dimanche 22 février 2009

Légendes du mythe de Cthulhu 1

Légendes du mythe de Cthulhu 1 est un ouvrage composé de neuf nouvelles autour du mythe de Cthulhu créé par HP Lovecraft. Ce billet a été mis à jour au fur et à mesure que j'ai lu chacune des nouvelles. Celles-ci ont été écrites par différents écrivains dont Lovecraft, bien entendu.

Présentation de l'éditeur :
Ils sont descendus du ciel et ont régné sur la Terre. Et ils ont été bannis hors du monde. Ils sont couchés dans les sépulcres au fond de la cité perdue de R'Iyeh. Depuis des millions d'années, ils méditent. Ils savent tout ce que nous pensons. Tapis dans la ville engloutie, ils veulent revenir. Parfois ils frôlent le seuil de l'univers. Mais les Grands Anciens savent qu'un jour les étoiles reprendront la position propice dans le cycle de l'éternité. Alors retentira l'appel de Cthulhu : sur toute la surface du globe, les adorateurs secrets accompliront les rites immondes ; la Terre tremblera ; la cité monstrueuse émergera des océans ; les Grands Anciens seront libres de réduire la Terre à merci. Et les hommes se mettront à hurler de peur, de frénésie et de rage déchaînée.
  • L'Appel de Cthulhu (HP Lovecraft - 1928)
Avec cette première nouvelle, Lovecraft pose les bases de ce qui deviendra par la suite le Mythe de Cthulhu. C'est avec des personnages sans émotion et aux propos quelques peu racistes, que le célèbre écrivain introduit pour la première fois dans ses écrits cet immense monstre doté de tentacules, de griffes et d'ailes. Considéré comme un "Grand Ancien" - une sorte d'ancien Dieu - Cthulhu est enfermé au plus profond des mers. Mais de sa capitale sous-marine R’lyeh, où se situe son cercueil, il arrive à pénétrer dans les rêves de divers humains pour les amener à être ses disciples. L'auteur utilise la première personne pour conter son histoire et nous invite ainsi à pénétrer dans son roman et à partager les peurs de son héros. Son personnage principal récupère, suite au décès de son oncle, divers documents inquiétants relatant les recherches de ce dernier. Ces investigations décrivent des séries de cauchemars retranscrits par ses soins, mais également le terrible accident vécu et raconté par un marin. Lovecraft possède une plume légère et efficace qui semble glisser sur le papier. Aussi, il est indiscutable qu'il bénéficie d'une grande faculté à décrire la peur. A noter l'apparition du Necronomicon dans cette nouvelle avec cette célèbre citation : N'est pas mort ce qui à jamais dort, Et au cours des siècles peut mourir même la Mort.
Dans cette nouvelle, le personnage principal se fait recruter par un mystérieux homme qui semble s'intéresser à la magie noire et notamment au Necronomicon. Le but de cet emploi est de servir de secrétaire et de traduire quelques textes écrits en arabe. Dès le départ, l'ambiance est dérangeante. L'employé est invité à vivre dans une des chambres de la demeure afin d'être le plus souvent disponible. Des bruits étranges surviennent ... à chacun de ces sons la peur paraît grandir sur le visage de son patron. Que cachent ces ténébreux gémissements ? La vérité est encore plus horrible que ce que vous pouvez imaginer ...

