mercredi 24 mars 2010

Sukkwan Island

Sukkwan Island est un roman noir de David Vann.

Présentation de l'éditeur :
Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.
La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.
Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.
 

Il y avait longtemps que je n'avais pas lu d'aussi belles phrases. Poignantes et sincères. Certaines se lisent et se relisent plusieurs fois avec plaisir, avec délectation. L'auteur a une écriture fluide, soignée et parfois même envoutante.
David Vann nous emporte en Alaska dans un cadre idyllique, un décor proche du film Printemps, été, automne, hiver... et printemps. Le jeune Roy, embarqué presque de force dans cette aventure, n'est pas ravi de partager avec son père cette expérience aux apparences merveilleuses. En effet, adolescent, Roy ne pense qu'à être avec ses amis et vivre une vie plus de son âge ; proche de sa famille, de ses amis, de l'école et de la civilisation. Tout porte à croire que l'aventure n'est voulu que par son père, Jim. Un père fragile cherchant à améliorer sa relation père-fils mais dont les problèmes personnels vont vite reprendre le dessus. L'instabilité du père va rapidement déteindre sur son fils et une tension inquiétante va s'installer pour ne plus disparaître.

Il avait l'impression qu'il était seulement en train d'essayer de survivre au rêve de son père.

L'histoire défile et fait passer le décor de magnifique ("montagne magnifique") à misérable ("endroit misérable"), à l'image de la relation entre les deux personnages et de la folie qui s'installe. La perception du décor décrit parfaitement la météo de l'humeur des deux protagonistes. Dès le départ, l'auteur enferme des personnages non préparés dans un huis clos oppressant au décor changeant et dangereux. L'aventure humaine va vite devenir une aventure de survie mentale et physique pour les deux hommes.
Dans ces conditions peu communes, les rôles familiaux s'échangent et laissent percevoir un père perturbé et inquiet tandis que son gamin se montre finalement plus mature qu'il ne devrait l'être. Un échange qui va ammener sans que l'on s'en rende compte à une fin de première partie époustouflante qui m'a laissé totalement sans voix.

Et c'était censé être leur unique contact avec le reste du monde.

Sukkwan Island est un roman court, puissant et déstabilisant. Une véritable virée en enfer dans un endroit proche du paradis. Plus les pages défilent et plus l'auteur nous installe dans une sorte de claustrophobie voire de folie. Ses phrases fortes troublent et deviennent émotivement presque insupportables.
Au final, Sukkwan Island est un roman qui se révèle assez proche de La métamorphose de Kafka puisque comme celui-ci l'auteur donne au fils d'énormes responsabilités familiales et le réduit à errer telle une vermine dans un espace fermé et hostile. Et même la fin semble s'y rapprocher en offrant la noirceur d'une fin horriblement joyeuse, mais David Vann prend la tangente et offre, en toute logique, à son roman un final fouetté d'une pénible violence qui vous prend aux tripes pour ne plus jamais vous lâcher. Une fin à l'image du roman tout entier, à la fois belle et terrifiante. Sukkwan Island est un splendide roman noir en lice de devenir mon coup de cœur de l'année.

Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s'agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu'à ce que l'humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.



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10 commentaires:

Les habitants de l'Avenue a dit…

Je rejoins complètement tes impressions ! Pourtant des lecteurs n'ont vraiment pas accrochés !
notre avis sur
http://fromtheavenue.blogspot.com/search/label/David%20Vann

bonne continuation !

MiKa ... a dit…

Bonjour,
Merci pour le lien, je vois en effet que nos avis sont très proches.
Apparemment c'est souvent le personnage du père qui dérange les autres. Moi je le trouve crédible, il est très perturbé certes mais crédible.
J'ai été totalement immergé dans l'aventure du début à la fin.
A bientôt !

Mic a dit…

Bonjour Mika,

Comme toi, j'ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman. Le père malade, prend son fils comme "bouée de sauvetage" et très égoistement, voit en Roy sa thérapie idéale. Les adultes sont totalement absents de cette histoire, ni lucides, ni responsables en particulier la mère (laisser ce gosse partir si longtemps, hors de son propre environnement d'enfant était suicidaire)... A bientôt, MIC.

MiKa ... a dit…

Belle analyse, Mic ! C'est tout à fait cela !
A bientôt.

Les habitants de l'Avenue a dit…

le personnage du père est aussi pour moi très crédible. Surtout dans la 2ème partie du livre où il réalise l'atrocité, ère dans le bateau et ne sais plus du tout comment s'en sortir.

MiKa ... a dit…

Oui il prend véritablement forme dans la seconde partie. Très belle descente en enfer ...

cynic63 a dit…

Je n'y ai pas cru une seule seconde à ce roman. Evidemment que le père est complètement à côté de la plaque mais je trouve que Vann pousse le bouchon un peu loin. Quant à la fin, je l'ai trouvée lourde et, encore une fois, pas très crédible. Enfin, c'est comme ça...Il y a des livres qui déclenchent autant l'enthousiasme que l'énervement...

MiKa ... a dit…

C'est marrant car j'ai trouvé le père assez crédible. Comme quoi, chacun ressent les choses à sa façon.
Encore heureux d'ailleurs ... ;-)

D'ailleurs, j'avais lu ta chronique sur le livre avant de le lire à mon tour. Elle m'avait intrigué (et un peu fait peur).

Mic a dit…

Il ne faut pas oublier, que bien souvent la réalité dépasse la fiction. Mais Dieu que ce livre est bien écrit ! Salut, MIKA.

MiKa ... a dit…

Oh que oui, même bien trop souvent malheureusement ... la réalité ressemble parfois à un livre ou un film peu crédible tellement les atrocités sont parfois poussées à l'extrême. Et ça n'arrive pas forcément loin de chez nous.