l'enquête. Malgré ces passages, l'ouvrage est passionnant aussi bien par ses anecdotes historiques que par le déroulement de l'enquête.

Alors si vous aussi vous avez envie de découvrir qui est, vraisemblablement, Jack L'éventreur, n'hésitez pas à lire Jack L'éventreur démasqué. Attention, je tiens à signaler que, bien que son enquête se soit révélée incroyable en terme de révélations, d'autres spécialistes ont noté des réserves. A lire sur la page Wikipédia du tueur ... !

mardi 19 janvier 2016

Le Grand dieu Pan

Le Grand dieu Pan est un roman fantastique d'Arthur Machen ré-édité récemment aux éditions Pierre-Guillaume De Roux.

Présentation de l'éditeur :
« Vous voyez la montagne, ces collines pareilles à des vagues ; vous voyez des bois et des vergers, le grain mûr des champs, les prairies qui dévalent jusqu’à la rivière. Vous me voyez debout à côté de vous ; vous entendez ma voix. Mais je vous dis, moi, que toutes ces choses – oui, depuis l’étoile qui vient de s’allumer au ciel, jusqu’au sol que nous éprouvons du pied –, je vous dis que tout cela n’est que du rêve et des ombres, les ombres mêmes qui nous voilent le monde réel. Il y a un monde réel ; mais il est sous cet éclat et sous ces visions, [...] derrière tout cela comme si un voile nous le cachait. Je ne sais si jamais un être humain a soulevé ce voile ; mais je sais que cette nuit, et devant vous et moi, Clarke, il le sera pour d’autres yeux. Peut-être trouverez-vous tout ceci étrange, insensé même : étrange, soit, mais réel ; et les anciens savaient ce que c’est que “lever le voile”. Ils appelaient cela voir le dieu Pan. »
Pour que le voile se déchire devant le « grand Pan », le Dr Raymond va user du scalpel et rien moins qu’inciser le cerveau de Mary, sa protégée. Cette opération chirurgicale renvoie-t-elle seulement à l’une de ces spectaculaires expériences dont raffola le XIXe siècle, à la fois scientiste et spirite ? Ou bien s’agit-il de convoquer quelque chose de plus archaïque et autrement plus redoutable – de questionner notre capacité à soutenir le regard de la divinité ? C’est de toute façon l’effroi qui est au rendez-vous : au drame de la jeune Mary va succéder une longue série d’événements aussi troublants que terribles.
Ce court roman d’Arthur Machen (1863-1947), qui compte parmi les plus célèbres de la littérature fantastique, est réédité dans la traduction qu’en donna le poète Paul-Jean Toulet (1867-1920) en 1901. Avec une préface d’Anne-Sophie Yoo qui en souligne les profondeurs spéculaires, et une couverture originale signée Philippe Druillet.

Cela faisait quelques temps que je voulais lire ce roman cité parmi les grands classiques du genre. Et c'est en lisant l'un des derniers romans de Stephen King, qui y faisait référence, que je me suis enfin décidé à me le procurer.

L'ouvrage s'ouvre avec une préface d'Anne-Sophie Yoo. On ressent toute la passion et l'émotion qu'elle a pu éprouver en lisant ce roman et en analysant la vie de l'auteur. Elle trouve les mots justes pour nous toucher et nous donner encore plus envie de le commencer.

Puis vinrent les premiers mots et mon excitation se décupla ; enfin je pouvais lire le chef d'oeuvre d'Arthur Machen ! C'est au travers de dialogues entre plusieurs hommes de la haute société que l'on découvre cette terrible et mystérieuse histoire du Grand dieu Pan. Et c'est durant le premier de ces dialogues que se déroule l'opération chirurgicale qui permet à Mary de voir quelque chose que personne habituellement ne peut voir ... ou ne devrait voir.
Les années passent depuis cette étrange opération et d'étranges morts surviennent dans le club très fermé des hommes riches londoniens. Heureusement, certains d'entre eux enquêtent. Mais la vérité est difficile à comprendre même si tout ramène à une seule personne.

Des rues plongées dans la pénombre. Une angoisse omniprésente. Arthur Machen, dans une superbe traduction, crée une atmosphère dérangeante, très sombre, qui rappelle les meilleurs romans gothiques de l'époque. Je suis très heureux d'avoir trouvé cette ré-édition de 2015.

lundi 4 janvier 2016

Le visage de Satan

Tout d'abord je vous souhaite une excellente année 2016, en espérant que cette année soit riche en lecture et en écriture. Je m'excuse pour ce long moment d'absence mais j'ai participé à la correction d'un roman  dont je parlerai en temps voulu et qui m'a pris un peu de temps. En plus des fêtes bien entendu ...

Mon année 2015 s'est terminée en bonne compagnie avec Le Visage de Satan de Florent Marotta dont voici ma chronique. Le roman est paru le 7 Décembre 2015 aux éditions Taurnada.

Présentation de l'éditeur :
Un hurlement. Là, quelque part, qui se répercutait sur les murs poisseux et humides de la pièce. L'endroit ressemblait davantage à une cave avec ses murs bruts et ses parois voûtées. Puis un râle d'agonie s'étouffa, comme si même la mort prenait plaisir à attendre. L'homme pendait comme une vulgaire carcasse de viande accrochée à une esse de boucher. Son visage n'était que souffrance, rictus d'agonie et d'abomination.« Faites que je meure », implora-t-il en silence.

Le Visage de Satan met en scène pour la deuxième fois le personnage de Gino Paradio, un détective déjà apparu dans un précédent roman de l'auteur. Car l'auteur n'en est pas à son premier coup d'essai et cela se ressent pas sa maîtrise de l'histoire et le style employé.

Florent Marotta sait tenir son lecteur en haleine. Son texte est rythmé et ne manque pas d'intriguer l'amateur de roman noir que je suis. Sa toile de fond touche au satanisme. Il parle aussi bien de la magie noire que du mouvement Laveyen ; le satanisme moderne. Les satanistes de Florent Marotta sont bien dans l'opposition du culte religieux mais d'une façon bien trop extrême.

Gino Paradio subit une lente et longue descente en enfer depuis qu'il a accepté d'enquêter sur la mort du mari de Sibylle. Aidé par la belle Morgane, il commence à mettre un pied dans un univers qui lui est totalement inconnu ; l'ésotérisme, et il n'est pas au bout de ses surprises. Le lecteur non plus d'ailleurs !

Le Visage de Satan est un très bon polar où les personnages ont un visage humain et sont donc parfois fragiles, parfois violents. Le récit ne manque pas de piquant et on sent qu'un grand travail de documentation a été fait en amont. Une belle surprise !