  • Ubbo-Sathla (CA Smith - 1933)
L'auteur rédige, avec cette nouvelle, une judicieuse remontée dans le temps à l'aide d'une boule de cristal retrouvée chez un antiquaire. Presqu'hypnotisé par le reflet que lui projette l'objet, le personnage principal va se retrouver totalement immergé dans une sorte de contre-courant l'emportant à une époque inconnue par tous ... le début de tout.
Un récit plutôt moyen, non pas pour le style de l'auteur mais pour le contenu de l'histoire. Le fond est creux et n'apporte pas grand chose au mythe. Mise à part peut-être la présence de la mystérieuse et grande Pierre noire située en Hongrie qui pourrait servir de clé permettant d'accéder à un autre monde ... Aucune peur ressentie et peu d'originalité, l'auteur ne réussit pas là où les précédents ont brillé.
  • Les Chiens de Tindalos (FB Long - 1929)
On repart sur du bon, du très bon même. Une histoire à rendre fou. L'écrivain Halpin Chalmers a découvert une drogue lui permettant d'entrevoir le passé en élargissant son champ visuel fixé sur le présent ... Une vision très originale du temps avec thèses scientifiques à l'appui. L'homme va remonter le temps loin, très loin, jusqu'à découvrir l'origine de tout. Mais attention à ne pas être vu par les chiens de Tindalos.
  • Les Mangeuses d'espace (FB Long - 1928)
Une nouvelle tout à fait honnête et qui respecte l'ambiance Lovecraft. Là, les différents acolytes de l'histoire sont confrontés à une force surnaturelle qui tente de pénétrer les cerveaux humains. La première partie, dans la forêt, est très bonne et le récit aurait pu (du ?) s'arrêter là car les pages qui suivent sont presqu'inutiles. Dommage que la fin ne soit pas à la hauteur du début.
En grand admirateur qu'il est de Lovecraft, Derleth lui rend le plus beau des hommages en donnant vie au mythe de Cthulhu. Entre réel et imaginaire, le lecteur se voit plonger dans l'horreur la plus profonde où Lovecraft fait figure de messie du mal. Cette peur ressentie monte crescendo pour atteindre des sommets ... et l'un d'eux se nomme Nyarlathotep, l'Homme sans visage qui hante le bois maudit.
  • Au-delà du seuil (A Derleth - 1941)
Là encore Lovecraft prend une place importante dans la nouvelle. Après les peurs des bois, Derleth nous entraine dans la maison d'un vieil homme voulant communiquer avec les anciennes créatures qui ont emporté l'oncle Léandre. Le lecteur fait la connaissance de l'effrayant Ithaqua, le marcheur du vent. Encore un très bon récit de la part de Derleth.
La dernière nouvelle est très courte et manque d'originalité bien que le style de l'auteur soit remarquable.

Note : 15/20

mardi 17 février 2009

L'homme qui venait du passé

L'homme qui venait du passé est le dernier roman publié de Driss Chraïbi, malheureusement décédé en 2007. Ce roman fait parti de ma sélection pour le défi littéraire des cinq continents ; catégorie Afrique.

Présentation de l'éditeur :
L'inspecteur Ali n'est jamais pressé, même quand la sécurité du monde est en jeu. A fortiori quand une huile du gouvernement marocain le convoque pour lui annoncer une macabre découverte : un cadavre au fond d'un puits dans le patio d'un riyad, un palais de Marrakech. Entre deux bouffées de kif et quelques tajines épicés, Ali mène l'enquête grâce à son traditionnel réseau d'indics, composé de femmes de ménage, de chauffeurs de taxi et de caïds de la drogue. Mais il déploie cette fois ses antennes beaucoup plus loin que d'habitude, du côté de la France, des États-Unis et de l'Afghanistan. Qui est donc le mort du riyad, de quel réseau islamiste était-il le chef ? De la mafia marocaine aux coffres-forts des banques suisses, en passant par les hautes sphères du renseignement occidental, un gigantesque jeu de pistes se met en place, où Ali progresse nonchalamment vers les secrets les mieux gardés de la planète.

L'homme qui venait du passé fait parti d'une série de romans de Driss Chraïbi mettant en scène l'inspecteur Ali. Ce farfelu personnage nous entraîne dans une aventure pour le moins surprenante et importante à l'échelle mondiale. Sans oublier son sens de l'humour - on pense notamment au judicieux homo americanus-, Ali va parcourir des kilomètres allant du Maroc jusqu'en France pour enquêter sur le mystérieux meurtre de Marrakech. Alors qu'il vient d'être promu chef de la police criminelle marocaine, l'inspecteur se voit offrir une affaire très particulière : le maquillage de l'identité du cadavre découvert à Marrakech. Qui se cache sous cette mystérieuse identité ?

Nous, on n'a pas de démocratie, mais on mange bien.

