dimanche 20 juillet 2008

La chambre des morts

La chambre des morts est certainement le roman le plus célèbre à ce jour de Franck Thilliez. Étrangement, il s'agissait du seul roman de cet auteur que je n'avais pas encore lu. En effet, ce livre est considéré comme son chef d'œuvre. Ayant connu l'écrivain lors de la sortie de l'adaptation de ce roman au cinéma (site officiel du film), je n'ai pas voulu lire le livre si tôt après voir vu le film.

Présentation de l'éditeur :
Imaginez… Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d’éoliennes désert. Soudain le choc, d’une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d’euros, à portée de la main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi. L’amitié a parfois le goût du sang : désormais le pire de leur cauchemar a un nom… La Bête.



Après avoir revu le film ces derniers jours, j'ai pu comparer ces deux œuvres aux formats si différents. Attention, si vous souhaitez découvrir le film et/ou lire le livre, ne lisez pas ce qui suit !!!

Adapter un roman sur une bobine n'est jamais facile car le réalisateur doit faire l'impasse sur certains passages et tenter d'apporter sa touche personnelle afin de se sentir concerné par son œuvre. Bien que le film d'Alfred Lot se dispense de quelques passages (comme la description de la noirceur de l'âme de l'héroïne, le drôle d'entretien de Vigo, le kidnapping d'une femme enceinte, l'empaillage d'humains), il se permet néanmoins quelques efficaces libertés : on pense notamment à la superbe scène finale; la présence de la Bête chez Lucie Henebelle; l'entretien avec le taxidermiste qui se fait avec Norman et non Raviez, ce qui permet au spectateur de comprendre plus rapidement l'importance de la relation Lucie-Pierre; et le dernier point important, le réalisateur dévoile le secret de Lucie. Franck Thilliez ne nous dévoilera celui-ci que dans la suite des aventures de Henebelle, à savoir : La Mémoire Fantôme.

"Je crois qu'ils arrivent sur Terre tous égaux, avec un esprit pur [...] Ce sont les parents qui créent les monstres."

Le livre et le film se complètent. Le premier crée un univers plus noir, plus sombre. La psychologie du personnage principal y est plus développée. Le film permet d'ajouter plus de tension, de rythme, à l'histoire. Les images racontées par l'écrivain prennent soudainement forment et nous écœurent.

Par exemple, dans le film, après sa nuit passée avec Norman, Lucie part et laisse ce dernier seul avec ses filles. Cette situation inquiète le flic à son réveil et le spectateur avec car les images s'enchainent rapidement et on partage la peur qu'il ressent devant cet abandon si soudain.

"Tu es là pour tuer le mal, pas pour l'entretenir !"

Dans le livre, comme je le disais plus haut, le personnage de Lucie travaille pour la Police, donc le "Bien", mais est étrangement attirée par le mal. On le ressent moins dans le film; juste par la présence d'une bibliothèque remplie de livres sur la magie noire, les tueurs en série et de romans d'horreur (King et Harris par exemple). Aussi le roman fait preuve d'une violence plus présente : Sylvain Coutteure, un des deux chauffards qui récupère la valise de billets, commence à se faire empailler par la Bête alors que dans le film il est laissé agonisant dans un coin; la bataille finale est plus musclée dans l'œuvre de Thilliez que dans celle de Lot où la scène est plus "spirituelle".

"Cette pièce chauffée, dans les caves, représentait l'ensemble de ses peurs et de ses joies d'enfance."

Dans le roman, les caves où habitent la Bête et son complice sont comparées à des parties du cerveau; preuve qu'elles cachent quelque chose de profond enfoui depuis longtemps. La chambre des morts est un voyage dans l'inconscient d'une femme à la jeunesse torturée. La Bête cherche à revivre le choc qu'elle a vécue dans son enfance et qui a changé sa vie. Le fait de pratiquer la taxidermie permet de rendre un être immortel. Elle cherche donc à recréer cette fameuse scène qui l'a traumatisé et à l'immortaliser.

Pourquoi ? Revivre une scène traumatisante lui permet de repasser par des états émotifs similaires à ceux éprouvés dans le passé (source La thérapie par le tunnel). Cherche t-elle à contrôler la situation et ne plus avoir peur ?

La répétition est une réaction physio-psychologique à un événement qui sort du commun et qui a trait à la mort. Le phénomène de répétition est quelque chose de très particulier. Ce phénomène de répétition est bien décrit par les psychanalystes : la scène du traumatisme pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, ou pour conjurer le sort. (Source Doctissimo)

Franck Thilliez et Alfred Lot ont réussi à signer deux œuvres à la fois différentes et très proches. Pour conclure, j'ai trouvé que le personnage de Lucie Henebelle se rapproche un peu de celui de Franck Sharko (Train d'Enfer pour Ange Rouge et Deuils de Miel) car malgré leur différence d'âge, de sexe et d'expérience, ils sont tous les deux rongés par diverses douleurs qui les rendent sombres et mystérieux.

Note : 18/20

1 commentaire:

Fabien a dit…

Le premier livre que j'ai lu de Franck Thilliez, et à sa sortie. J'en suis sorti amoureux de son style. Depuis, je les ai tous lu, et j'attends de recevoir le petit dernier!!!