L'inspecteur Ali doit cacher au monde entier le décès d'un des personnages les plus importants du monde musulman. Comment s'y prendre ? Il va devoir user d'astuces, trouver les mots et trafiquer des preuves pour se jouer du médecin légiste, de Scotland Yard, du MI5, de la CIA et autres personnes susceptibles d'être intéressées par cette information. Une tâche difficile et périlleuse mais pas impossible pour les larges épaules de l'inspecteur. D'autant plus qu'il profite de cette mission pour y créer sa propre enquête. Une investigation parallèle et autonome où il trouvera le soutien de plusieurs personnages secondaires.

Son quotient intellectuel était variable comme un baromètre, montait et descendait selon les méandres de son raisonnement et les caprices de sa météorologie personnelle.

La trame annonce un roman passionnant, drôle, et riche en évènement. Ce n'est pas tout à fait le cas, notamment à cause de l'humour décalé du policier. Ses discours complètement décousus lui permettent de faire perdre aux différents protagonistes le fil de la discussion. Le problème est que le lecteur se sent à son tour perdu dans cet amas de phrases délirantes et se surprend - je parle pour moi - à décrocher par moment. De plus, certaines situations auraient, à mon avis, gagné à être plus exploitées.

Tu as ouvert la porte pour me laisser entrer dans ta conscience et dans ta souffrance ?

Avec un style abrupt et direct, l'auteur ne cache pas les idées qu'il se fait du monde musulman et occidental. Parfois le personnage semble s'emparer du roman pour ne faire qu'un avec l'écrivain. Les deux protagonistes paraissent en pleine discussion. Driss Chraïbi se sert de l'inspecteur pour vider son sac et dénoncer la pseudo-guerre que certains fanatiques et hommes politiques se sont inventés. Avec un final assez surprenant, il en ressort de L'homme qui venait du passé un bon roman plutôt accès sur l'humour et la bêtise humaine que sur une intrigue policière classique.


Fiche d'identité du roman :
  • Auteur : Driss Chraïbi
  • Titre : L'homme qui venait du passé
  • Éditeur : Denoël
  • Nombre de pages : 199
  • ISBN : 2.207.24588.8

Note : 13/20

jeudi 5 février 2009

Les racines du mal

Les racines du mal est le second roman de Maurice G. Dantec.

Présentation de l'éditeur :
Andreas Schaltzmann est un tueur ; un paranoïaque qui croit au complot généralisé et qui s'est rasé la tête pour ''surveiller les os de son crâne qui changeaient de forme ''.Un schizophrène sujet aux pires hallucinations.Un fou dangereux enfermé dans son monde.Une énigme.
Trois scientifiques spécialisé dans le comportement des tueurs en série réalisent qu'il ne peut, à lui seul, avoir commis la totalité des meurtres qui lui sont imputés.Une autre chasse a l'homme commence.Effroyable.Avec au bout de la traque une vérité a l'image de notre temps.

Les racines du mal est une sorte de polar d'anticipation. Bien qu'écrit en 1995, une bonne partie des évènements se passe quelques années plus tard. Juste avant l'arrivée (apocalyptique ?) du nouveau millénaire. L'auteur se permet donc quelques avancées technologiques bien utiles à l'enquête menée par Darquandier ; spécialiste des sciences cognitives reconnu mondialement.

Cette fiction n'avait d'autre but que de masquer l'atroce réalité de la dictature alienazie.

La première partie du roman relate la vie perturbée d'Andreas Schaltzmann, schizophrène persécuté par des aliens aux méthodes nazies qui ont envahit notre monde. Sa folie s'accentue jusqu'au point de non-retour ; il tue pour se protéger de ces envahisseurs qui complotent à son sujet. Une traque commence. Une véritable chasse à l'homme où Andreas est le gibier et les aliens sont les chasseurs. Un début détonnant avec un personnage complètement délirant.

L'homme est à la fois une machine à contrôler le chaos et un propagateur de désordre.

La suite est beaucoup moins appétissante. Le rythme se calme et les pages semblent interminables. Le lecteur fait la connaissance de Arthur Darquandier qui deviendra le personnage central. Protagoniste à la limite du détestable et au caractère prétentieux, Darquandier va travailler en compagnie de la charmante Svetlana et du docteur Gombrowicz sur le cas Schaltzmann. Ce trio de scientifiques va tout faire pour comprendre les agissements du tueur schizophrène. Mais l'étude de ses meurtres vont révéler une incohérence ... terrible illogisme qui remet en cause une partie du procès de Schaltzmann. Suite à cela, c'est uniquement lorsque l'on atteint la page 349 que l'auteur cite la phrase suivante. Il nous prévient en quelque sorte que ce que nous avons lu jusqu'alors n'était qu'une mise en bouche.

Ne paniquez pas. Ce que vous avez lu en provenance des Cartea neagra vous a en quelque sorte préparé à ce qui va suivre.

Force est de constater que l'auteur a réalisé un admirable travail de recherche sur les thèmes de la cognitive, de l'intelligence artificielle et de la psychologie criminelle. Pour le côté anticipation du roman, Dantec a introduit un nouveau personnage ; une machine intelligente. Celle-ci évolue très rapidement selon les données qui lui sont transmises et va ainsi pouvoir aider notre héros à avancer dans son enquête. Mais attention aux différentes informations car la neuromatrice, en évoluant, se crée sa propre personnalité ...

Le monde n'était qu'un emboîtement infini d'instruments.

La dernière partie du roman, la meilleure selon moi, reprend un rythme effréné et nous plonge dans l'imagination perverse de l'auteur. Les atrocités décrites sont à la limite de l'imaginable. Les racines du mal est un très bon roman mais serait plus appréciable avec 200 pages en moins et un personnage principal auquel le lecteur pourrait s'identifier ou juste apprécier.

Note : 16/20

lundi 2 février 2009

Extension du domaine de la lutte

Extension du domaine de la lutte est un roman de Michel Houellebecq.

Présentation de l'éditeur :
Voici l'odyssée désenchantée d'un informaticien entre deux âges, jouant son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s'échangent autour des machines à café. L'installation d'un progiciel en province lui permettra d'étendre le champ de ses observations, d'anéantir les dernières illusions d'un collègue - obsédé malchanceux - et d'élaborer une théorie complète du libéralisme, qu'il soit économique ou sexuel.

Le moins que l'on puisse dire après avoir refermé ce roman, c'est qu'il ne laisse pas indifférent. Avec un pessimisme très marqué, Houellebecq dénonce la cruauté de la société d'aujourd'hui. Son narrateur est un sombre défaitiste vivant à Paris et travaillant comme ingénieur en informatique dans une société de service. Célibataire depuis quelques temps, il vît seul et n'entretient que très peu de contacts avec ses amis. Amis qui ne sont finalement que des connaissances.

Je n'aime pas ce monde. Décidément, je ne l'aime pas. La société dans laquelle je vis me dégoûte

Alors qu'il se spécialise sur un progiciel destiné au ministère de l'Agriculture, notre anti-héros se voit offrir un parcours dans l'Ouest de la France pour former certaines sociétés au produit. Commence alors un douloureux périple où, accompagné d'un collaborateur extrêmement laid et obsédé, il entraîne le lecteur dans ses observations sur la nature humaine. Deux systèmes cohabitent d'après lui ; l'homme représente la domination, l'argent et le pouvoir ; la femme, quant à elle, représente la séduction et le sexe. C'est à partir de ces bases qu'il en vient à définir la signification du libéralisme sexuel et du libéralisme économique. Selon l'auteur, l'argent et le sexe constituent la liberté individuelle de l'être humain. Une vie sexuelle est nettement comparable à l'économie ; c'est la "loi du marché" qui y règne. L'Homme se bat pour obtenir sa liberté, mais notre conteur a baissé les bras depuis longtemps devant ce monde si injuste.

Le libéralisme [sexuel et économique], c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.

C'est dans les rues de Rouen et d'autres villes de province que le narrateur guette, épie, surveille et examine le comportement de l'Homme face à différentes situations. Comment réagit celui qui n'a jamais eu de relation sexuelle face au nouvel échec d'une tentative de drague ? Quels réflexes avons nous devant la mort si soudaine d'un homme devant nos yeux ? Les réactions décrites sont à la fois surprenantes et affreusement réelles. Au final le personnage semble sortir du lot et on se demande même parfois si cet être si dépressif n'est pas le seul à jouir de la vie.

Les ultimes résidus, consternants, de la chute du féminisme.

Quand libéralisme rime avec capitalisme, Houellebecq décrit avec beaucoup d'humour noir la vie quotidienne de millions de personnes. Il compare bien souvent notre société à un monde animal imaginaire ; un monde tout de même proche du réel où les animaux sont enfermés dans des cages et deviennent complètement fous. Malgré ses quelques 156 pages, nous pourrions discuter sur ce roman pendant des heures. Les théories de Houellebecq sont très intéressantes et le style employé est excellent. Je ne le cacherai pas, j'ai adoré.

Note : 18/20

samedi 31 janvier 2009

Défi littéraire : 5 continents


Un petit billet pour vous présenter un défi littéraire créé par Catherine du blog "La culture se partage". Le principe de cet évènement est de choisir cinq romans policiers et de publier son compte-rendu. Une petite subtilité ... chaque auteur doit appartenir à un continent différent des autres. Un blog a été créé pour ce défi : http://defi5continents.over-blog.com/. N'hésitez pas à vous inscrire en lisant les modalités.

Catherine a publié sa liste et demande à chacun des participants de faire de même. Voici donc ci-dessous ma liste avec la présentation de l'éditeur pour chaque roman.

  • ASIE
Seishi Yokomizo (Japon) - Le village aux huit tombes

Le village aux Huit Tombes est une bourgade au cœur des montagnes, abritant les corps de samouraïs assassinés, dans des temps très anciens, par les habitants à la recherche d'un trésor. L'arrivée du narrateur coïncide avec une cascade d'assassinats qui plonge rapidement les villageois dans le désarroi et la terreur. Il découvre avec horreur que les crimes se succèdent selon une mécanique diabolique, dont il tente de comprendre les lois avant que la boucle ne soit fermée.

  • EUROPE
Velibor Colic (Bosnie) - Mother Funker

Une traversée funeste de l'Europe des dictatures, de Paris à Budapest, puis de Vienne à Belgrade, sur les traces de l'anti-héros, l'américain Hubert Selbi, tueur à gages qui élimine les criminels de guerre.



  • AFRIQUE
Driss Chraïbi (Maroc) - L'homme qui venait du passé

L'inspecteur Ali n'est jamais pressé, même quand la sécurité du monde est en jeu. A fortiori quand une huile du gouvernement marocain le convoque pour lui annoncer une macabre découverte : un cadavre au fond d'un puits dans le patio d'un riyad, un palais de Marrakech. Entre deux bouffées de kif et quelques tajines épicés, Ali mène l'enquête grâce à son traditionnel réseau d'indics, composé de femmes de ménage, de chauffeurs de taxi et de caïds de la drogue. Mais il déploie cette fois ses antennes beaucoup plus loin que d'habitude, du côté de la France, des Étas-Unis et de l'Afghanistan. Qui est donc le mort du riyad, de quel réseau islamiste était-il le chef ? De la mafia marocaine aux coffres-forts des banques suisses, en passant par les hautes sphères du renseignement occidental, un gigantesque jeu de pistes se met en place, où Ali progresse nonchalamment vers les secrets les mieux gardés de la planète.
  • OCEANIE
Colin Cotterill (Australie) - Le déjeuner du coroner

Laos, 1976. Les communistes du Pathet s'emparent du pouvoir et l'intelligentsia fuit le pays. Siri Paiboun, un médecin qui a fait ses études à Paris, décide de rester. À 72 ans, et bien que n'ayant jamais pratiqué d'autopsie, il est nommé coroner. Malgré l'âge, il a gardé intactes sa curiosité et son intégrité, et ce n'est pas une poignée de bureaucrates ignorants qui va lui dicter sa loi ! Quand la femme d'un ponte du Parti meurt en plein banquet et que les cadavres de trois soldats vietnamiens sont retrouvés sur les eaux d'un lac laotien, tous les regards se tournent vers lui. Décidé à résoudre ces crimes en dépit des tentatives d'intimidation, Siri mène l'enquête, recrutant au passage quelques vieux amis, mais aussi les shamans hmongs, les esprits des forêts, et même ceux des morts qui le visitent en songe...

  • AMERIQUE
Bernardo Fernandez (Mexique) - Une saison de scorpions

Même les tueurs à gages ont des états d'âme… Au moment d'abattre celui qui doit être son dernier « client » avant la retraite, El Güero décide d'épargner ce bon père de famille et se retrouve… à la place du mort. En cavale au volant de sa précieuse Impala, pourchassé par ses anciens collègues, il croisera le chemin d'un braqueur de banques yougoslave et de sa fine équipe de « narcojuniors ». La rencontre entre l'ex-tueur à gages et les apprentis gangsters sur fond de quiproquos en plein désert mexicain fera des étincelles…
Délirant et violent comme un Tarentino, ce court roman est un « western urbain » drôle et vivant, peuplé de personnages hauts en couleur.

Et vous, quelle est votre liste ?

jeudi 22 janvier 2009

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes est le premier tome de la très célèbre trilogie Millénium du regretté Stieg Larsson.

Présentation de l'éditeur :
Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers. lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire.

Qui n'a pas entendu parlé de Millénium ? Tous les libraires et autres points de vente ont exposé pendant longtemps cette trilogie dont tout le monde parle. Malheureusement, ces romans ne formeront qu'une trilogie puisque l'auteur est décédé après avoir rendu le troisième et donc dernier volume. Et avec le succès rencontré, le mythe du quatrième tome est apparu ... apparemment démenti par les héritiers (il aurait quand même commencé ce fameux tome).

Le premier constat que je me suis fait en lisant est que le roman paraît long ... très long. Les trois cent premières pages ne semblent rien amener à l'histoire. Et pourtant je me suis trompé ! L'auteur prend son temps pour travailler soigneusement ses personnages. Et ça fonctionne, j'ai réussi à apprécier et détester les différents protagonistes, je suis entièrement rentré dans l'histoire. Le lecteur fait connaissance avec Mikael Blomkvist, journaliste et co-propriétaire du journal Millénium. Mikael est au centre de l'histoire puisqu'après s'être fait "griller" en tant que journaliste professionnel, il va être embauché par un vieillard, Henrik Vanger, anciennement directeur des entreprises Vanger. Et c'est à partir de ce moment que l'intrigue s'installe.

Mikael va devoir rédiger la bibliographie de cet homme étrange et de sa grande famille, dont la plupart vivent avec lui sur une île en Suède. La famille Vanger a connu de terribles évènements dans son passé ; des membres du parti d'extrême droite, des confrontations d'ordre personnelle et professionnelle, un noyé ... mais surtout la disparition de Harriet Vanger. Mystérieuse disparition puisque c'est arrivé suite à un accident qui a bloqué l'accès à l'île. Toutes les personnes présentes ce jour là dans le huis clos de l'îlot sont donc suspects. Comment a t-elle disparu ? Meurtre ? Enlèvement ? Et pour quelle raison ? L'investigation s'annonce difficile et parsemée d'embûches.

Heureusement, le journaliste va être épaulé par la surprenante Lisbeth Salander. Alors qu'elle est sous tutelle pour des problèmes mentaux, Lisbeth se trouve être une hackeuse et une détective perspicace. Ses démons ne cessent de la ronger mais sa rencontre avec Mikael va bousculer sa façon de voir les choses. Tantôt irritant par ses leçons de morale, tantôt doté d'un courage hors du commun, Mikael va vivre lui aussi une aventure où des tas de question sur lui, sa vie personnelle et sa vie professionnelle vont survenir. Une lente course vers la vérité et l'exploration du for intérieur de chacun.

Au final, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes se révèle être un très bon roman à suspense même si parfois les évènements à venir sont assez évidents à deviner. Le style de l'auteur est excellent puisque sans nous en rendre compte nous sommes conquis par les personnages et les pages défilent sous nos yeux ... du moins lors de la seconde moitié du roman. L'ouvrage ne démérite pas l'engouement qu'il suscite. Préparez vous à des nuits blanches car il est difficile de reposer le livre sur sa table de nuit.

Note : 16/20

mercredi 14 janvier 2009

Le couperet

Le Couperet est un roman de Donald Westlake, écrivain américain décédé le 31 décembre 2008. A savoir que le roman a été adapté au cinéma par le réalisateur espagnol Costa-Gavras.

Présentation de l'éditeur :
Après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, Burke Devore, cadre supérieur dans une usine de papier, est licencié simplement parce que son entreprise a décidé de procéder à des restructurations. Après deux ans de galère à chercher vainement du boulot par la voie légale, révolté par l’injustice dont il s’estime victime, Devore passe aux grands moyens en reprenant à son compte l’axiome du libéralisme sauvage au nom duquel il a été licencié : “La fin justifie les moyens”. Calmement, avec application, et sans haine, il va éliminer tous ses rivaux potentiels dans la course à l’embauche.

Sur le forum du site Polars Pourpres, certains membres ont débattu sur le choix d'écrire un roman à la première ou à la troisième personne du singulier. De mon côté je n'ai pas de préférence mais tout dépend du roman. Le couperet n'aurait pas été aussi bon, à mon avis, si l'auteur avait finalement décidé de ne pas nous mettre dans la peau - et les pensées - du personnage principal ; Burke Devore. Sur un sujet terriblement d'actualité, Westlake a choisi de nous mêler à son histoire ; une personne menant une vie tout à fait banale - boulot, famille ... - se retrouve au chômage pour des raisons peu claires mais courantes. Compression du personnel suite à une fusion et exportation de l'usine dans un autre pays.

Ne partez pas fâché ; partez, c'est tout.

Après vingt cinq années de bons et loyaux services à l'usine de papier qui l'employait, Burke est devenu un homme très qualifié dans son domaine. Peut-être trop qualifié pour pouvoir trouver le même poste dans un domaine légèrement différent. Les mois de chômage deviennent des années de galère et la famille tout entière le ressent. Restrictions sur les plaisirs quotidiens, deux mi temps pour sa femme, problèmes de couple, un fils qui tourne mal ... La goutte d'eau a fait déborder le vase et Burke se renferme sur lui-même et élabore un plan ingénieux ... quoiqu'un peu machiavélique ... pour s'en sortir. Quel est le problème ? Trouver un emploi. Comment faire ? Comme le font les grosses entreprises dépourvues de pitié, il faut éliminer la concurrence.

Il ne le sait pas, mais il va avoir moins de cinquante ans pour toujours.

Au fur et à mesure qu'il avance dans ses projets, Burke se prend au jeu. Il commence à y prendre goût, il a le pouvoir sur ses proies, il est son seul patron. Saura t-il s'arrêter ? A travers les judicieuses critiques et remarques de l'auteur sur le système économique et politique actuel, le lecteur s'identifie facilement dans les peurs et les craintes du personnage principal.

Marrant, je ne pense pas aux hôpitaux comme étant des institutions commerciales, qu'on achète et qu'on vend [...] mais ce ne sont que des magasins, en fin de compte.

Bercé d'humour noir, ce roman dresse le portrait d'un monde du travail gouverné par l'argent et qui ne laisse aucune chance aux employés. Le profit surpasse le plaisir. Le plaisir de se sentir utile pour les autres, le plaisir d'exercer avec passion un métier que l'on aime, le plaisir de se sentir en sécurité ... et de protéger sa famille. D'ailleurs cette partie est très bien retranscrite à l'écran. Le film de Costa-Gavras est une fidèle et efficace adaptation du roman. Bien entendu certains évènements ne se déroulent pas de la même manière - je pense surtout au niveau de la chronologie du récit - mais l'idée principale et les sentiments ressentis par le personnage sont conformes au roman.

Il fut une époque où c'était considéré comme malhonnête, l'idée que la fin justifie les moyens.

J'ai pris un grand plaisir à lire ce roman. L'auteur a un talent peu commun pour nous conter l'horrible histoire d'un homme ordinaire qui tente par tous les moyens de se sortir du trou où le monde actuel l'a enfoncé. Il nous fait réagir et nous oblige à nous poser certaines questions vitales. Comment aurait-on réagit à la place du personnage ? Comment réagissent ceux qui sont à sa place ? Comment le monde en est arrivé là ? A qui la faute ? ... Donald Westlake a laissé derrière lui une flopée de bouquins qui vont sans aucun doute compléter ma bibliothèque. Plus qu'un simple roman noir, c'est un véritable chef d'œuvre.

Note : 18/20